Correspondance européenne | 266, France

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France : les manifestations catholiques font peur à la laïcité

Il existe un nouveau front qui risque de constituer un terrain fertile pour la confrontation : celui des manifestations de rue. Lorsque les catholiques se limitent à défendre leur point de vue dans les lieux réservés à cet effet, ils sont considérés en général comme une « niche ».

Mais lorsqu’ils descendent dans la rue, la musique change parce que leur nombre est immédiatement perceptible tout comme le fait qu’ils ne sont pas disposés à accepter tout ce que le monde propose. Y compris parmi les non catholiques. Face aux foules, les détracteurs trouvent difficile de répéter l’habituel refrain consistant à asséner que « vous n’êtes même pas d’accord entre vous » et que « vous avez perdu le contact avec la réalité ». Lorsque les catholiques manifestent ou organisent une marche, cela ne plait guère. Et alors, on note des réactions diverses et variées.

Tout d’abord, l’habituelle guerre des chiffres, comme en France. Au cours de la deuxième Manif pour tous contre la légalisation du “mariage” homosexuel, certains ont compté 200 000 manifestants, d’autres 1 million. Il me semble cependant qu’il soit quelque peu difficile de faire des erreurs de ce genre. Ce sont en effet des volumes totalement différents. Bien évidemment, il en est qui ne savent ou ne veulent pas bien compter. Les détracteurs diront : ce sont les catholiques qui ne savent pas le faire, c’est sûr.

Ils étaient trois pelés et deux tondus (200 000) et ils veulent se faire passer pour une multitude. Mais un raisonnement de ce genre est immédiatement démenti par les photos. Et surtout, il ignore le fait que le nombre des participants a augmenté de manière impressionnante entre la première et la deuxième manifestation.

On oublie en outre que nombreux sont ceux qui ont déjà compris le truc de l’administration Hollande, visant à détourner l’attention des comptes publics en se faisant le paladin de grandes réformes sociétales. Si la Manif pour Tous avait été un fait isolé, en France, personne n’aurait plus protesté. En revanche, les personnes continuent à descendre continuellement dans la rue, de manière spontanée, sans une organisation de plusieurs mois derrière elles et toujours avec un grand sens de civilité et d’autocontrôle de la part des manifestants.

Et cela sans considérer le phénomène de la Marche pour la Vie. Celle de Rome de 2012, pratiquement ignorée par les moyens de communication, a rassemblé de 15 à 20 000 manifestants. Un résultat exceptionnel attendu qu’il s’agissait seulement de la deuxième édition. Celle de Washington, en janvier 2013, a vu dépasser le seuil des 500 000 manifestants et ce malgré la neige. Mais de nombreuses autres fleurissent et atteignent des résultats importants, en Italie et à l’étranger.

Il s’agit d’un phénomène nouveau, surprenant et encourageant. Il n’est pas possible d’ignorer ces données. Mais il existe une autre réaction qui fait beaucoup réfléchir, justement de par son caractère indigne : la répression. On cherche par tous les moyens à empêcher les personnes d’exprimer leur point de vue, en leur infligeant des amendes dans des conditions ridicules, comme par exemple celle concernant le port dans un parc public d’un tee-shirt portant un dessin favorable à la famille traditionnelle, qualifié de « contraire aux bonnes mœurs ». Ou en passant au stade suivant. Celui de la mise en détention, comme cela a eu lieu toujours en France le 14 avril, lorsque 67 jeunes ont été appréhendés et placés en garde à vue pendant plus de 12 heures pour avoir manifesté en silence devant le Parlement. Parmi eux, se trouvait également le Sénateur français Pozzo di Borgo, qui a déclaré : « Tous les jours, il y a des manifestations bruyantes de syndicats, d’étrangers en tout genre, d’associations et jamais personne n’est arrêté. Eux qui étaient en silence, ont été emmenés au poste. Ceci constitue une répression politique ».

Les manifestations catholiques font peur parce que c’est la démocratie qui descend dans la rue. La vraie démocratie est celle de se faire voir, d’être présents. Il suffit de penser au nombre de fois qu’a été utilisée « la rue virtuelle » ces derniers temps. Le mouvement M5S italien du comique génois Grillo en a fait une sorte de rempart. Il fait état de chiffres électroniques dans un monde numérique et construit un peuple multimédia fait de pixels et de bytes. En revanche, la rue dans laquelle les catholiques manifestent est réelle, visible. Autour de leurs idées, se trouvent des hommes et des femmes réels, en chair et en os, qui n’ont pas peur d’aller contre-courant. Et c’est justement cette visibilité qui fait peur, à cause de la timidité qui l’a précédée.

Depuis de nombreuses années, il est désormais devenu presque évident de considérer la pensée catholique comme un phénomène privé, alors que le public se voyait délivré toute une série d’autres contenus. Les partisans de l’avortement peuvent descendre dans la rue et leur présence est reprise par les moyens de communication comme une juste expression publique. Les homosexuels peuvent manifester leurs convictions et avoir droit de cité. Les catholiques non. Ils doivent se cacher, se réfugier dans leurs vies privées, se taire afin de ne froisser personne. A la limite, ils peuvent en faire une question de conscience, si vraiment ils y tiennent. Mais quelque chose est en train de changer et les manifestations catholiques de ces derniers mois en témoignent. La rue appartient à tous et non pas seulement à ceux qui pensent qu’elle leur revient de droit. (Davide Greco)