Correspondance européenne | 255, Livre

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Livres: La vie et les miracles de la Bienheureuse Isabelle de France

Tous connaissent le roi saint, Louis IX de France, modèle de tous les souverains catholiques, mais très peu connaissent la vie de sa sœur Isabelle qui répandait autour d’elle un parfum de vertu et de vraie piété.

Jean de Joinville, qui vécut auprès du roi, nous a laissé, avec sa biographie, un document extraordinaire sur la vie et sur toutes les vertus de Louis IX. Ce fut de même pour sa sœur Isabelle: Agnès d’Harcourt, à la demande de Charles d’Anjou, roi de Sicile, frère cadet de Louis et d’Isabelle, compose à la fin du XIII siècle un récit sur sa «sainte dame et mère» (Agnès d’Harcourt, La vie et les miracles de la Bienheureuse Isabelle de France, sœur de Saint Louis, Editions du Cerf, Paris 2012, 173 p., 12 euros). Agnès d’Harcourt est dans une situation privilégiée car elle a été dame de compagnie d’Isabelle lorsqu’elle vivait à la cour et l’a ensuite suivie dans le monastère de Longchamp  dont elle a été à deux reprises abbesse.

Le livre est divisé en deux parties: la première sur la vie de la Bienheureuse Isabelle et la seconde sur les miracles qui lui ont été attribués. Isabelle naît en 1225 et est la seule fille de Louis VIII, roi de France, et de Blanche de Castille qui eurent huit enfants. Elle ne connaîtra pas son père qui meurt quand elle a un an et comme ses frères, sous la seule juridiction de la reine Blanche, elle recevra une éducation religieuse mais aussi littéraire et artistique. Fille obéissante et dévouée, elle s’oppose tout de même à la décision de sa mère qui avait décidé de la marier à Conrad de Hohenstaufen, fils de Frédéric II, empereur du Saint Empire.

Isabelle résiste et rien ne peut lui faire changer d’avis, même pas l’insistance du Pape Innocent IV: «elle ne voulait consenter à aucun mariage corporel . Elle avait en parfaite virginité choisi comme époux éternel notre Seigneur Jésus-Christ» (p. 33). Dès son plus jeune âge, elle mène une vie d’une grande piété et charité envers les pauvres (p. 57). Elle jeûne quatre jours par semaine et «lorsque l’heure du repas arrivait, elle mangeait de si petites quantités qu’aucun corps humain ne pourrait y résister sans la grâce de Dieu» (p. 45).

Son désir de plaire à Dieu et de faire quelque chose pour Lui, pousse Isabelle à demander à pouvoir utiliser sa dot pour une nouvelle fondation. Mais elle hésite, nous explique Agnès d’Harcourt, entre un établissement charitable ou un couvent. Elle se laisse conseiller par son confesseur et chancelier de Paris, Aymeric de Veire, qui lui écrit «qu’il n’y avait pas de comparaison entre fonder un établissement charitable ou un couvent, (…), car la divine louange de notre Seigneur y est faite et célébrée; la virginité y est respectée et multipliée (…) et les œuvres de miséricorde y sont faites» (p. 63-64). En 1255 elle fondra donc l’abbaye de Longchamp prenant comme règle  celle de Claire d’Assise, tout en la rendant un peu plus souple.

Cette règle est approuvée par le Pape Alexandre IV en 1259 et remaniée par son successeur Urbain IV en 1263. Isabelle quitte donc la cour avec l’autorisation de son frère le Roi, auquel elle est très liée, pour aller vivre dans une petite maison au sein de l’abbaye et suivre la vie austère de ses religieuses, mais sans jamais rentrer dans les ordres. Elle s’éteint le 23 février 1270, «très dévotement, en parfaite virginité, en très grande humilité, et en charité» (p. 75) et elle sera béatifiée par le Pape Léon X en 1521. C’est après sa mort que la plus grande partie des miracles racontés par Agnès d’Harcourt auront lieu. Ils se produisent en general à l’abbaye de Longchamp, autour de la tombe d’Isabelle ou bien grâce à des objets qui lui ont appartenu.

Malgré les époques difficiles, l’abbaye royale de Longchamp continuera à subsister jusqu’à la Révolution française quand les religieuses seront expulsées (1792) et l’abbaye détruite (1795). Le corps de la Bienheureuse Isabelle a subi la même devastation mais quelques reliques ont été sauvées par la dernière abbesse et ont été par la suite distribuées à diverses églises et abbayes. (M. d. S.)