Correspondance européenne | 248, UE

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UE: l’Euro nous mène à la faillite

En ce début d’année deux anniversaires se superposent : le vingtième anniversaire du traité de Maastricht, qui fut signé dans la ville hollandaise le 11 décembre 1991, mais officiellement ratifié par les Chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté européenne le 7 février 1992; et le dixième anniversaire de l’euro, entré en vigueur le 1er janvier 1999 , mis en circulation sous forme de pièces et de billets à partir du 1er janvier 2002.

L’euro est un élément du Traité de Maastricht, qui a été présenté à l’opinion publique comme un accord de type économique qui prévoyait par phases successives la fin des barrières douanières, l’institution d’une Banque Centrale Européenne puis celle d’une monnaie unique. Tout ceci étant destiné à réduire la dette et assainir l’économie européenne. Or le véritable objectif de cette opération fort complexe était en réalité non pas économique, mais politique. Le projet prévoyait la liquidation des États nationaux, remplacés par de nouvelles organisations supranationales contrôlées par des pouvoirs oligarchiques de type financier, mais pas seulement : surtout de type idéologique, avec la “mission” d’imposer en Europe la nouvelle philosophie relativiste et les nouveaux droits “postmodernes”.

Vingt ans après, ce projet, s’il a échoué sur le plan économique, a en revanche réussi sur le plan politique. Les faits sont éloquents. Sur le plan économique l’euro a échoué du fait que globalement la dette publique de la zone euro a augmenté de 26,7% au cours des cinq dernières années. Or on ne peut imposer une monnaie unique à des Pays dotés de structures dont l’économie et la production sont différentes, et dont les taux de croissance et de développement sont disparates.

Du reste, l’actualité récente nous donne des exemples illustrant justement qu’un projet qui a échoué sur le plan économique peut en revanche fort bien aboutir sur le plan politique, à savoir : l’Italie et la Hongrie. Deux pays dont les chefs d’État, respectivement : Silvio Berlusconi et Viktor Orban, qui présentent bon nombre d’analogies, se sont retrouvés tous deux pris sous le même “feu concentrique”. Élus l’un comme l’autre avec un large consensus populaire, ces deux hommes politiques se sont efforcés de mettre en place des programmes économiques qui déplaisaient aux eurocrates. Le leader italien a subi toute une série d’attaques juridiques, médiatiques et politiques qui ont eu pour effet d’éroder singulièrement son pouvoir politique.

Berlusconi s’est défendu faiblement, du fait aussi qu’il a ses intérêts à lui en tant qu’homme d’affaires ; et la BCE, entre l’été et l’automne 2011 lui a asséné le coup de grâce, en lui refusant l’aide économique indispensable pour survivre. Le président Napolitano a alors appelé pour lui succéder le Professeur Mario Monti, un homme de confiance pour les oligarchies financières et un “eurofanatique”. Orban, quant à lui, a été plus courageux que  Berlusconi, parce qu’il a osé affronter frontalement la nomenklatura européenne, en revendiquant certains points, des racines chrétiennes jusqu’au droit de vivre, que Berlusconi s’était bien gardé d’affronter. La colère à l’égard d’Orban a été plus forte, et l’offensive des prochains mois sera aussi plus violente.

De graves tempêtes économiques et sociales attendent donc les Pays membres de l’Union Européenne qui, après s’être privés de l’outil que représente la politique monétaire, viennent d’accomplir, le 2 mars dernier à Bruxelles, un renoncement de plus à leur souveraineté. Et en effet, comme le souligne Andrea Bonanni dans le quotidien italien “La Repubblica” du 3 mars, «ils n’auront plus vraiment voix au chapitre sur les questions des soldes du bilan».

Le devoir de surveiller leur dette publique a été confié à la Cour de Justice Européenne, dont les sentences, qui prévoient de dures sanctions financières, prévalent sur celles des magistratures nationales. La seule issue envisageable serait d’éliminer les causes qui ont produit ces maux. Or la plus grande responsabilité incombe justement au Traité de Maastricht et à la monnaie unique que Mario Monti a été appelé à sauver en Italie. Le cas de l’Italie constitue un laboratoire dans lequel les pouvoirs forts préparent le futur de l’Europe.

Ce qui permet aujourd’hui à l’Italie de tenir encore debout, ce sont surtout les familles qui, selon une enquête menée par le CENSIS, reste encore la valeur Numéro Un pour 65 % des Italiens. Le taux de chômage en Italie est moins élevé qu’il n’y paraît, car les enfants sont, économiquement parlant, pris en charge par leurs familles, qui les hébergent et leur donnent de quoi vivre.

L’économiste Giacomo Vaciago, dans un interview au “Corriere della Sera” du 3 mars 2012, a déclaré : « Pour comprendre ce qui se passe dans les foyers des Italiens, il faut partir de la définition de ce qu’est la famille : c’est la plus grande machine volontaire de welfare ». « Je ne sais pas pourquoi le ministre du Travail, Mme Fornero passe son temps à discuter avec les syndicats, qui ne représentent plus personne, et ne s’occupe pas des familles », a-t-il ajouté, en expliquant: « Les statistiques disent qu’un jeune sur trois n’a pas de travail. Et comment fait-il pour manger ? La famille est là qui y pourvoit.

La famille est une grande invention italienne, unique au monde, parce qu’elle s’occupe de garantir les besoins des différentes générations. Quand je lis qu’un jeune sur trois est sans emploi, je pense à son père et à son grand-père, qui sont très inquiets parce c’est avec leurs revenus qu’ils doivent entretenir les jeunes et que de ce fait ils doivent aussi se serrer la ceinture ».

Pour entretenir leurs enfants et petits-enfants, les parents et les grands-parents doivent réduire drastiquement leur consommation, renoncer à épargner, voire même parfois vivre dans des conditions de semi-pauvreté. Il est impossible d’éviter la spirale de la récession qui sévit de plus en plus, provoquant en Italie aussi, probablement, des tensions sociales dont les évènements qui se déroulent actuellement en Grèce ne sont qu’une pâle préfiguration. (Roberto de Mattei)