Correspondance européenne | 237, UE

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UE : députés à louer

De faux lobbyistes, en réalité de vrais journalistes du “Sunday Times”, ont réussi a faire déposer des amendements par trois députés du Parlement européen prêts à vendre leurs services contre de l’argent. Les trois élus mis en cause sont Adrian Severin, ancien vice-Premier ministre roumain, Zoran Thaler, ancien Ministre slovène des Affaires étrangères, et Ernst Strasser, ancien Ministre de l’Intérieur autrichien.

Les reporters britanniques ont confirmé avoir reconnu le texte qu’ils leur avaient proposé d’inclure dans un projet de loi sur la protection des consommateurs de l’Union européenne de sorte que leurs deux amendements apparaissent à présent dans les documents officiels de l’UE et sont sur le point de devenir des lois. Les députés corrompus ont chacun précisé aux faux lobbyistes à quelle banque ou société verser l’argent.

Selon le “Sunday Times”, Adrian Severin a envoyé un courriel aux journalistes, disant: «Juste pour faire savoir que l’amendement que vous souhaitiez a été déposé à temps». Peu après, il a envoyé une facture de 12 000 euros pour “services de conseil”. Zoran Thaler a lui aussi présenté un amendement, demandant par la suite que l’argent lui soit versé sur le compte d’une société à Londres.

Le troisième député, Ernst Strasser, a présenté un projet d’amendement via des collègues siégeant dans une commission et demandé un premier versement de 25 000 euros sur le compte d’une société qu’il détient en Autriche. Le montant total de l’opération de corruption devait approcher les 100 000 euros si tout s’était déroulé normalement.

Comme on pouvait s’y attendre, les accusés ont d’abord nié toute faute de leur part, tandis que « la vice-Présidente du Parlement européen, Diana Wallis, a promis une enquête en “profondeur” » sur cette « possible » affaire de corruption. Jerzy Buzek, le Président du Parlement européen, a autorisé l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) à enquêter sur les députés corrompus. En revanche, il lui a refusé l’accès aux bureaux des parlementaires.

Pour cela, a-t-il déclaré, ils doivent «d’abord être privés de leur immunité et les autorités nationales autrichiennes et slovènes devraient intervenir afin de mener des procédures pénales».  C’est que le Parlement européen craint qu’on mette à jour d’autres affaires louches, même si l’OLAF est lui-même un organe de l’appareil eurocratique et donc potentiellement corrompu.

On se souviendra qu’en 2008, un des plus influents fonctionnaires allemands de la Commission européenne, Fritz Harald Wenig, avait déjà été contraint à la démission après une enquête du “Sunday Times” réalisée selon la même méthode : des journalistes se faisant passer pour des lobbyistespour soudoyer les eurocrates. En 2004, la Grecque Kalliopi Nikolaou, membre de la Cour des Comptes de Luxembourg, aurait acheté un appartement à Londres avec l’argent de primes injustement versées, ou encore en 1999, la Commissaire française à la recherche, Edith Cresson, avait fait bénéficier un ami intime d’un emploi fictif financé par les fonds européens – un scandale qui avait entraîné la démission collective de la Commission Santer.

La corruption est donc un fait de la vie quotidienne dans l’UE et ce que l’on dévoile n’est sans doute que la pointe de l’iceberg. A la décharge des députés européens, il faut dire qu’ils ont certainement du mal à nouer les deux bouts. Avec une modeste rémunération mensuelle de 7 956,87 euros avant impôts et une enveloppe mensuelle de 19 709 euros pour rémunérer leurs assistants, laquelle a récemment été augmentée de 1 500 euros, ils doivent faire face à la lourde charge de siéger de longues heures au Parlement européen tout en soignant leur popularité dans leur circonscription électorale afin d’être réélus. (C. B. C.)