Correspondance européenne | 272, Europe

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Europe : le péril islamique

Les événements dramatiques de Syrie, après ceux d’Egypte et de Libye, offrent l’occasion de faire quelques considérations allant au-delà de l’aspect géopolitique du conflit. Ce qui se trouve en toile de fonds est, plus vivante et plus brûlante que jamais, la question islamique, une question qui concerne non seulement l’Asie et l’Afrique mais surtout l’Europe.

La conquête démographique et territoriale de notre continent de la part de l’Islam ne tend en effet pas à s’arrêter. Les statistiques sont à cet égard plus éloquents que bien des mots. Selon le dernier rapport du Pew Research Center, l’Islam compte aujourd’hui en Europe 43 490 000 adeptes.

Le taux de croissance de la population musulmane est abondamment supérieur à celui du reste de la population, européenne et mondiale. Selon l’institut de recherche, si le niveau de croissance en question devait demeurer inchangé, les musulmans représenteront 26,4 % de la population mondiale en 2030, population mondiale qui devrait alors atteindre les 8,3 milliards de personnes.

Mais ce qui frappe le plus est le nombre des mosquées et des minarets qui remplacent souvent des lieux de culte catholiques. Le nombre des musulmans pratiquants est certainement inférieur à celui de ceux qui ne suivent pas à la lettre la loi du Coran mais il est cependant, proportionnellement supérieur à celui des catholiques pratiquants.

Les immigrés de deuxième ou troisième génération ne pratiquent souvent plus leur religion mais ils ne renoncent pas pour autant à leurs racines identitaires. Au plan sociologique, l’Islam demeure pour eux un rappel bien plus fort que ne l’est le Christianisme pour les Occidentaux. D’ailleurs, alors que les gouvernants occidentaux ont pris la route d’un laïcisme qui s’oppose frontalement à la tradition chrétienne de nos nations, l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) qui rassemble 57 pays de religion musulmane, unis par la conscience d’appartenir à une seule et unique communauté de croyants, promeut par tous les moyens l’identité islamique en Occident.

L’an dernier, Soeren Kern, senior fellow du Groupe d’Etudes stratégiques pour les Relations transatlantiques de Madrid, a publié des chiffres impressionnants, attestant la transformation de lieux de culte chrétiens abandonnés dans tout le centre et le nord de l’Europe. En Angleterre, 10 000 églises ont été fermées depuis 1960 dont 8 000 églises méthodistes et 1.700 anglicanes.

En 2020, est prévue la fermeture de 4 000 autres églises alors que par ailleurs il existe 1 700 mosquées, dont beaucoup sont d’anciennes églises, ainsi que 2 000 salles de prière et d’innombrables garages ou hangars transformés en mosquée. Selon les données des Religious Trends au Royaume-Uni, le nombre des personnes fréquentant les églises diminue actuellement à une vitesse telle que, d’ici une génération, il sera trois fois inférieur à celui des musulmans qui vont à la mosquée.

En Allemagne, la population musulmane a vu son nombre exploser, passant de 50 000 personnes au cours du début des années 1980 à 4 millions. Par ailleurs, il existe sur le territoire 2.600 mosquées et salles de prière. En revanche, 400 églises catholiques et 100 temples protestants ont été fermés. Non contente du fait que les mosquées prolifèrent sur son territoire, l’Allemagne voudrait imposer la même situation à la Grèce, appuyant la construction d’une grande mosquée à Athènes, aux frais de l’Etat.

Jusqu’ici, cependant, les tentatives de trouver une entreprise du BTP qui prenne en charge la construction du temple islamique sont restées vaines par crainte de menaces et d’intimidations de la part de groupes identitaires ou même de simples citoyens résidant dans le quartier athénien de Votanikos, où la mosquée devrait être érigée.

En France également, on construit davantage de mosquées que d’églises catholiques et le nombre de musulmans pratiquants est supérieur à celui des catholiques pratiquants. Le nombre des mosquées et autres lieux de culte a doublé au cours des dix dernières années, dépassant le seuil des 2 000 alors même que l’Eglise catholique continue à fermer ses édifices sacrés.

