Correspondance européenne | 251, Livre

Imprimer cette page

Livres : TV Lobotomie

« Je suis chercheur. En tant que tel, j’apparais dans le répertoire de diffusion des principaux journaux scientifiques liés au champ des neurosciences fondamentales et cliniques. A chaque nouvelle parution, ces journaux m’envoient leur sommaire, afin que je puisse identifier les travaux susceptibles de m’intéresser. Depuis 15 ans, il ne s’est pas passé une semaine sans que j’extraie au moins un ou deux papiers relatifs aux effets délétères de la télévision sur la santé psychique, cognitive et somatique de l’enfant » (p. 13).

Par ces paroles hautement significatives commence la longue enquête du chercheur Michel Desmurget qui a exploré quasiment toute la littérature scientifique en la matière, notamment de langue française et anglaise (Michel Desmurget, TV lobotomie. La vérité scientifique sur les effets de la télévision, éditions Max Millo, Paris 2012, p. 320, € 19.90).

Sa recherche très documentée a comme but celui de montrer les conséquences psychologiques de la télévision sur les enfants (et sur les adultes): augmentation des troubles attentionnels et du comportement, excitation à la violence, solitude, phobies diverses, comportements irrationnels et névrotiques, tendance à l’obésité, à l’alcoolisme et au tabagisme, etc. Aussi la baisse du niveau scolaire est une tendance causée par la « dictature des médias ». Encore pire, et plus dramatiques encore, sont les conséquences de la télévision si on les analyse du point de vue la morale chrétienne, sachant la place toujours grandissante que l’on donne à l’immoralité, au libertinage, à la pornographie et à la perversion.

Mais tel n’est pas le point d’observation de notre chercheur qui se limite, peut-être pour rester le plus possible neutre, aux problèmes psychologiques et physiologiques liés à la vision toujours importante de la télévision. On aurait pu croire à une diminution du temps dédié à la télé par suite d’Internet et des jeux vidéo. Or, il n’en est rien. «Ainsi, aux Etats-Unis […] 79 % des foyers possèdent au moins 3 postes et plus de 70 % des enfants de 8 ans et plus ont une télévision dans leur chambre » (p. 40), alors que dans les années 1950 seulement 1 % des familles américaines avait une télévision à la maison…

D’autre part, « un ado qui regardait la télé 2 heures par jour [ce qui est loin d’être négligeable et sans danger], se retrouvera, par exemple, à 3h30 dès lors qu’un récepteur sera placé dans sa chambre » (p. 41). Conséquence assurée : « l’un des effets premiers de la télévision est de réduire drastiquement le volume et la qualité des interactions parents-enfants » (p. 30).  Il est évident par ailleurs que « la télévision et les autres médias électroniques influences négativement le bien-être mental et physique des enfants » (p. 26). On a pu calculer que le spectateur moyen passe devant l’écran allumé 3 h 40 par jour, c’est-à-dire 1338 heures par an, ce qui fait presque 2 mois ! On pourrait dès lors calculer combien d’années, dans une vie entière, ont été jetées dans la moins utile des activités.

En conclusion l’auteur donne 5 bons conseils à ses lecteurs (cf. p. 246-247) : certainement « la télé est un facteur d’isolement social et elle expose le spectateur à des risques morbides majeurs par sa propension à favoriser la sédentarité, le déclin cognitif […], l’apparition de pathologies cérébrales dégénératives (Alzheimer) et les conduites à risques (tabac, alcool, violence, sexualité) » (p. 247). Comme l’avait dit le philosophe Pascal Bruckner « la télévision n’exige du spectateur qu’un acte de courage – mais il est surhumain – c’est de l’éteindre » (cité à p. 35).