Correspondance européenne | 235, Italie

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Italie: les résultats des dernières élections administratives

Elezioni comunali 2011La défaite de Berlusconi ne doit pas susciter trop d’étonnement, et n’est pas seulement due aux erreurs politiques du Premier Ministre. La règle courante en Europe est que chaque tour d’élections enregistre la victoire des partis d’opposition. Dans ces élections italiennes aussi, les résultats soulignent avant tout un vote de protestation exprimé contre le parti au pouvoir. Et le taux élevé d’abstentions le confirme, à tel point qu’à Naples et Milan, elles représentent, en nombre de voix, le premier parti.

Le vrai problème est surtout de comprendre les raisons de cette protestation qui envahit la politique européenne telle qu’elle a été définie par le Traité de Maastricht de 1992, marquant la décision de lancer l’unification politique du continent par l’institution d’une monnaie unique.

Les raisons de la protestation, même si c’est de manière inconsciente, tiennent aux conséquences de ce choix sur la vie quotidienne des citoyens. La défaite que l’on enregistre aujourd’hui est, plus que de Berlusconi ou de Zapatero, celle de l’euro, qui a entraîné un déplacement massif de ressources financières à Bruxelles, dans le but de faire fonctionner le mécanisme complexe de l’Union. L’abolition de la variabilité des taux de change, et la création de la monnaie unique qui s’en est suivie n’a pas éliminé, mais au contraire a accentué les fortes différences structurelles entre les économies des 27 pays membres de l’UE, et elle est en train de porter certains d’entre eux, comme la Grèce, à une véritable politique de colonisation par des économies plus fortes. N’oublions pas que l’effondrement démographique est lui aussi cause d’appauvrissement, dont les raisons, psychologiques autant que culturelles, sont profondes et que l’immigration ne parviendra pas à rééquilibrer.

Ce qui ne veut pas dire que Berlusconi est exempt de torts, dont l’un des premiers est de n’avoir pas su accompagner la discontinuité politique, marquée par les victoires du Pdl (Popolo della Libertà), par une discontinuité parallèle sur le plan culturel. Le Pdl a en effet poursuivi la politique de la Démocratie Chrétienne, et s’est limité à une pure gestion du pouvoir, sans introduire le moindre changement dans la mentalité et les mœurs de la culture destructrice inspirée de Mai ’68. Au cours de ces quarante dernières années, la dérive morale qu’avait déclenchée cette pseudo-culture s’est poursuivie, sous les différents gouvernements. C’est ce qui s’était déjà passé dans le premier siècle de l’unité italienne, où la conception hégelienne et immanentiste de la culture nationale, au fil des différents régimes politiques successifs : libéraux, fascistes et de la Résistance, n’a rien entrepris.

La direction culturelle et morale de notre pays est aujourd’hui entre les mains d’une classe politique directement marquée par Mai Soixante-Huit, qui transmet des orientations, des mots d’ordre et des modèles de comportement imprégnés du plus radical relativisme et d’une utopie de déconstruction de l’ordre naturel et chrétien. Il suffit de mentionner le déroulement, le 11 juin prochain à Rome, de l’Europride, avec sa parade homosexuelle obscène. Jusqu’ici aucune réaction politique contraire n’a été enregistrée, mais plutôt l’accueil chaleureux exprimé par Alemanno, le Maire de Rome. Le silence, ou la timidité du monde ecclésiastique aggravent encore la situation.

Et pourtant, dans ce tableau qui ne porte pas à l’optimisme, quelque chose bouge, et permet d’espérer.   Samedi 28 mai, par exemple s’est déroulée à Desenzano, avec un franc succès la première Marche Nationale pour la Vie, à laquelle ont participé un grand nombre de d’associations et de mouvements pro-life, sans l’appui ni des hiérarchies de l’Église, ni des partis politiques, ni des mass media. Les participants, pour la plupart jeunes, sont porteurs d’une pensée forte qui ne trouve sa place dans aucun parti politique. C’est dans cette société civile qui émerge aujourd’hui, en dehors des partis, que réside l’avenir de notre nation. (R. d. M.)