Correspondance européenne | 232, Egypte

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Egypte: violences contre la minorité copte

minorité chrétienne copteContrairement à ce qu’elle semblait promettre au début, la « Révolution de Jasmin » qui est en train de changer l’Égypte, – traditionnellement le pays le plus important pour mesurer l’état de la société civile au Moyen-Orient -, a compté au cours de ces derniers jours des épisodes de violence inquiétants envers la minorité chrétienne copte, qui depuis déjà des décennies subit un mauvais traitement. Dans un premier temps, les musulmans ont attaqué l’église Sainte-Mina et Saint- Georges, près de Soul, sur la rive droite du Nil, au sud de la capitale, Le Caire.

Là, une foule composée d’environ 4 000 musulmans, au cri de « Allahu akbar » (Dieu est grand), a fait exploser à l’intérieur de l’église des bouteilles de gaz qui ont complètement détruit les croix et les coupoles de ce lieu de culte, détruisant ainsi l’édifice. Les causes de cet assaut soudain ne sont pas claires : il est, peut-être lié à une relation sentimentale (non tolérée) entre un chrétien et une musulmane. Des pompiers et des troupes de l’armée, arrivés sur place pour rétablir l’ordre, ont été éloignés par la foule furieuse, et ainsi l’église a été entièrement brûlée.

Pendant l’assaut, la foule a également fait irruption dans les maisons voisines appartenant à des Coptes, les sommant de quitter le village. Des centaines de familles ont donc laissé leurs maisons, en proie à la peur. Quelques jours après, un millier de chrétiens, qui protestaient dans la banlieue du Caire pour demander justice après les évènements de Soul et la reconstruction de l’église incendiée, ont été brutalement assaillis par une foule hurlante de musulmans salafistes (l’un des groupes les plus radicaux qui promeut l’application de la charia, la loi coranique, dans tout le pays) : le bilan a été de 14 morts et de quelques 140 blessés. D’après quelques témoins, là aussi, l’armée ne serait pas intervenue, se rangeant de fait du côté des agresseurs.

Du reste, ces deux épisodes se sont déroulés en même temps que le référendum pour la réforme de la Constitution égyptienne, approuvée en 1951. Le résultat de la consultation, – qui appelait les électeurs à choisir entre une proposition de réforme « légère » et une ferme réécriture du texte (surtout dans la partie qui stipule que la charia représente la source principale du Droit égyptien) – a confirmé la première option, approuvée par 77% des votants. La charia restera donc la base du Droit national et l’Égypte continuera d’être un État islamique.

Les coptes ont dénoncé – mais en vain – plusieurs cas de fraudes, en plus d’évidentes discriminations de nature administrative : à Abu Hennes, par exemple, zone à écrasante majorité chrétienne, il n’y avait que 3 sièges pour 20 000 votants. D’ici l’été, se tiendront les élections pour le nouveau parlement et celles pour le Président de la République.

Dans cette situation de confusion totale, les seuls partis prêts pour la campagne électorale seraient, d’après plusieurs observateurs, le Parti Démocratique National (l’ancien parti d’Hosni Moubarak) et les Frères Musulmans. La communauté copte des États-Unis, alarmée par les évènements en Égypte, a justement fait parvenir il y a quelques jours une lettre officielle au Secrétaire d’État, Hillary Clinton, pour attirer l’attention sur le « risque » que court l’Occident et sur la sérieuse « menace » que représente une éventuelle arrivée au pouvoir des Frères Musulmans, partisans d’une islamisation radicale de cette zone. (O. E.)