Correspondance européenne | 234, France

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France: les “trente deniers” du Piss Christ

L’Immersion Piss ChristIl est interdit d’offenser. Pour les laïcistes, les Catholiques sont dans leur ligne de mire, et le respect du sentiment religieux vaut bien moins que la “liberté artistique”, voire même que le blasphème. On l’a nettement remarqué à propos de l’ “œuvre” de l’américain Andres Serrano, l’Immersion Piss Christ, exposée à la Collection Lambert du Musée d’Art Moderne d’Avignon, dans le cadre d’une exposition dont le titre à lui seul était tout un programme : Je crois aux miracles.

Ce qui a déclenché les polémiques, ce n’est pas le fait que la photo représente un Crucifix en plastique immergé dans un verre d’urine de l’ “artiste”, mais paradoxalement le fait que quatre jeunes y aient porté des coups de marteau, réservant le même sort à une autre “œuvre” de Serrano, intitulée “Soeur Jeanne Myriam”.

Les jeunes ont aussitôt été définis par le quotidien La Stampa du 19 avril comme étant « le bras violent de la Foi ». Le Maire d’Avignon lui-même, qui est de Centre-droite, s’est montré solidaire avec les organisateurs de l’exposition qui ont eu le bon ton de déclarer la querelle.

Blâme exprimé par le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui a toutefois reconnu (par un effet de sa bonté) que « le tableau peut choquer un certain public ». Rappelons que la photo de l’Immersion Piss Christ était aussi celle de l’affiche annonçant l’exposition, exhibée aux quatre coins d’Avignon.
Par ailleurs, qui sème dans le vent, récolte la tempête. Il y a un quart de siècle, au cours d’une exposition en Caroline du Nord, Serrano avait déjà été défini par le Sénateur républicain Jesse Helmes comme « un pauvre type, blasphémateur, pornographe et malade mental, qui se moque des Américains »; ces paroles furent suivies d’un effet immédiat, à savoir la suppression des fonds publics pour les expostions.

Dix années plus tard, un autre visiteur australien, au cours d’une exposition à Melbourne, se déchaîna à coups de marteau contre l’Immersion Piss Christ. À présent, l’Archevêque d’Avignon, Jean-Pierre Cattenoz, a défini ce tableau comme une « pourriture », en faisant noter le tollé qu’aurait déclenché le même traitement infligé au Coran : « Chaque outrage porté à notre Foi nous blesse – a-t-il affirmé –. Devant le caractère odieux de cette photographie – a-t-il déclaré – tout croyant est frappé au plus profond de sa Foi ».

Les morts et les dizaines de blessés provoqués à Kandahar au cours des protestations contre le pasteur de Floride aux États-Unis qui a brûlé le Coran en disent long. Ou encore l’attaque, pour le même motif, contre le bâtiment des Nations Unies à Mazar-i-Sharif, et les manifestants tués ou blessés pendant qu’ils se déchaînaient contre des véhicules, des magasins et des reporters photo.

Et comment ne pas évoquer les graves épisodes qui se sont déroulés en Inde et au Pakistan après que le Révérend américain Terry Jones ait annoncé son intention de mettre le feu à des livres du Coran.

La prise d’assaut de bâtiments publics, et de l’école d’une mission au Cachemire, à Shrinagar, Budgam et Tangmarg ; une bombe a été lancée contre une église au centre de Mardan, au Pakistan, faisant deux blessés graves. Au total, 14 morts, victimes d’affrontements. Les auteurs de ces gestes exécrables sont tous des islamistes fanatiques, motivés par la haine envers le Christianisme et envers l’Occident, entre drapeaux américains brûlés et portraits du Président Obama jetés aux flammes.
En Occident, le “sports” préféré des relativistes consiste à outrager les fidèles. Qui n’ont que le droit de se taire, et gare à eux s’ils disent qui que ce soit. S’ils ouvrent la bouche, alors ils sont aussitôt étiquetés comme des intégristes bigots.

Les Rosaires, les Vie Crucis “ad hoc”, les pétitions, les manifestations, les mails de protestations contre les “ œuvres ” de Serrano n’y ont rien fait. Son Crucifix immergé dans son urine a même été récompensé en 1989 par le prix des “Awards in the Visual Arts”, sous le patronage d’organismes d’État.

Il a même produit dans sa collection une Cène immergée dans le sperme. Une production vulgaire, dégoûtante et évidemment terriblement outrageante, totalement éloignée du concept même d’art, visant uniquement à rechercher un scandale facile, pour se gagner, misérablement, une célébrité encore plus facile.

Et pourtant, certains y spéculent même : à la faveur du scandale suscité par les polémiques de ces dernières semaines, il paraît qu’une version du Piss Christ vient d’être vendue aux enchères pour 150 mille euros. Ce qui représente une “réévaluation” si l’on compare avec les trente deniers de Judas l’Iscariote. Mais la substance reste. (M. Fav.)