Correspondance européenne | 256, Colombie

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Colombie: Procureur général sommé de soutenir l’avortement

La Cour constitutionnelle de la Colombie vient d’ordonner au Procureur général de la nation, Alejandro Ordoñez, de rétracter ses critiques à propos des campagnes de défense des droits reproductifs et de promotion de l’“éducation sexuelle”, ainsi que sa demande visant à faire retirer du marché la “pilule du lendemain”, ou contraception d’urgence, qu’il présente comme abortive. S’il ne se soumet pas aux injonctions de la Cour, il sera considéré comme ayant commis un “outrage” et pourra être arrêté.

Cette démarche de la Cour constitutionnelle, qui par sa jurisprudence a déjà imposé à la Colombie une dépénalisation de l’avortement dans les cas dits limites comme la malformation fœtale, le danger pour la vie de la mère ou la grossesse résultant d’un viol, répond à un recours formé en 2011 par 1.279 femmes au nom du “droit à l’information”, à la suite de Monica Roa qui était à la tête de la campagne qui avait obtenu cette dépénalisation.

Ces 1.279 femmes avancent que le Procureur général Ordoñez, mais aussi le Procureur pour la défense des droits de l’Enfance, de l’Adolescence et de la Famille, Mme Ilva Myriam Hoyos, et celui chargé de la Fonction publique, Mme Maria Eugenio Carreño, ont émis « de manière continue et systématique une série de déclarations qui contiennent des informations inexactes ou déformées en rapport avec les droits reproductifs des femmes colombiennes ». Il lui est ainsi reproché d’avoir dit que la sentence T-388 de la Cour sur les droits reproductifs, l’éducation sexuelle et la dépénalisation de l’avortement dans les cas sus-nommés allait donner lieu à des « campagnes massives de promotion de l’avortement comme un droit ».

La Cour – selon la presse – a donné 48 heures à Alejandro Ordoñez à compter de la notification de la sentence pour expliquer que ces campagnes visent à faire connaître aux femmes colombiennes leurs « droits sexuels et reproductifs, parmi lesquels se trouve l’interruption volontaire de la grossesse dans les hypothèses dépénalisées ».

Le parti conservateur de Colombie y voit plus que de l’idéologie : une soumission aux puissant lobby pharmaceutique, et notamment aux fabricants de la « contraception d’urgence ». «Vous savez que les laboratoires, ceux qui produisent des produis pharmaceutiques, sont de gros clients d’espaces publicitaires et ils brassent des millions et des millions, particulièrement pour ces produits qui circulent avec une si grande liberté, ces pilules qui conduisent à la suspension de la vie », a déclaré le porte-parole du parti conservateur à la Chambre des représentants de Colombie, Alfredo Bocanegra. (leblogdejeannesmits)