Correspondance européenne | 287, France

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France : des verdicts qui ouvrent la porte aux pires excès

Vincent LambertLe 24 juin, le Conseil d’État donnait raison à l’épouse et au neveu de Vincent Lambert, accidenté de la route de trente-huit ans plongé dans un coma à vues humaines irréversible, et autorisait son médecin, le docteur Kariger, à reprendre la procédure « d’arrêt des soins », assimilés à de l’acharnement thérapeutique, déjà mise deux fois en route, et deux fois interrompue, par décision judiciaire, à la demande des parents du jeune homme. Vincent, jugé irrécupérable par notre société consumériste, devait mourir lentement de faim et de soif, puisqu’à cela se bornait, depuis deux ans, « les soins » que l’équipe médicale daignait lui accorder.

Le lendemain, la cour d’assises de Pau acquittait Nicolas Bonnemaison, ancien médecin urgentiste de l’hôpital de Bayonne, qui avait décidé, de son propre chef, de mettre fin aux jours de sept patients qu’il jugeait, lui aussi, «irrécupérables». Aussitôt, les médias réclamaient que la radiation du praticien de l’Ordre des médecins, effective le 1er juillet, soit suspendue puisque la justice l’avait innocenté et qu’il faisait appel devant le Conseil d’État de cette sanction disciplinaire.

Ces deux décisions firent l’objet, dans les jours qui suivirent leur annonce, d’un extraordinaire traitement médiatique. Présentées comme une victoire sur l’obscurantisme, elles ouvraient la voie, avant la fin de l’année, à une modification de la législation existante, la loi Leonetti, jugée mal adaptée aux réalités du terrain et incompatible avec la nécessaire autorisation de l’euthanasie et du suicide assisté en France. Même l’appel interjeté par Maître Triomphe, avocat des parents de Vincent auprès de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, appel qui empêcha la reprise du processus de mise à mort, ne doucha pas cet enthousiasme.

Et pas davantage une déclaration très ferme de Mgr Podvin, porte-parole de la conférence épiscopale française, qui condamnait l’atroce inhumanité de ces choix et rappelait la sacralité de la vie humaine. La légalisation de l’euthanasie, « souhaitée par 90% des Français » selon des sondages savamment orientés et manipulés, était une affaire de semaines.

Seul le célèbre docteur Kouchner, cofondateur de Médecins sans frontières, émit des réserves, moins sur le fond que sur la forme : mourir de faim et de soif, même dans le coma, ne serait pas une mort « douce », ni l’empoisonnement au curare cher à Bonnemaison. Quant au mot euthanasie, il rimerait désagréablement avec Nazis … lesquels euthanasiaient gaiement malades mentaux, trisomiques et handicapés : fâcheux souvenir !

Changer le nom, dans les mentalités post-révolutionnaires, c’est changer la chose. IVG sonne mieux qu’avortement. Pourquoi pas, dès lors, opter pour des choix alternatifs ? L’un des premiers à dénoncer le procédé, l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre suggère de parler d’ Interruption volontaire de vieillesse (IVV), Interruption médicale de vieillesse (IMV) ou Tri sélectif de citoyens (TSC), « c’est écolo, c’est rigolo ! ».

Puis, bizarrement, les médias ont cessé d’évoquer le sujet. Et deux informations, très intéressantes, n’ont pour ainsi dire pas été reprises sur les chaînes télévisées qui, quelques jours plus tôt, célébraient en boucle la double victoire de la culture de mort.

D’abord la décision, tardive mais espérée, du parquet de Pau qui, après une semaine d’atermoiements, a fait appel du verdict du 25 juin dans l’affaire Bonnemaison. Juridiquement parlant, il était impossible de laisser passer un acquittement aberrant tant sur le plan du droit que sur celui de la morale. Le jury, en effet, avait refusé, malgré l’avis du procureur de la république, de retenir contre Bonnemaison « l’intention de donner la mort ». Comment qualifier, pourtant, le fait d’injecter des substances létales ? Cette décision « compassionnelle », dictée par la fragilité mentale du médecin, n’autorisait pas à l’absoudre purement et simplement.

De plus, en laissant à la libre appréciation du praticien, ce qui eût été le cas, la vie ou la mort de ses patients, en le mettant à l’abri, par cette jurisprudence, de tout risque pénal, le verdict de Pau ouvrait la porte aux pires excès. L’un des soutiens de Bonnemaison, partisan de l’euthanasie, n’excusait-il pas son confrère en expliquant qu’il travaillait « dans le service des déchets » ? Et que fait-on des déchets, sinon s’en débarrasser ? Dans ces conditions, hôpitaux et cliniques français menaçaient de devenir des endroits très dangereux, surtout s’il revenait au personnel d’estimer les critères transformant un patient en ordure non recyclable à détruire d’urgence …

Bonnemaison sera donc rejugé, c’était plus que nécessaire. Et, depuis le 1er juillet, il n’a plus le droit, heureusement, d’exercer la médecine. On se garde de le crier sur les toits. En ce début de vacances, grâce à la coupe du monde de football, l’information est passée inaperçue et l’acquittement du « bon docteur » si charitable restera, dans l’esprit du plus grand nombre, définitive.

L’autre événement dont, pareillement, l’on a très peu parlé, est le départ du docteur Kariger, le médecin qui s’acharnait thérapeutiquement à laisser mourir Vincent Lambert, du CHU de Reims. Peu soutenu par sa hiérarchie, qui n’a guère apprécié la douteuse publicité faite à l’établissement hospitalier à l’occasion de « l’affaire Lambert », Kariger a donné sa démission. Il explique que le CHU lui reprochait ses engagements politiques au Parti chrétien démocrate, celui dont Christine Boutin, l’une des rares figures politiques françaises à afficher son soutien Pro Vie, fut l’égérie. On croit rêver.

Il dit aussi ne plus supporter « les courriers et mails d’insultes » reçus chaque jour et émanant « de catholiques intégristes » … Le docteur Kariger « a besoin de se reconstruire ». Cette démission sera effective le 1er septembre prochain ; un délai qui lui aurait permis, sans la décision de Strasbourg, d’en finir avec Vincent avant de partir … Aux dernières nouvelles, Kariger s’occupera d’une clinique de gériatrie. Vive l’IMV ! (Anne Bernet)