Correspondance européenne | 250, France

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France : fort vote protestataire au premier tour des élections

Le premier tour des élections présidentielles en France a connu une participation plus élevée que prévue. L’abstention a atteint 20,5 %, chiffre supérieur à celui de 2007 mais nettement inférieur à celui de 2002. Cette participation élevée renforce les enseignements de ce scrutin.

Le candidat socialiste, François Hollande, est arrivé en tête avec 28,6 % des voix, soit trois points de plus que son ex-compagne Ségolène Royal en 2007. Le président sortant, Nicolas Sarkozy, n’est arrivé qu’en seconde position, perdant quatre points : 27,2 %. Cependant, il a su rassembler son camp, obtenant l’ensemble des voix qui, depuis cinq ans, dans les élections intermédiaires, soutiennent la majorité.

En troisième position, Marine Le Pen a créé la surprise en recueillant 17,9 % des voix. Certes, la candidate du F.N. n’a pas tout à fait rassemblé tous ceux qui soutenaient autrefois son père, comme en témoignent, notamment, les résultats de l’Alsace (22,1 %), de Nice (23 %), de Dreux (14,7 %) et de Paris (6,2 %). Cependant, elle a su compenser ces défections et étendre l’audience de son camp, rassemblant 6,4 millions de voix alors que son père n’en avait recueilli que 5,5 millions au 2ème tour des présidentielles de 2002. Elle a attiré à elle un grand nombre de jeunes électeurs (environ le quart des 18-24 ans) ; elle a bénéficié de l’absence de Philippe de Villiers dont les deux-tiers des voix se sont visiblement reportés sur elle, comme en témoigne la très forte progression enregistrée par Marine le Pen en Vendée (de 6,4 à 15,2 %) et dans le Maine-et-Loire (de 7,1 à 13,9 %). Elle a également obtenu le soutien d’une partie de la gauche radicale, longtemps tentée par Jean-Luc Mélenchon. Ainsi, dans le Limousin, bastion historique du Parti communiste, Marine Le Pen devance J.-L. Mélenchon, obtenant plus de 16 % en Haute-Vienne et dans la Creuse.

J.-L. Mélenchon était le deuxième candidat protestataire de cette élection. Tout au long de la campagne, il avait exploité les symboles de la Révolution (prise de la Bastille, références multipliées à Robespierre et à la Commune). Malgré une campagne brillante et un indéniable talent oratoire, son résultat, quoique relativement élevé, a été sensiblement inférieur aux pronostics : alors que certains sondages lui promettaient entre 14 et 17 % des voix, il n’a obtenu que 11,1 %. Indéniablement, alors que le système en place est de plus en plus contesté, les Français, malgré l’influence des média, ont donné nettement la préférence à la candidate de l’identité nationale contre le candidat de la Révolution permanente. Les attentats de Montauban et de Toulouse auront persuadé nombre d’électeurs d’exprimer leur préoccupation face à l’expansion d’un Islam qui se radicalise de plus en plus. C’est là l’un des enseignements majeurs du scrutin.

Relevons que le candidat centriste, François Bayrou, qui a eu, au cours de la campagne, le mérite de tenir le discours de la rigueur budgétaire, n’a pas réussi à réitérer sa performance de 2007. Avec 9,1 % des voix, il a tout juste rassemblé l’électorat traditionnel du centre, obtenant ses meilleurs résultats dans son département des Pyrénées Atlantiques (15,8 % seulement) et dans l’Ouest intérieur catholique (entre 12 et 14 % dans la Mayenne, le Maine-et-Loire, l’Ille-et-Vilaine et la Vendée). Enfin, ni la candidate des Verts, Eva Joly (2,3 %), ni le républicain gaulliste Nicolas Dupont-Aignan (1,8 %) n’ont su convaincre les électeurs. La piètre performance des Verts pourraient susciter des tensions à gauche et conduire le P.S. à remettre en cause les conditions très avantageuses faites aux écologistes lors de la préparation des prochaines législatives.

Si la droite et le centre sont nettement majoritaires à l’issue du premier tour (55,9 % contre 43,8 %), la réélection de Nicolas Sarkozy reste difficile. La détestation accumulée par le président sortant en raison des erreurs de comportement multipliées au cours des trois premières années de son mandat est le meilleur atout de son adversaire socialiste, masquant aux yeux d’un grand nombre d’électeurs la médiocrité et l’insuffisance manifeste de François Hollande. Pour autant, une défaite de Nicolas Sarkozy risquerait de faire éclater la majorité, ce qui entraînerait une recomposition de la droite dont Marine Le Pen pourrait tirer profit. (P.P.B.)