Correspondance européenne | 275, Eglise catholique

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Eglise catholique: octobre tridentin à Rome

Le célèbre écrivain catholique français Louis Veuillot, au cours de son dernier séjour romain, à l’automne 1865, rédigea des pages mémorables sur la capitale de la Chrétienté. Les couleurs des fameuses « ottobrate romane », vécues cette année encore dans toute leur splendeur, frappèrent l’écrivain français qui décrivit le divin paysage de Rome, ses lumières, ses monuments, alors qu’il chantait les gloires du Christianisme, exaltait la fermeté héroïque des Martyrs, la sagesse des Docteurs, la majesté des Conciles, l’autorité des Pontifes, l’austérité des Saints. « Il n’existe pas une pierre de Rome qui ne dise quelque chose et quelque chose de grand » écrivait-il dans son livre intitulé Le Parfum de Rome. S’il avait vécu à notre époque, Veuillot, amoureux de l’Eglise, de la Papauté et de la Tradition, ne serait pas resté indifférent à ce mois d’octobre 2013 au cours duquel, à Rome, parcourant des lieux riches d’histoire et de sainteté, se sont succédés différents événements liés au Motu proprio Summorum Pontificum de Sa Sainteté Benoît XVI.

Le premier cycle d’événements, organisé par Jeunes et Tradition et par l’Amitié sacerdotale Summorum Pontificum, a débuté le jeudi 10 octobre en l’Université pontificale Angelicum. L’occasion en était la présentation des Actes du III° Congrès dédié au Motu proprio Summorum Pontificum qui avait eu lieu à l’Angelicum du 13 au 15 mai 2011. La Conférence de présentation, ouverte par le père Vincenzo Nuara o.p., âme de l’initiative, et animée par l’abbé Marino Neri, a vu comme premier intervenant le cardinal Raymond Leo Burke, Préfet du Tribunal Suprême de la Signature apostolique. Après avoir évoqué la célèbre phrase du Vénérable Pape Paul VI sur la fumée de Satan ayant pénétré dans l’Eglise et sur les nuages sombres qui se sont accumulés au-dessus d’elle au lendemain du Concile, le Cardinal s’est attardé sur l’ampleur des abus liturgiques et sur le bouleversement de la liturgie de la part de ceux qui ont compris le Concile comme un événement de rupture et de discontinuité avec le passé. Il a rappelé combien le Motu proprio a été voulu par Sa Sainteté Benoît XVI, dans la mesure où lui-même avait été témoin de nombreuses aberrations liturgiques qui avaient profondément secoué des personnes ancrées dans la foi.

Après le Cardinal Burke, a pris la parole Giovanni Turco, professeur de Philosophie à l’Université d’Udine, qui a procédé à une intervention très dense et intéressante. Prenant comme base deux auteurs illustres, Etienne Gilson et Dietrich von Hildebrand, finement examinés, le Pr. Turco s’est attardé sur les racines philosophiques de la question liturgique et sur le Motu proprio Summorum Pontificum en tant que moment historique et dans le même temps universel dans l’histoire de l’Eglise.

Le journaliste Sandro Magister, l’un des plus fiables et des plus sérieux spécialistes vaticanistes, a conclu la conférence, traçant un bilan du Summorum Pontificum de sa promulgation, le 7 juillet 2007, à nos jours.

Le vendredi 11 octobre, le Cardinal Raymond Leo Burke a célébré une Messe pontificale en la Basilique Saint Clément, l’une des plus antiques églises, riche d’histoire de l’époque romaine. Sur les tombes du pape saint Clément et de saint Cyrille, accompagné par la Schola gregoriana des élèves du Collège pontifical nord-américain et par le Chœur polyphonique de la Chapelle Ludovicea, dans une église bondée de fidèles, de nombreux prêtres et de jeunes séminaristes ont accompagné la célébration solennelle de la fête liturgique de la Maternité de la Bienheureuse Vierge Marie.

Le lendemain, samedi 12 octobre, à l’autel de Saint Pie X de la Basilique Saint-Pierre, le Père Vincenzo Nuara clôturait les trois journées d’événements par une Messe solennelle d’action de grâce pour le Motu proprio Summorum Pontificum.

