Correspondance européenne | 265, France

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France : le succès de la “Manif pour tous”

Malgré l’adoption du projet de loi en première lecture à l’Assemblée nationale, malgré la lassitude face à des débats qui durent, malgré l’indifférence des médias, malgré le mépris du gouvernement, malgré les obstacles de toute sorte mis à son organisation par les autorités, malgré la célébration ce même jour par les Catholiques de la procession des Rameaux,… malgré tous les malgré, la “Manif pour tous” aura réussi et même dépassé son pari : réunir, le 24 mars dernier à Paris, près d’1,5 million de Français opposés au “mariage” et à l’adoption par des personnes de même sexe. Sans compter les nombreuses opérations menées par les Français en région ou expatriés à travers le monde, et qui se sont unis à distance, à cette manifestation.

Les médias bien-pensants s’attardent bien sûr sur les incidents qui sont survenus en soirée sur les Champs-Elysées ; ils font leur la version du pouvoir en place, présentant comme de dangereux criminels qui menaçaient alors la république et son président, ces enfants, ces personnes âgées, ces handicapés, ces familles qui ont été gazés et bousculés par les forces de l’ordre.

Peu s’attardent sur le fond de cet évènement d’une ampleur inconnue depuis les manifestations pour défendre l’école libre en 1984. A deux reprises, le 13 janvier puis donc le 24 mars, plus d’un million de Français s’est déplacé jusqu’à Paris pour dire “Non” à ce projet de loi issue d’une promesse de campagne du candidat Hollande. Tout a été dit pour expliquer objectivement l’opposition à ce projet : les arguments anthropologiques, philosophiques, juridiques, pédopsychiatriques, sociaux, affectifs,… ont été développés avec intelligence et courage par des professionnels et des associations, et repris par certains parlementaires qui ont mené à l’Assemblée nationale un combat qui les honore. La logique mathématique a bien sûr donné une première victoire, à l’Assemblée nationale, à la gauche libertaire. Mais il reste le Sénat où, malgré le ralliement à la gauche de certains élus dits de droite, tout espoir n’est pas perdu.

Mais après cette double mobilisation historique, on peut noter deux choses. La première, c’est la mobilisation elle-même, rassemblement presqu’improbable de gens très différents et en général peu habitués des manifestations de rues et qui, de manière répétée sur plusieurs mois, ont jugé nécessaire de montrer leur opposition à une mesure idéologique et électoraliste, prise au détriment d’un des piliers fondateurs de toute société, la Famille. Et à les entendre et à lire les commentaires dans les jours qui ont suivi cette manifestation, elle n’est pas la dernière de la série, mais pourrait aussi prendre une tournure beaucoup plus politique, voire violente tant  l’enjeu est essentiel et insupportables l’indifférence méprisante et les insultes des partisans de ce projet.

Un autre point intéressant était d’ordre plus général mais ô combien symbolique ! Quel renversement politique et culturel : on aura ainsi vu ce 24 mars, des forces de police aux ordres d’un gouvernement rassemblant tout ce que la politique française compte de gauchistes et de libertaires, matraquer et gazer des familles venue défendre un pilier de nos sociétés. C’est Mai 68 à l’envers ! Les tenants du “Il est interdit d’interdire!” devenus les tenants de l’ordre à tout prix, y compris celui de femmes, d’enfants et de personnes âgées blessées, le tout au nom d’un mariage qu’ils honnissaient alors tant comme symbole d’un ordre bourgeois et patriarcal à abattre. L’esprit de “mai 68” et ses adeptes ont montré leur vrai visage, idéologue et totalitaire. En soi, c’est déjà une victoire pour les “Manifestants pour tous” ! (Jérôme Soibinet)