Entre temps, en Turquie, les rumeurs relatives à la future transformation de la Cathédrale Sainte Sophie d’Istanbul, actuellement musée, en mosquée prennent de plus en plus de poids. Le temple historique de la Chrétienté avait déjà été transformé en mosquée après la chute de Constantinople (1453) mais, avec l’avènement de la République turque, en 1923, elle était devenue un musée. Deux autres anciennes églises, elles aussi consacrées à Sainte Sophie, celle de Nicée (Iznik), siège du premier Concile œcuménique, et celle de Trabzon, ont déjà été récemment converties de musées en mosquées.

La prolifération des mosquées s’accompagne d’une expansion de la finance islamique en Occident. Ce n’est pas un hasard si les fondateurs des banques islamiques sont des théoriciens de la conquête musulmane de l’Europe : Abul A’la Mawdudi (1903-1979) et Sayyed Qutb (1906-1966), idéologues des Frères musulmans.

Un récent rapport de la Banque centrale européenne estime que la valeur internationale des assets gérés selon des critères financiers islamiques est passée de 150 milliards de dollars à la moitié des années 1990 à plus de 1 600 milliards à la fin 2012, sachant qu’elle pourrait dépasser les 2 000 milliards cette année. Au sein de l’Union européenne, indique la BCE, « la finance islamique est encore à l’état embryonnaire mais une série de facteurs en font imaginer un développement ultérieur ».

A la tête de ce développement, se trouvent l’Angleterre, premier pays ayant autorisé l’activité de banques islamiques sur son territoire, l’Allemagne, qui participe à l’industrie financière islamique un peu partout dans le monde, la France, qui, selon la BCE, a « apporté un fort soutien » au processus d’expansion, mais également l’Italie, où la finance islamique a connu une ascension rapide.

Les experts prévoient que les banques islamiques résidant en Italie atteindront bientôt un montant de dépôts détenus de 5,8 milliards d’€uros, alors que n’étaient prévus que 218,6 millions d’€uros à l’horizon 2015.

Mais ce qui est plus grave dans cette situation, c’est le fait que les gouvernants occidentaux continuent à appuyer l’islam fondamentaliste, malgré les effets désastreux des politiques mises en œuvre jusqu’ici au Moyen-Orient, en particulier à l’occasion de ce qu’il est convenu d’appeler le « printemps arabe ». A cette occasion, les Etats-Unis et l’Europe étaient convaincus de pouvoir passer de manière indolore des régimes dictatoriaux à la démocratie, pensant pouvoir compter pour ce faire sur l’appui des Frères musulmans.

Le résultat a en revanche été la montée en puissance de l’islam radical et l’explosion de divisions sanglantes, internes au monde musulman. Aujourd’hui, l’illusion de pouvoir se servir des groupes fondamentalistes pour instaurer la démocratie continue à avoir des adeptes et le président américain Barak Hussein Obama constitue le champion de cette politique, fondée sur la méconnaissance de l’islam et sur une vision déformée de la démocratie.

En Syrie, Obama s’est rangé aux côtés des fondamentalistes islamiques, qui comprennent les militants musulmans européens de Jabhat Al Nusra (Front de la victoire), le même groupe qui, voici trois mois, a montré aux caméras de télévision les têtes tranchées de trois « ennemis de l’islam » au cri de « Allah est grand ».

Le président Bashar el Assad, considéré comme fiable par l’Occident lorsqu’il menaçait les chrétiens maronites, est aujourd’hui présenté comme un monstre alors qu’il combat les membres d’Al Qaeda. De la même manière, les forces armées égyptiennes auraient été du côté de la « démocratie » lorsqu’elles ont contraint Moubarak à démissionner alors qu’elles se seraient rangées du côté de la « dictature » lorsqu’elles ont fait de même avec Morsi.

La confusion règne et elle est plus grande encore que le flot de sang qui coule. Critiquer l’usage des armes n’est pas suffisant. Il faudrait qu’à l’exemple de saint François, qui partit pour l’Orient afin de convertir le sultan à la Vraie Foi, se lève, aujourd’hui encore, une parole claire, afin de rappeler l’incompatibilité entre l’islam et le Christianisme et la nécessité d’une confrontation authentique entre les deux religions. Mais le mot « conversion » a-t-il encore un sens pour les chrétiens ? (Roberto de Mattei)