Correspondance européenne | 288, Irak

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Irak : rompre le silence sur la persécution anti-chrétienne

Irak  rompre le silence sur la persécution anti-chrétienneTandis que les télévisions françaises passent et repassent les tristes scènes des bombardements dans la Bande de Gaza et l’insoutenable vision de jeunes enfants blessés, mutilés, morts ou agonisants, un silence assourdissant accompagne, dans la plupart des médias, le calvaire atroce qu’endurent actuellement les chrétiens d’Irak et d’abord ceux de la région de Mossoul, annexée à l’État islamique du Levant.

Partis pris, indifférence, crainte de provoquer des réactions hostiles ? Ce qui est certain, pourtant, c’est que, même en plein été, mauvaise période pour alerter l’opinion et mobiliser autour d’une cause, les Français, se souvenant que la Fille aînée de l’Église fut, et demeure, la protectrice des chrétientés d’Orient, commencent à élever la voix.

Outre plusieurs rassemblements organisés à Paris, Lyon, Nantes et ailleurs, qui ont rassemblé des personnalités d’horizons différents et auxquels se sont souvent mêlés des musulmans français désireux de manifester leur horreur et leur rejet des exactions commises en Irak au nom de l’Islam, le départ du Primat des Gaules, le cardinal archevêque de Lyon, Mgr Barbarin, accompagné de deux autres prélats, pour l’Irak afin d’y visiter les réfugiés dans leurs camps et prendre contact avec l’épiscopat local, même s’ils n’ont guère retenu l’attention médiatique, ont inquiété le pouvoir socialiste.

Très fragilisé, le gouvernement Hollande, qui sait que la rentrée sera chaude, n’a pas les moyens de se mettre davantage à dos l’Église catholique. Le souvenir des « Manifs pour tous » reste cuisant, d’autant que le mouvement n’a jamais désarmé et reste capable d’actions de masse.

C’est dans l’espoir de calmer au plus vite le jeu que le gouvernement a annoncé à l’improviste la généreuse intention d’accueillir tous les chrétiens irakiens qui souhaiteraient demander l’asile politique à la France.

Précipité, brouillon et mal informé, le gouvernement a, ce faisant, perdu de vue plusieurs points déterminants. À commencer par le fait que les chrétiens d’Irak, sauf exceptions, ne veulent pas abandonner leur pays et partir en exil. Les y inciter serait, de surcroît, faire le jeu des Islamistes désireux d’éradiquer ces antiques chrétientés et soutenir paradoxalement leur opération d’épuration ethnique … Enfin, et c’est le plus grave, comme le souligne Marc Fromager, directeur de la branche française d’Aide à lÉglise en détresse, cette annonce qui n’a fait l’objet d’aucune concertation préalable avec les intéressés, aggrave la situation des chrétiens irakiens, déjà accusés d’être des agents de l’Occident …

Fâcheux pas de clerc du gouvernement français désavoué de tous côtés : les chrétiens d’Irak crient leur refus de s’expatrier, le Front National, seul parti politique français a avoir hautement pris leur défense devant le parlement européen, dénonce une réponse inappropriée, et les instances épiscopales françaises sont, pour une fois d’accord avec lui.

Quant à espérer que l’équipe Hollande, partie en vacances, soit capable de concocter une « bonne » réponse, d’ordre diplomatique, et rassembler ses partenaires sur la scène internationale afin d’assurer aux chrétientés irakiennes l’aide efficace qu’elles attendent, c’est, hélas, une autre affaire … (Anne Bernet)