Correspondance européenne | 280, UE

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UE : Alternativ für Deutschland

Alternativ für DeutschlandCe qui vaut la peine d’être observé en Allemagne est le phénomène générationnel concernant les intentions de vote : les jeunes électeurs (au-dessous de 30 ans) sont de plus en plus enclins à donner leur voix à des partis qui ne siègent pas au parlement.

En 2005, 7 % de cette tranche de l’électorat manifestait cette intention ; cette portion est passée à 14 % en 2009 et elle se trouve à 20 % aujourd’hui, selon un sondage récent mené par le Forschungsgruppe Wahlen. Le parti eurosceptique Alternativ für Deutschland profite de cette tendance. De la tranche d’âge 18-29, 6 % des électeurs annoncent vouloir voter pour ce parti, contre 5 % pour la tranche d’âge 30-59 et 4 % au-delà de 60 ans. Beaucoup de facteurs militent dans ce sens. Mais on en prendra un qui semble particulièrement porteur : les jeunes Allemands sont plus sensibles que leurs aînés à l’honneur de l’Allemagne.

Cas unique dans l’histoire des nations vaincues, l’Allemagne a dû porter le poids de sa défaite plus de 60 ans après par le versement de réparations en argent ou en nature et, ce qui est plus lourd encore, par un sentiment de culpabilité dont les effets psychologiques, certes plus difficiles à mesurer, révèleront un jour combien ils ont été désastreux. Une jeune génération d’Allemands souhaite s’affranchir de cela. Elle ne voit pas pourquoi une nation vieille de 2000 ans devrait porter indéfiniment un blâme pour douze années de son histoire.

Alternativ für Deutschland, formation politique qui n’a qu’un an d’existence, se prépare pour les élections européennes de mai 2014. Les sondages montrent que le parti pourrait bien franchir la barre des 3 % et obtenir des sièges au Parlement européen. Conservateur sur le volet social et libéral sur le plan économique, le parti a fait des bonds dans l’opinion publique allemande mécontente de la tournure prise par l’Union européenne. Une bonne part de l’électorat allemand, comme ailleurs en Europe, commence à ouvrir les yeux sur le grand détournement du projet européen au profit d’une classe politique privilégiée et d’intérêts mondialistes.

L’Union européenne servant des intérêts étrangers à ceux des Etats-membres est un thème qui ne demande plus de démonstration pour des plus en plus d’électeurs. Le parti n’a d’ailleurs pas manqué de jouer sur les frustrations des Allemands, gens organisés et prévoyants, mais obligés par Angela Merkel et leur « mauvaise conscience » de payer pour les peuples du sud de l’Europe, qu’ils voient comme désorganisés et imprévoyants. Alternativ für Deutschland propose donc de maintenir l’interdiction des bail-outs contenue dans le Traité de Maastricht et exige le recours au référendum pour légitimer tout transfert de souveraineté des Etats-membres vers l’Union européenne. Alternativ für Deutschland s’est aussi prononcée sur l’immigration, répondant ainsi un sentiment général d’inquiétude et de rejet qui avait trouvé ses mots dans le livre de Thilo Sarrazin.

On est déjà loin du temps où le parti se concentrait sur une demande unique : le retrait de la zone euro. Les circonstances et l’âge des électeurs aidant, il a dû prendre position sur bien d’autres thèmes, dont l’union homosexuelle. Alternativ für Deutschland semble pourtant vouloir à tout prix se démarquer de toute assimilation à l’extrême-droite ou au populisme. Toute alliance au niveau européen avec UKIP de Nigel Farage ou le PVV de Geert Wilders est hors de question… du moins pour l’instant car la section « Jeunes » du parti soutient qu’il faut explorer ce type de coalition. (Christophe Buffin de Chosal)