Correspondance européenne | 279, France

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France: montée du mécontentement

Depuis plusieurs mois, se multiplient en France les signes d’un mécontentement populaire. Celui-ci, mêlés au discrédit dont pâtit le gouvernement en particulier, la classe politique et médiatique en général, créé une crise de régime dont l’évolution est des plus incertaines.

Le dimanche 26 janvier avait été décrété Jour de Colère par plusieurs associations qui avaient appelé leurs sympathisants à manifester à Paris contre le président Hollande, en réclamant sa démission de la présidence de la République.

Cette manifestation a rencontré un certain succès populaire. Si la police, minorant les chiffres au-delà de toute raison, a parlé de 17 000 personnes, les organisateurs ont annoncé 160 000  manifestants. Dans la réalité, les manifestants, plus nombreux qu’à la Marche pour la Vie organisée le dimanche précédent, semblent avoir été environ 70 000. Une foule très disparate et très déterminée. Etaient présents de nombreux catholiques protestant, à nouveau, contre les atteintes portées aux principes du droit naturel, au mariage et à la vie. Parmi eux le Printemps français, animé par Béatrice Bourges, et l’Institut traditionnaliste Civitas ; étaient présents également des militants nationalistes et identitaires ; étaient présents un certain nombre de « Bonnets rouges », dressés depuis l’automne dernier contre la politique fiscale du gouvernement ; étaient présents enfin de nombreux jeunes musulmans de banlieues ainsi que des amis de l’humoriste Dieudonné, lequel, pris pour cible par le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, est devenu depuis quelques semaines l’une des figures emblématiques de la contestation du Système en place.

La radicalité des slogans a surpris et inquiété la classe politique et médiatique. L’oligarchie que constitue la franc-maçonnerie a été la cible privilégiée des manifestants. La théorie du genre et la banalisation de l’avortement ont été au cœur des protestations. Les tracasseries fiscales, policières et administratives n’ont pas été oubliées. Comme au printemps dernier, les manifestations ont été victimes de provocations et de violences policières qui ont dégénéré dans la soirée en affrontements. Il y eut en tout au moins dix-neuf blessés et deux cent soixante interpellations.

Sur Radio Classique, le surlendemain, lors de la matinale de Guillaume Durand, les journalistes invités à commenter l’actualité ont relevé que cette manifestation témoignait d’une très forte dégradation du climat politique et sociale et du discrédit qui entourait non seulement le chef de l’Etat mais la classe politique toute entière. Ils ont été surpris du succès rencontrés par des slogans anti-système « que l’on avait pas entendus en France depuis plusieurs décennies ».

Les grands journaux et la télévision ont fait le choix de ne pas parler de l’événement, expression, parmi d’autres, du fossé qui sépare aujourd’hui le pays légal du pays réel ; fossé dont le député Lassalle (Centre, Pyrénées-Atlantiques) s’est pourtant fait l’écho au terme d’un périple pédestre qui l’a conduit à faire, au cours de ces derniers mois, le tour de France à la rencontre des Français.

En observant la situation actuelle, on songe inévitablement à cet avertissement lancé par Alexis de Tocqueville à la tribune de la Chambre le 29 janvier 1848, moins d’un mois avant la Révolution de Février : « Nous dormons sur un volcan ». (Philippe Pichot)