Correspondance européenne | 286, Irak

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Irak: la furie djihadiste contre les Chrétiens

la furie djihadiste contre les ChrétiensLa furie djihadiste en Irak poursuit son cours sans relâche au détriment des Chrétiens, dont le nombre dans la région a fortement diminué: ils étaient environ un million et demi en 2003 et seulement 450 mille aujourd’hui, avec une baisse de plus des deux tiers dans les dix ans. A Mossoul les chrétiens étaient 130 mille en 2003, 10 000 en 2013, moins de 2 000 le 16 juin dernier.

Et aujourd’hui, selon des sources gouvernementales locales, les insurgés sunnites des djihadistes de l’Etat islamique d’Irak et du Levant (ISIL) seraient en mesure de prendre possession d’une grande partie de la région de Tallafar, à l’ouest de Mossoul, le long de la frontière avec la Syrie.

En effet, de lourds affrontements ont commencé à avoir lieu depuis quelques jours à Qaraqosh, ville chrétienne dans la plaine de Ninive, où se sont refugiées de nombreuses familles qui ont fui Mossoul. Qaraqosh est pratiquement une ville fantôme. Plus de 90 % des 40 000 habitants, presque tous chrétiens appartenant à l’Eglise catholique syriaque, ont fuit au cours des derniers jours face à l’offensive des insurgés, qui ont fait pleuvoir sur toute la zone urbaine des missiles et des grenades. Mgr Yohanna Petros Moshe, archevêque de Mossoul des Syriens, plusieurs prêtres et plusieurs jeunes de cette Église ont décidé de ne pas fuir et figurent parmi les rares personnes demeurées sur place. En ces jours, de nouvelles armes et de nouveaux contingents sont arrivés dans la ville pour renforcer les milices kurdes des Peshmerga qui opposent une résistance à l’avancée des insurgés sunnites. L’impression est que l’on est en train de préparer le terrain pour un combat frontal.

Mgr Moshe a tenté une médiation entre les forces opposées, dans l’intention de préserver la ville de Qaraqosh de la destruction. Pour le moment, cette tentative est restée sans succès. Les insurgés sunnites demandent aux milices kurdes de se retirer. Les Peshmerga kurdes n’ont aucune intention de permettre aux insurgés de s’approcher des frontières du Kurdistan irakien.

L’Archevêque syro-catholique de Mossoul peint en quelques paroles vibrantes la condition particulière vécue par les chrétiens avec cette nouvelle explosion des conflits sectaires qui mettent en danger la survie même de l’Irak : « Qaraqosh et les autres villes de la Plaine de Ninive ont été longtemps des lieux de paix et de coexistence pacifique. Nous, les chrétiens, nous sommes désarmés et, comme chrétiens, nous n’avons alimenté aucun conflit et aucun problème avec les sunnites, les chiites, les kurdes, ni avec les autres réalités qui forment la nation irakienne. Nous voulons seulement vivre en paix, en collaborant avec tous et en respectant tout le monde » (“Fides”, 27 juin 2014).

Le prêtre syro-catholique Nizar Semaan, collaborateur de Mgr Moshe, explique que cet appel « s’adresse aussi aux Gouvernements occidentaux et européens qui parlent souvent des droits de l’homme de manière intermittente et intéressée, pour finir terrer dan un mutisme de commodité quand leurs opérations et leurs analyses des problèmes du Moyen-Orient se révèlent myopes et sans succès. Pour être clair, l’Archevêque ne demande pas de résoudre la situation en envoyant d’autres armes au Moyen-Orient. Car ce sont aussi les interventions armées occidentales qui ont déchainé le chaos plein de sang et de violence qui fait souffrir nos peuples exsangues ».

Le patriarche chaldéen Louis Sako a demandé à plusieurs reprises la préservation de l’unité du pays. « L’Irak n’a-t-il pas assez souffert avec toutes les assassinats de masse et les personnes qui ont été forcées de fuir leurs maisons? (…) Il y a des milliers de familles qui ont dû fuir les villes et les villages irakiens et leurs conditions de vie sont déplorables. Nous lançons un appel pour la formation rapide d’un nouveau gouvernement d’unité nationale qui unit tous les composants et vérifie la stabilité, la sécurité et la fiabilité des services de base le plus rapidement possible (…). Nous invitons la communauté internationale et les grandes puissances à aider le peuple irakien à trouver une solution politique qui soit acceptable pour tous, en épargnant le Pays de la ruine et de la destruction. Dieu sauve l’Irak et le peuple irakien », at-il terminé (“Vatican Insider”, 28 juin 2014).