Correspondance européenne | 253, Grèce

Imprimer cette page

Grèce : le parti Aube Dorée est-il vraiment néo-nazi ?

Ce parti au nom si poétique (en grec Χρυσή Αυγή) est systématiquement présenté dans les medias comme un groupe fasciste, ce que justifie son engagement nationaliste, son style et son symbole (en réalité un ancien symbole grec). Cependant le nationalisme et, de nos jours, le rejet de l’immigration de masse et de la société multiculturelle ne suffisent pas pour faire un mouvement fasciste.

Les médias oublient, sans doute à dessein, que le fascisme était avant tout un courant gauchiste, tablant sur la manipulation des masses et donnant à l’Etat un caractère totalitaire. Jugés selon ces critères les Etats providence d’Europe occidentale sont tous des Etats fascistes. Le parti Aube dorée se réclame de Joannis Metaxas qui fut le Premier ministre de l’Etat grec de 1936 à 1941. Il était davantage un conservateur autoritaire qu’un fasciste. Il se rapprochait, dans son mode de gouvernement, plus de Franco ou de Salazar que d’Hitler ou de Mussolini.

Dirigé par Nikolaos Michaloliakos, le parti a été fondé en 1980 et commença à faire parler de lui dans les années 1990. Il eut ses premiers élus aux élections de 2010 à Athènes. Dans certains quartiers à forte population immigrée, il fit des scores approchant les 20%.

Aux élections nationales de 2012, Aube dorée a gagné un large soutien dans la population grâce à ses positions anti-immigrationnistes et sa fermeté sur des thèmes comme l’emploi, le chômage, la politique d’austérité et l’économie. Les membres du parti n’ont pas hésité à joindre l’acte à la parole en portant secours à la population par des distributions publiques de nourriture. Le parti dénonce la corruption de la classe politique grecque et sa soumission aux puissances d’argent.

Les révélations sur la façon dont la Grèce a pu être admise dans la zone euro ont largement confirmé la véracité de ces critiques. Le discours de Michaloliakos n’est pas fait pour s’attirer des amis. « Le temps de la peur est venu pour ceux qui ont trahi ce pays ». Ou encore : « Nous nous battrons pour une Grèce libérée des requins de la finance mondialiste, pour une Grèce digne et indépendante, une Grèce qui ne soit pas une jungle sociale avec ces millions d’immigrants illégaux qu’on a amenés ici ».

Bien sûr, le style du parti inclut les démonstrations de force, batailles de rue, etc. ce qui risque de devenir de plus en plus fréquent aujourd’hui vu l’inadéquation entre le discours médiatique et la réalité sociale. Par ailleurs les violences de rue sont loin d’être une exclusive des mouvements de droite comme cela a été démontré récemment par la contre-manisfestation des homosexuels à Vienne ou celle des Jeunes FGTB et Jeunesse Ouvrière Chrétienne à Bruxelles. Il est probable que l’agressivité d’Aube Dorée la discrédite un peu aux yeux du grand public mais sa popularité reste forte car son discours fait écho à la crise aiguë que traverse la Grèce. (C. B. C.)