Deux semaines plus tard, c’était au tour du Cœtus Internationalis Summorum Pontificum qui avait organisé un pèlerinage international ad Petri sedem du 24 au 27 octobre. Ayant commencé avec la célébration des Vêpres pontificales présidées par Mgr Guido Pozzo, Secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, en la Paroisse de la Sainte Trinité des Pèlerins, le pèlerinage s’est poursuivi le lendemain, vendredi 25 octobre, par la récitation matinale du Saint Rosaire en l’église de Sainte Marie en Campitelli, sous la direction des Bénédictins de l’Immaculée, par un Chemin de Croix l’après-midi sur le Palatin, sous la direction de l’Œuvre Familia Christi, pour se terminer par une Messe pontificale solennelle en la Paroisse de la Sainte Trinité des Pèlerins, célébrée par Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de la Très Sainte Vierge Marie à Astana (Kazakhstan). Dans son homélie, Mgr Schneider a insisté sur la nécessité de revenir à une liturgie christocentrique et surtout célébrée avec dignité. Rappelant le joug communiste, l’Evêque a indiqué comment, au cours des persécutions, la force des martyrs a toujours été la Très Sainte Eucharistie, célébrée avec beaucoup de révérence et d’amour, bien différente de la situation actuelle caractérisée par une profonde crise liturgique.

La journée de samedi 26 octobre a commencé par l’Adoration eucharistique en l’église de Sainte Marie en Vallicella, présidée par l’abbé Marino Neri. De là, les nombreux fidèles provenant de différents coins du monde, se sont dirigés en procession en direction de la Basilique Saint-Pierre où, à 11h00, le Cardinal Dario Castrillón Hoyos, a célébré une Messe pontificale solennelle à l’autel de la Chaire, accompagné par le chœur de la Schola Sainte Cécile. Dans son homélie, le Cardinal, en l’anniversaire de son ordination sacerdotale, a insisté sur la nécessité d’augmenter notre amour et notre dévotion envers Notre-Dame. Dans ce but, le Cardinal a cité à plusieurs reprises des extraits du Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge de saint Louis Marie Grignon de Montfort, indiquant « l’esclavage » à la Sainte Vierge comme moyen privilégié pour un chemin de perfection. Mgr Guido Pozzo a lu un message de Sa Sainteté le Pape François adressé à tous les organisateurs et participants du pèlerinage, auxquels le Souverain Pontife a souhaité d’abondants fruits spirituels et a accordé la bénédiction apostolique. Les fidèles présents étaient nombreux, certains ayant dû malheureusement demeurer à l’extérieur de la Basilique à cause de la foule nombreuse qui assiégeait Saint-Pierre en ce jour de la fête de la Famille. La cérémonie s’est achevée par le chant final du Christus vincit, entonné par le long cortège composé de plus d’une centaine de clercs dont des Curés, de jeunes séminaristes, des membres de différentes congrégations liées à la Commission pontificale Ecclesia Dei et des religieux d’ordres anciens et nouveaux.

Dans l’après-midi a eu lieu la présentation du dernier livre de Mgr Athanasius Schneider, Corpus Christi. La Sainte Communion et le renouvellement de l’Eglise (Corpus Christi. La Santa Comunione e il rinnovamento della Chiesa, Editrice Vaticana 2013). A cette occasion, l’Evêque kazakh a insisté en particulier sur la nécessité de récupérer le respect et la vénération envers la Sainte Eucharistie, principalement en La recevant à genou et dans la bouche.

Le dernier jour du pèlerinage a vu tous les participants réunis dans l’église dominicaine de Sainte Marie de la Minerve. Sur l’autel où repose la dépouille mortelle de sainte Catherine de Sienne, Mgr Fernando Arêas Rifan, Ordinaire de l’administration apostolique de Campos (Brésil), a célébré une Messe pontificale solennelle en la fête liturgique de Christ Roi. Dans son homélie, l’Evêque brésilien, citant le Pape Pie XI et le Vénérable Pape Pie XII, a retracé les étapes de la Révolution antichrétienne, depuis la révolution protestante (le Christ oui, l’Eglise non), en passant par la révolution dite française (Dieu oui, le Christ non), la révolution communiste (Dieu est mort) jusqu’à la perte de la foi de nos jours. Notre amour pour la liturgie traditionnelle, a déclaré Mgr Rifan, exprime notre attachement à la foi et à la tradition catholiques. L’Eglise, dans son histoire, a traversé des moments de souffrance et de crise mais elle a toujours triomphé de ses ennemis. C’est pourquoi l’Eglise annonce le triomphe du Christ sur l’histoire par le chant victorieux du Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat. (Maddalena della Somaglia)