Correspondance européenne | 270, Grande Bretagne

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Grande-Bretagne: oui au mariage homosexuel

Les premiers mariages homosexuels devraient avoir lieu « au plus tôt à l‘été 2014 », après quelques ajustements administratifs, notamment sur la question des retraites et des mises en conformité informatiques. Des modifications d’ores et déjà dénoncées par les conservateurs opposés au mariage homosexuel, parce qu’elles devraient coûter 2,3 millions d’euros aux contribuables. Ce à quoi le gouvernement a immédiatement opposé les soi-disant 16,8 millions d’euros que cela pourrait rapporter à l‘économie britannique, « sous forme de festivités, de vente de gâteaux et autres nuits d’hôtels ». Comme s’il s’agissait d’argent…

La loi n’entrera en vigueur qu’en Angleterre et au pays de Galles. Les autres régions du Royaume-Uni, l’Ecosse et l’Irlande du Nord, conservent leur propre législation sur le sujet. Souvenons-nous qu’en avril, l’Irlande du Nord a rejeté une motion demandant la légalisation du mariage homosexuel. Déposée par le parti républicain Sinn Fein, la proposition avait suscité, sans surprise, une très vive opposition des Eglises catholique et protestante.

Dans le reste du royaume, la loi laissera bien sûr aux diverses confessions la possibilité de célébrer ou non des unions homosexuelles religieuses. L’Eglise anglicane d’Angleterre, par la voix de son chef, Justin Welby, a réaffirmé lundi son opposition farouche à cette parodie de mariage qui restera, en son sein, parfaitement illégal. « C’est un moment historique qui va influer sur la vie de nombreuses personnes. Je suis fière que nous l’ayons fait » a déclaré la ministre de la Culture, Maria Miller. (…) Le chef des « lib-dems », le vice-Premier ministre Nick Clegg, est sorti leur déclarer que cette loi allait garantir que les lesbiennes, les homosexuels et les bisexuels se sentent dorénavant « reconnus et valorisés et non pas exclus ».

Cette validation par la Chambre des Lords (le 15 juillet, ndr) – la chambre haute du Parlement – était le succès de cette campagne. Le renvoi, mardi (16 juillet, ndr), devant la Chambre des Communes n‘était qu’une formalité, cette dernière s‘étant déjà exprimée en majorité en faveur du texte, le 21 mai dernier, par 366 voix contre 166. Elle a d’ailleurs décidé de ne pas rejeter les amendements mineurs au projet de loi déposés par la Chambre des Lords qui a, elle, surtout rejeté la veille, par 390 voix contre 148, un amendement dit de « démolition », dernier obstacle parlementaire majeur à l’aboutissement du projet.

« Le titre de la loi est “mariage” mais sa trame est celle de la liberté et du respect » a dit Maria Miller, en saluant son adoption définitive mardi. Non, elle est tout à fait symbolique et parfaitement idéologique. Alors que la Grande-Bretagne a mis quelque 180 ans de plus que la France à ne plus considérer ces relations comme des « crimes », elle a très vite permis aux paires homosexuelles – depuis 2002 – ce que même la France n’a toujours pas autorisé : le recours à la procréation médicalement assistée et à une mère porteuse, pourvu qu’elle ne soit pas rémunérée. Ils pouvaient aussi déjà adopter et s’unir par le biais d’un pacte civil instauré en 2005.

La fronde était pourtant là, mais n’a pas suffi. Promesse de campagne des libéraux démocrates, qui participent au gouvernement de coalition avec les conservateurs, le texte est passé grâce au soutien de l’opposition travailliste et d’une partie des Tories dont le chef de file a réaffirmé son engagement favorable. Les trois principaux ministres conservateurs de Cameron – William Hague (Affaires étrangères), George Osborne (Finances) et Theresa May (Intérieur) – sont allés jusqu‘à publier une lettre dans le “Daily Telegraph”, journal proche des Tories, pour réaffirmer qu’autoriser le mariage homosexuel est « la bonne chose à faire » (…). (Marie Piloquet, “Présent”, 19 juillet 2013).