Correspondance européenne | 281, Belgique

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Belgique : l’euthanasie des enfants

l’euthanasie des enfantsTriste performance pour la Belgique d’être à présent le premier pays au monde à permettre l’euthanasie des enfants sans limite d’âge – les Pays-Bas permettant l’euthanasie mais pas en dessous de 12 ans. La loi est passée au terme d’un véritable forcing législatif très symptomatique des modèles parlementaires non représentatifs qui sévissent en Europe occidentale.

En effet, cette loi ne répondait à aucune demande récurrente enregistrée par le personnel soignant car les mineurs d’âge semblent, dans la souffrance et la maladie, plus attachés à la vie que leurs aînés. C’est ce dont ont massivement témoigné les médecins et tous ceux qui travaillent au chevet des enfants. Mais les consultations parlementaires ont intentionnellement mis de côté ces témoignages pour accélérer la procédure de vote si bien que c’est peu avant la signature royale qu’on apprenait encore que cette loi n’était en général pas demandée par les personnes les plus concernées, les mineurs d’âge.

La loi autorise désormais de mettre à mort un enfant malade qui le demande quand ses souffrances sont intolérables – ce qui arrive extrêmement rarement car la médecine est capable aujourd’hui de soulager presque toute souffrance quitte à mettre en danger la vie du patient. Si l’enfant n’est pas conscient, l’avis de ses parents et des médecins est requis.

Ces conditions fixées par la loi posent en réalité une série de problèmes que le législateur a refusé de prendre en considération. Qu’arrive-t-il, par exemple, si les parents sont en désaccord entre eux ? Qu’arrive-t-il si le médecin est en désaccord avec les parents ? Quelle pression sera exercée sur les enfants, même inconsciemment, par leurs parents qui ne peuvent (ou ne veulent) supporter le spectacle de leur souffrance ? Qu’en est-il du rôle du médecin, de son influence sur le malade et ses parents, et des pressions qu’il pourrait lui-même subir de la part de l’hôpital ? L’euthanasie des enfants, par le seul fait qu’elle est désormais une option légale, va devenir une sorte d’obligation : ceux qui s’y opposent deviennent responsables des souffrances de l’enfant. On met ainsi ceux qui respectent la vie, que ce soit l’enfant lui-même ou ses parents ou les médecins, sous une pression intolérable.

Par ailleurs, il a été révélé que l’euthanasie des adultes se fait aujourd’hui avec un contrôle tellement relâché qu’il arrive fréquemment que des personnes âgées soient euthanasiées sans même que leurs proches soient prévenus. Il existe bien entendu une commission chargée d’évaluer la pratique de l’euthanasie en Belgique et dont le rôle est de s’assurer que les normes sont bien respectées. Mais cette commission est elle-même composée de militants pro-euthanasie de sorte leurs conclusions sont biaisées dès le départ. Cela aussi a été signalé par le groupe « les dossards jaunes » dans plusieurs manifestations, mais en vain. Enfin, on aurait attendu une prise de position ferme et déterminée de la part de l’Eglise de Belgique. Mgr Léonard a invité à une journée de jeûne et une veillée de prière dans son diocèse. Son initiative n’a pas été imitée par les autres évêques du pays et, dans l’ensemble, l’Eglise de Belgique s’est tue.

Tous les espoirs se sont alors tournés vers le Roi Philippe qui, suivant l’exemple de son oncle, le Roi Baudouin, aurait pu décider de ne pas signer cette loi qui permet d’assassiner les enfants. Curieusement les catholiques de Belgique étaient très divisés sur cette question et il est probable qu’une majorité d’entre eux trouvait que le roi ne devait pas faire obstacle au processus parlementaire.

Cependant, même s’il paraît certain que la loi serait passée par un artifice législatif, le roi aurait donné un puissant signal que l’inacceptable devenait légal. Il se serait ainsi posé en défenseur de tous les enfants qui seront euthanasiés. Il aurait pris le parti de tous les parents, les médecins et le personnel soignant qui refuseront d’appliquer la loi. Sa conscience n’aurait pu lui faire de reproche chaque fois qu’un enfant malade sera légalement mis à mort dans un hôpital. Au lieu de cela le Roi Philippe, mal entouré et mal conseillé, a signé. (Christophe Buffin de Chosal)