Correspondance européenne | 254, Argentine

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Argentine : le «cas»-scandale de l’Évêque de Merlo-Moreno

Il est bien vrai que encore une fois le “lex orandi, lex credendi” est confirmé: les contenus des croyances sont déterminés par les façons et les formes de prier. Le  «cas» de Mgr. Fernando Maria Bargalló, Évêque du Diocèse de Merlo-Moreno ainsi que Président de Caritas pour l’Amérique Latine, en est la preuve. La presse internationale en a parlé parce qu’il a été filmé par une chaîne de télévision argentine avec une femme sur une plage des Caraïbes dans une attitude très embarrassante et inappropriée. Il a tout d’abord essayé de se défendre avec maladresse, puis s’est excusé et a confessé devant les prêtres de son Diocèse, jusqu’a démissionner en communiquant sa décision au Nonce Apostolique, Mgr Emil Paul Tscherring. Par conséquent, on a cru tout savoir sur cette histoire. Mais il n’en est pas ainsi.

En effet, il y a d’autres photos bien plus scandaleuses que celles diffusées dans le monde entier qui n’ont pas encore été considérées par les médias. Ce sont celles qui montrent Mgr. Bargalló en train de célébrer la Sainte Messe. Hélas ce sont des photos qui transmettent très peu la notion de sacré et de mystère inhérentes au Sacrifice eucharistique. L’on entrevoie plutôt une table bien préparée, avec une nappe de pique-nique aux couleurs vives, des paniers de pain et de fruits (probablement des traces d’un offertoire improvisé), ainsi que des ballons et un orchestre avec des guitares style soirée guinguette.

Les vêtements liturgiques, presque inexistants, ont un aspect négligé et seule l’étole rappelle vaguement qu’il s’agit d’un prêtre concélébrant, vu que pour le reste il est vêtu d’un T-shirt gris et d’un pantalon beige. En regardant cette photo, il est facile de comprendre la dérive spirituelle et éthique de certains membres du clergé, qui engendre aussi les distractions dont tout le monde a parlé.  Si l’on ne respecte pas la Liturgie, qui représente le sommet du sacré, imaginons le reste!

Ce n’est pas un hasard si le Pape, lorsqu’il était Cardinal, dans son livre-interview Rapport sur la foi, déclarait: « Derrière les différentes conceptions de la liturgie il y a différentes conceptions de l’Eglise, c’est à dire de Dieu et de la relation de l’homme avec Lui ». Et dans Ma vie il dit qu’il est « convaincu que la crise ecclésiale dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui » dépend « principalement de l’effondrement de la liturgie ».

Quel est donc le problème ? C’est assez clair : celui de considérer la liturgie comme le fruit « de notre fantaisie, de notre créativité », selon les mots du Card. Ratzinger dans Introduction à l’esprit de la liturgie, quelque chose donc de très humain qui voudrait abaisser Dieu à notre niveau au lieu de nous élever jusqu’à Lui. De plus, dans la lettre qui accompagne le Motu Proprio Summorum Pontificum, Benoît XVI a clairement dénoncé « les déformations arbitraires de la liturgie qui sont presque insupportables ».

Les affaires comme celle de Mgr. Bargalló démontrent clairement que la négligence liturgique a des conséquences pratiques sur la moralité et les pratiques pastorales. Le journal argentin “Clarin” qui avait à plusieurs reprises interviewé le prélat au sujet des inégalités sociales et de la justice de classe, thème cher au président de Caritas pour l’Amérique Latine, est le même journal qui a diffusé le nom de la femme reprise en photo avec lui il y a quelques jours. Peut-être l’Évêque aurait-il dû consacrer plus de temps à la prière et à la célébration digne de la Sainte Messe plutôt qu’à s’improviser “syndicaliste”. Pour ne pas dire d’avantage. En conclusion: dis-moi comment tu célèbres et je te dirai qui tu es. (M. F.)