Correspondance européenne | 248, Saint-Siège

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Saint-Siège: la XVIIIème assemblée de la PAV

L’approche était censée être « strictement médicale et scientifique », or elle s’est avérée dans de nombreux cas être “amorale”, au point de susciter l’indignation de la majorité de l’assemblée : les conclusions de la XVIIIème assemblée annuelle de l’Académie Pontificale pour la Vie (PAV), qui s’est déroulée à Rome du 23 au 25 février dernier, sont préoccupantes.

La dénonciation émane de plusieurs agences de presse, dont l’agence française “Riposte Catholique” ou encore Kathleen Gilbert sur “LifeSiteNews.com”. Cette dénonciation – et c’est ce qui est pire encore –, a été confirmée par des sources internes de cette importante institution, voulue par le Pape Jean Paul II, dans l’intention explicite de promouvoir le respect de la vie, et plus précisément la bioéthique selon la morale chrétienne.

Il semblerait que ce qui a déclenché la colère de l’auditoire ce sont les allocutions faites sur le thème de la fécondation artificielle, pour la plupart par des intervenants extérieurs, invités par les responsables de l’Académie. Ce que ces intervenants ont dit a été perçu comme absolument éloigné de la Doctrine catholique, celle-là même évoquée pourtant par le Pape Benoît XVI aux participants. Il semble que l’on y ait préféré une approche technique, qui faisait abstraction des « considérations éthiques », considérées comme « un sujet à part », comme l’a spécifié Mgr Ignacio Carrasco de Paula, qui a succédé à Mgr Rino Fisichella à la tête de l’Académie Pontificale.

En somme, l’unique objectif était de faire connaître des moyens encore mal connus pour permettre d’aider les couples stériles, quels qu’ils soient et en allant au-delà du dialogue nécessaire entre « Foi et raison », pourtant nettement rappelé par le Saint Père qui, dans son discours, a au contraire rejeté une approche purement technique de la question et a mis en garde contre le scientisme et contre la logique du profit, en reliant en revanche tout au respect « de l’humanité intégrale des sujets concernés ».

« L’indifférence de la conscience à l’égard du vrai et du bien – comme l’a dit Benoît XVI – représente une dangereuse menace pour un véritable progrès scientifique ». Et le Saint Père a rappelé que le mariage, « union de l’homme et de la femme », est le « seul lieu digne pour l’appel à l’existence d’un nouvel être humain, qui est toujours un don ». Cet appel du Saint Père n’a pas été écouté : au cours de la matinée du vendredi 24 février, la plupart des intervenants – trois sur quatre – ont proposé comme panacée contre l’infertilité : la fécondation in vitro et la fécondation directe de l’ovule par l’injection d’un spermatozoïde.

Dans l’après-midi, Eberhard Nieschlag, du Centre de Médecine reproductive et d’Andrologie de l’Université de Münster, a proposé le recours à l’insémination artificielle « en cas de manque de sperme ». D’autres orateurs ont affirmé, en concordance parfaite  avec l’industrie de la contraception hormonale, que la pillule protège contre le cancer des ovaires. Pourtant, un médecin catholique, le Professeur Thomas Higlers, directeur du Centre National pour la Santé des Femmes, en a souligné l’impact sur le cancer du sein ; mais cette assertion a été évaluée comme  « fausse » par l’un des modérateurs, malgré les études sur le sujet citées par la partie adverse pour soutenir sa thèse.

Il semble que ce qui a dominé à cette assemblée c’est une vision des choses qui se situe à des années-lumière du Magistère et de la véritable Doctrine catholique. La prise de distance des modérateurs n’a pas suffi à calmer le mouvement d’indignation et de rebellion d’un grand nombre de participants qui ont parlé de « désastre », de « trahison», d’un « exemple typique de science  amorale » et même de « tragédie ». Il paraît que le 25 février, un philosophe célèbre et éminent, considéré comme proche du Saint Père, le Professeur Josef Seifert, de l’Académie Internationale de Philosophie du Chili, s’est fait l’interprète de la protestation qui a émané d’une grande partie des membres de l’Académie Pontificale de la Vie, accusant les organisateurs du congrès d’avoir trahi l’esprit de Jérôme Lejeune.

« S’il n’y avait pas eu le discours du Pape » – comme l’a affirmé un autre membre de l’Académie – l’assemblée « aurait représenté un terrible coup porté à la vérité ». Ce qui est navrant, c’est que tout ceci s’est déroulé dans un contexte qui rassemblait des scientifiques venus d’Europe, du Canada, des États Unis et d’Amérique Latine. L’“affaire” qui s’ensuit à présent semble même plus grave que celle qui avait porté Mgr Fisichella à démissionner de cette Assemblée. Ce qui ne laisse pas indifférent. (M. F.)