Correspondance européenne | 261, UE

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UE : un Nobel au relativisme et au totalitarisme

Le 10 décembre 2012, les Présidents respectifs de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, de la Commission européenne, José Manuel Barroso et du Parlement européen, Martin Schultz, ont retiré à Stockholm le Prix Nobel de la Paix attribué cette année à l’Union européenne.

L’attribution du prix et ses motivations (« l’UE a contribué à l’avancement de la paix et de la réconciliation, de la démocratie et des droits humains en Europe ») sonnent de manière moqueuse et provocatrice pour les citoyens européens. Le Vieux Continent connaît en effet l’un des moments les plus difficiles de son histoire récente, justement à cause des tensions sociales et des violations de la démocratie et des droits humains dont est responsable l’Union.

L’Union européenne, née voici 20 ans avec le Traité de Maastricht et qui a bien peu de chose à voir avec l’institution d’Adenauer, De Gasperi et Schuman, enregistre tout d’abord un cuisant échec économique. L’euro, qui aurait dû porter la stabilité et la cohésion économique à l’Europe, connaît une crise profonde. Les différences entre les structures productives des pays de l’Union se sont renforcées, avec un transfert de richesse du sud vers le nord de la zone Euro. Alors que l’Allemagne a pris la conduite de la locomotive européenne, les wagons que sont la Grèce, l’Espagne et l’Italie, ont commencé à dérailler. Entre temps, la Banque centrale européenne, qui n’est pas seulement un organisme monétaire mais constitue la véritable « salle de contrôle » politique, érige à Francfort son temple : un gratte-ciel colossal qui surgira des vieux marchés généraux de Francfort et coûtera 1,2 milliards d’euros, équitablement ( !) répartis sur la dette des 28 États membres de l’UE. Et cela alors même que le Président de la BCE et ses collaborateurs fustigent ces mêmes États membres, les appelant tous à l’austérité et aux sacrifices…

Parmi les responsables de l’Union européenne, le plus docile aux ordres de la BCE est Mario Monti, désigné comme Président du Conseil italien en novembre 2012, sans investiture populaire mais avec le placet conjoint des hautes autorités européennes et du Président de la République italienne, Napolitano. Après un an de gouvernement, la recette de Mario Monti pour « sauver l’Italie » en la maintenant dans l’euro s’est révélée désastreuse. L’augmentation sans précédent de la pression fiscale a causé la croissance du chômage, l’écroulement de la consommation et de la production industrielle, l’augmentation de l’inflation et de la dette publique. Et pourtant, l’exemple de l’Espagne aurait dû suffire.

Dans ce pays en effet, les mesures imposées par la BCE ont créé un état de dépression gravissime, avec un taux de chômage total qui frise les 25 % et un taux de chômage des jeunes supérieur à 50 %. La preuve de l’échec économique de l’Union européenne est cependant fournie par l’augmentation de 25 %, au cous des cinq dernières années, de la dette publique de la zone Euro alors que l’objectif de la monnaie unique était justement celui d’assurer à l’Europe une plus grande solidité économique au travers d’une réduction significative de la dette publique.

Tout aussi évident est l’échec politique de l’Union européenne. L’objectif ambitieux était dans ce cas celui de parvenir à une politique étrangère commune à tous les États membres, de manière à ce que l’Europe puisse se présenter face aux États-Unis, à la Chine et aux autres puissances émergentes comme un sujet fort sur la scène internationale. Aujourd’hui, l’échec de la politique étrangère de l’UE fait même l’objet de mémoires de maîtrise et risque d’être lourdement aggravé par la menace que représente l’entrée de la Turquie musulmane parmi les États membres. En vingt ans, des Balkans au Moyen-Orient, de la crise irakienne à la crise libyenne, l’Union européenne a connu une profonde divergence intérieure et une substantielle incapacité à prendre le commandement sur le plan international. Et lorsqu’une certaine convergence de vues s’est manifestée, comme dans le cas du “printemps arabe”, elle a ouvert la voie au masochisme le plus inconscient.

Mais encore plus éclatant de l’échec économique et politique est celui concernant la défense de la démocratie et des droits humains, un domaine dans lequel l’Union européenne atteint désormais des niveaux dévastateurs, exactement opposés aux raisons pour lesquelles elle a reçu le Prix Nobel. Le premier des droits humains est en effet le droit à la vie qui est aujourd’hui systématiquement violé par les législations “abortistes” de tous les pays européens. Non seulement l’UE n’a jamais élevé sa voix contre le massacre d’innocents le plus effroyable de tous les génocides du XXe siècle, mais elle exerce une intolérable pression juridique et morale sur les États qui résistent à l’introduction de l’assassinat de masse ou tentent de faire marche arrière.

Des pays tels que l’Irlande, la Pologne et Malte, dans lesquels l’avortement fait l’objet d’un certain nombre de restrictions, sont accusés de ne pas s’aligner sur les standards anti-éthiques de l’Union européenne. Et si un homme politique comme le Président du gouvernement espagnol Rajoi annonce timidement la possibilité de modifier la loi-symbole de l’ère Zapatero – c’est-à-dire le droit à l’avortement avant la quatorzième semaine de grossesse y compris pour les mineures de 16 ans sans qu’elles aient l’obligation d’en informer leurs parents – il risque de subir le même sort que Viktor Orban, accusé d’avoir fait faire à son pays « un tournant autoritaire » pour avoir fait approuver une nouvelle Constitution qui affirme entre autre que « la Hongrie protègera l’institution du mariage entendu comme l’union conjugale d’un homme et d’une femme » et que « la vie du fœtus sera protégée à partir du moment de sa conception ».

Mais tout ceci ne suffit pas. Les groupes de pression européistes travaillent afin que soit introduite l’interdiction de l’objection de conscience pour les médecins et les infirmiers en ce qui concerne l’avortement et afin que soit étendu à tous les États le délit d’homophobie à l’encontre de quiconque nie les unions “matrimoniales” contre-nature. Le 24 mai dernier, le Parlement européen a adopté une résolution contre l’homophobie et la transphobie exhortant les États membres à garantir la protection des lesbiennes, des homosexuels et des transgenres interdisant toute forme explicite de critique de la condition homosexuelle ou transsexuelle.

Un groupe de pression abortiste de Bruxelles, l’EPF (European Parliamentary Forum on Population an Development), lié au Planned Parenthood américain a rédigé pour sa part une liste de 27 « personnalités européennes anti-choix » dont l’activité est surveillée afin de les frapper médiatiquement et juridiquement au moment opportun. Par exemple, certaines associations ont déjà été menacées d’interdiction en France seulement pour avoir promu des manifestations déplaisant à la nomenklatura de Bruxelles. Des mesures semblables menacent les sites nternet catholiques trop fortement polémiques à cause de leur vive défense de l’ordre naturel et chrétien. Qui peut dans ces conditions se sentir tranquille ? Il est par ailleurs légitime de se demander si le prix Nobel attribué à l’Union européenne constitue une reconnaissance aux valeurs démocratiques ou à la dictature du relativisme promue par la technocratie bruxelloise ? (Roberto de Mattei)