Correspondance européenne | 259, Irlande

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Irlande : tensions au sujet de l’avortement

Les associations irlandaises pro-vie craignent que les recommandations d’un panel d’experts nommés par le ministre irlandais de la santé, James Reilly, soient la première étape vers la légalisation de l’IVG dans leur pays. Ces recommandations seraient la réponse irlandaise à la condamnation de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire A,B,C contre Irlande en 2010. 

La Cour avait demandé à l’Irlande de clarifier dans quelles conditions la vie d’une femme enceinte doit être considérée en danger. Alors que la Cour ne reconnaissait pas l’existence d’un droit à l’avortement en droit européen, elle citait un précédent de la Cour suprême Irlandaise, l’affaire X, celui par lequel la Cour irlandaise créait en 1992 un droit à l’avortement dans les cas où la vie de la mère serait « en danger réel et substantiel ».

Malgré cette décision, les Irlandais ont rejeté la légalisation de l’IVG à trois reprises par référendum, ainsi que toutes les tentatives de légalisation parlementaire. Une libéralisation de l’IVG par décret ministériel serait très controversée et susceptible de perturber la majorité des citoyens irlandais, voire de faire tomber la coalition gouvernementale. La réaction a été immédiate. Les associations pro-vie irlandaises se sont montrées actives pour influencer les conclusions du panel d’experts.

Une demi-douzaine de conseils départementaux ont adopté des résolutions pro-vie à l’unanimité ou presque, des manifestations ont été organisées, et les électeurs ont contacté leur député. Plus de 140 médecins et experts des soins de santé se sont rassemblés lors du symposium international sur la santé maternelle à Dublin le mois dernier. Les conclusions de la Déclaration de Dublin sur la santé maternelle considèrent que « l’avortement n’est pas une nécessité médicale pour sauver la vie d’une femme ».

La déclaration ajoute que l’avortement et les traitements médicaux conçus pour sauver la vie de la mère sont « fondamentalement différents » et conclut : « l’interdiction de l’avortement n’empêche aucunement [le médecin] de dispenser les soins de santé optimaux aux femmes enceintes » (“Friday Fax”, 19 octobre 2012). (C. B. C.)