Correspondance européenne | 237, Belgique

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Belgique : un an sans gouvernement

Le 10 juin dernier, la Belgique a battu le record du monde de l’Etat fonctionnant sans gouvernement : plus d’un an. Vu de l’étranger, il semble difficilement concevable qu’un pays puisse fonctionner si longtemps sans gouvernement. La plupart des Etats étant centralisés, on n’imagine pas que cet organe central de leurs institutions puisse manquer. Or, en Belgique, cela est possible et même certains observateurs avertis ont noté que la Belgique fonctionnait très bien sans gouvernement et que les dépenses avaient été fort réduites cette dernière année. En réalité, la Belgique a un gouvernement intérimaire en affaires courantes. Cela signifie que toutes les décisions vitales sont prises au niveau fédéral.

Par contre, il n’est pas prévu qu’un gouvernement en affaires courantes s’engage dans une réforme de l’Etat que certains partis réclament. C’est justement pour cela que le gouvernement fonctionne relativement bien. Il ne faut pas oublier non plus que la Belgique est un Etat fédéral sui generis et que les gouvernement régionaux ont de nombreuses compétences.

Les obstacles qui ont empêché jusqu’ici la formation d’un gouvernement fédéral n’ont toujours pas été levés. Ils sont de nature structurelle : les partis ayant gagné les dernières élections sont des partis régionaux (il n’y a pas de circonscription électorale fédérale en Belgique, bien qu’elle soit réclamée par beaucoup de monde) qui ont acquis leur popularité et leur soutien dans leur Région sur base d’un discours régional.

La NV-A défend en Région flamande une plus grande autonomie de la Région et ne cache pas ses visées séparatistes. Le Parti socialiste est élu en Wallonie par un électorat composé surtout de fonctionnaires et d’assistés sociaux. Chacun défend ses intérêts situés dans la Région. Une fois vainqueurs dans leur Région respective (il faut préciser que le régime multi-partite ne leur laisse pas beaucoup de voix : ensemble ces deux partis ne totalisent que 30 % de l’électorat belge), ces partis sont appelés à former un gouvernement fédéral, tâche impossible car ils ont été élus pour défendre des intérêts régionaux uniquement.

Récemment, le formateur a déposé une note de base pour la formation du gouvernement. Cette note a été rejetée par la NV-A, malgré les nombreuses concessions qui y sont faites. En attendant, les aspirations profondes des Belges reviennent à la surface. Une majorité d’entre eux, quelle que soit leur langue, est attachée à l’unité de la Belgique.

Mais cette majorité n’a pas droit au chapitre car il n’existe pas de partis fédéraux. Les institutions belges ne permettent pas une représentation adéquate de la population, mais produisent une distorsion de l’opinion à l’avantage des partis politiques. Peut-être que cette crise permettra aux Belges de rejeter le carcan des partis politiques et des institutions contraignantes pour dire enfin ce qu’ils veulent vraiment. (C. B. C.)