Correspondance européenne | 279, France

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France: la mort en toile de fond

Tandis que télévisions et médias, en France, se passionnent pour le feuilleton des amours de François Hollande, ou la guéguerre livrée par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, à Dieudonné, « humoriste » antisémite interdit de tournée en province, l’on oublie, et les Français ne s’y trompent pas, de traiter des véritables problèmes qui empoisonnent un quotidien toujours plus difficile.

Ces diversions, si elles occultent un « ras le bol » mettant le pays au bord de l’explosion sociale, détournent aussi l’attention publique d’un phénomène plus grave encore : la volonté du gouvernement socialiste, – mais il est probable que l’opposition, quoique par d’autres méthodes, concourrait à réaliser les mêmes objectifs si elle était au pouvoir … – d’imposer aux Français la légalisation de l’euthanasie.

En décembre, les journalistes ont monté en épingle plusieurs suicides de personnes âgées. Tel ce couple « d’intellectuels » octogénaire et « engagé » qui s’est donné la mort dans une chambre d’un palace parisien, en déplorant, dans une lettre dont il souhaitait qu’elle reçoive un vaste retentissement, n’avoir pu obtenir, pour se tuer, une aide médicale. D’autres vieillards sont morts ainsi pendant l’Avent, dont on a instrumentalisé le geste désespéré, sans jamais s’interroger sur les causes de ce désespoir. Donné en exemple, en parallèle, le cas d’un ancien champion belge qui, « plus heureux », a pu obtenir une euthanasie légale dans son pays et partir au terme d’une dernière « fête » avec les siens. Le procédé n’est pas neuf ; il a servi à plusieurs reprises et consiste à émouvoir une opinion publique dénuée de réflexion en partant de cas dramatisés à souhait.

Dans le même temps, les médias désamorçaient l’émotion suscitée en Savoie par les crimes en série d’une aide soignante qui empoisonnait les pensionnaires de sa maison de retraite. « En bonne santé et qui ne souhaitaient pas mourir ». On a parlé de cas psychiatrique, d’une femme sous le choc du décès récent de sa propre mère. C’est que, pour imposer la loi, la mort doit rester « choisie ».

Que dire, alors, du cas de Vincent Lambert, trente-huit ans, tétraplégique en état « pauci-relationnel » depuis plusieurs années à la suite d’un accident, que certains membres de sa famille, dont son épouse, un frère, un neveu réclament, contre la volonté de ses parents mais avec le soutien affiché d’un médecin traitant s’affirmant « catholique pratiquant », la mise à mort par privation d’alimentation et de boisson ?

Au printemps dernier, on avait cessé trente et un jours d’alimenter Vincent, seule une décision de justice, arrachée in extremis par son père et sa mère, avait empêché l’exécution d’aller à son terme. Une commission médicale a cependant décidé, une nouvelle fois, la mise à mort d’un homme jeune, pas en fin de vie, simplement parce que ses soignants et une partie des siens n’estiment plus sa vie digne d’être vécue. Aujourd’hui, 14 janvier, Maître Triomphe, avocat des parents de Vincent, essaie d’empêcher cet assassinat légal et d’obtenir le transfert du jeune homme dans un service spécialisé prêt à l’accueillir. Sinon, Vincent, coupable de « ne pouvoir plus connaître de vie relationnelle normale », mourra.

Pourquoi cette absence de médiatisation, sinon dans la presse catholique ? Parce que Vincent, s’il reconnaît apparemment ses proches, leur sourit, pleure, exprime souffrance ou soulagement, ne peut plus s’exprimer. Parce que d’autres disent à sa place qu’il veut mourir. Si, à Dieu ne plaise, la justice française décidait ce soir que Vincent Lambert n’a plus le droit de vivre parce qu’il n’a plus d’utilité dans notre société de consommation impitoyable aux faibles, à tous ceux qui ne rapportent rien, une porte s’ouvrirait pour la suppression, décidée autoritairement par des commissions médicales crées afin de supprimer tout sentiment de responsabilité personnelle, des malades, infirmes, déments, etc. L’on sait où cela mène. Assez pour éviter de médiatiser imprudemment l’affaire Lambert. Dans un premier temps, l’euthanasie doit paraître un choix libre, pesé. Et individuel.

Quoiqu’il en soit, si l’on s’en fie à l’obstination mise par le gouvernement Hollande, malgré des foules jamais atteintes descendues dans les rues de Paris et de province, à imposer les unions homosexuelles, ou la suppression, lors d’un recours à l’avortement, de la notion de « détresse maternelle », assortie de l’interdiction d’informer sur les solutions alternatives, regardées comme des violences morales faites aux femmes, il y a, hélas, gros à parier que 2014 verra le parlement adopter l’autorisation de l’euthanasie. Reste à espérer que le pays réel, une fois encore, se réveille et se mobilise. Et qu’il parvienne, cette fois, à se faire entendre.  (Anne Bernet)