Correspondance européenne | 259, France

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France: les “mariages” homosexuels approuvés, mais pour qui ?

Pour l’heure, il s’agit d’un projet de loi mais le Parlement le discutera au début de 2013. Le Conseil des Ministres français l’a adopté pour autoriser les “mariages” homosexuels et l’adoption d’enfants de la part des couples homosexuels. Le Ministre des Affaires familiales, Dominique Bertinnoti, l’a qualifié de « pas important vers la parité des droits » alors que pour Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales, « il s’agit d’une grande réforme qui s’adresse à la société française dans son ensemble ».

Hollande lui-même parle d’un « progrès non seulement pour quelques-uns mais pour toute la société ». Selon les journaux, la majorité des français est d’accord avec le gouvernement. Mais les manifestations du 17 et du 18 novembre semblent ne pas confirmer cet état d’esprit. La gauche a toujours été à l’aise dans la rue mais il n’est pas toujours facile pour les conservateurs de faire de même. Mais cette fois-ci le succès des deux journées est si évident que les organisateurs se sont donnés rendez-vous le 13 janvier 2013 pour une grande manifestation nationale contre le projet de loi.

Mais il faudrait aussi se demander combien seront les bénéficiaires de la nouvelle loi. En ce moment, naturellement, il n’est pas possible de prévoir combien de “mariages” homosexuels auront lieu en France au cours des prochaines années et encore moins de comprendre combien une loi comme celle-ci s’adresse à la société française « dans son ensemble ». Toutefois, il est facile d’imaginer la prochaine sarabande de propagande des groupes qui l’ont soutenue.

Au travers d’une habile insistance médiatique, la « grande réforme » apparaîtra comme l’un des problèmes résolus de la société actuelle. Un problème, il n’est pas besoin de le dire, fondamental pour le progrès du genre humain. Ils chercheront à démontrer que de très nombreux français étaient homosexuels sans l’avoir jamais confessé et que tous ou presque sont d’accord avec la loi. A part, naturellement, les conservateurs rétrogrades et les catholiques. La seule manière pour savoir combien est « globale » une disposition de ce genre est de se référer aux données divulguées par d’autres États.

Prenons l’Espagne par exemple. Dans ce pays, la loi sur le mariage homosexuel existe depuis le 1er juillet 2005. Le quotidien italien “Le Messagero” (proche du centre-gauche NDT), dans un article du 7 novembre 2012, mentionne le nombre global : en sept ans d’application de la loi, 22 442 “mariages” homosexuels ont été célébrés. Le site “Corriere.it” précise également la répartition par année : « Plus de 4 753 couples homosexuels se sont “mariés” au cours de la seule année 2006 et depuis lors une moyenne de 3 000 par an selon les données de l’Institut national de la Statistique. La moyenne a augmenté de 21,5 % l’an dernier, pour atteindre les 3 880 ».

Si l’on prend en compte le fait que la population espagnole est de quelques 46 millions d’habitants, cela veut dire que chaque année – en prenant pour véridique la moyenne des 3 000 unions – à peine 0,006522 % se marie dans le cadre de “noces” homosexuelles. Le pourcentage atteint 0,048 % si l’on prend en compte le chiffre total de 22 442.

Et cela ne va guère mieux en Angleterre. Cela va même plus mal si on la considère comme la patrie de l’orgueil homosexuel. Le “Queerblog” du 10 août 2009 cite des chiffres qui n’ont rien de consolant : « le Bureau des Statistiques nationales a démontré (que) l’an dernier, ont été célébrées 7 169 unions civiles, en diminution par rapport aux 8 728 de 2007. Encore plus éloigné et plus inaccessible, le boum enregistré en 2006 lorsque, durant les premiers temps de la réforme, les couples de longue durée ont immédiatement profité de l’avantage de pouvoir s’unir légalement ». Et de poursuivre : « En 2003, le gouvernement estima qu’environ 62 000 couples se seraient unis civilement d’ici 2010. Or, ils ont été seulement 33 953, 53 % composés d’hommes et 47 % de femmes ».  Or, environ 34 000 unions pour une population de 53 millions d’habitants donne à peine 0,0641 %.

Et nous ne parlons pas de quelque chose qui existe depuis cent ans, ce qui expliquerait une diminution contingente. Non, il s’agit d’une nouveauté en faveur de laquelle tous auraient dû se bousculer au portillon. Et il ne s’agit pas même de chiffres qui viennent s’ajouter à des “mariages” précédents. Ce ne sont donc pas des “nuptialités” nouvelles par rapport à une société connaissant déjà des “mariages” de ce type. Mais ce sont probablement toutes celles qui sont possibles à trouver, jusqu’à la dernière. Par ailleurs, nous sommes encore dans l’attente de savoir combien ses unions seront durables ou combien s’achèveront par une séparation. Toutefois, si l’on veut prendre pour vrais certains sondages qui parlent d’à peine 1 % de la population anglaise prête à se définir homosexuel et seulement 0,5 % bisexuel, il est nécessaire de prévoir un fort nombre d’homosexuels non mariés et probablement n’ayant aucune intention de le faire. Ce qui revient à dire qu’eux-mêmes ne sont pas intéressés par ces lois sur le “mariage”.

Faisons en revanche une autre comparaison, par acquis de conscience. Question : combien de couples (hétérosexuels) se sont-ils mariés en Italie en 2005 ? Le mariage italien, si fortement malmené, peut heureusement nous donner quelques satisfactions. L’Institut de la Statistique (ISTAT) confirme une moyenne généreuse supérieure à 200 000 unions par an (mariages civils et religieux, premières et secondes noces) pour un total de 1 439 018. Près d’un million et demi qui, tout compte fait, correspondent à 2,39 % de la population. Et ce nonobstant toutes les diminutions de 1972 à ce jour, les divorces, la disqualification généralisée de la famille classique et les concubins. Voici les chiffres : 2005 : 247 740 mariages ; 2006 : 245 992 ; 2007 : 250 360 ; 2008 : 246 613 ; 2009 : 230 613 ; 2010 : 217 700.

En conclusion, il faut bien se demander ce que signifie aujourd’hui le mot “démocratie”. Représente-t-elle « la société dans son ensemble » ou est-il devenu seulement l’instrument de minorités représentées par de puissants groupes de pression ? Avec la confusion typique de notre époque, la démocratie n’est plus le gouvernement de la majorité mais celui de tous, de quiconque. Et l’on ne comprend plus si c’est la majorité qui décide ou de petits groupes de pression qui veulent imposer leur modèle de vie par la force. Ou au travers de lois inutiles. Les chiffres parlent haut et fort. Malgré les oripeaux de la propagande, ils ne justifient pas les mobilisations. Pas comme dans d’autres domaines. Et alors, retournons à nous occuper de choses sérieuses. (D. G.)