Correspondance européenne | 291

Imprimer cette page

Ecosse : une leçon après le référendum

scotlandLe résultat négatif du référendum écossais fut un soulagement pour beaucoup de gouvernements européens qui pouvaient craindre un sursaut de velléités séparatistes dans leur pays. Il semblerait que les indépendantistes ont été quelque peu refroidis même s’ils ne désarment pas.

Le gouvernement britannique a aussitôt promis plus d’autonomie à l’Ecosse, mais aussi à l’Angleterre, au Pays de Galles et à l’Irlande du Nord – un mouvement opportuniste qui vient tard et coupe l’herbe sous le pied des indépendantistes. Comme toujours, quand l’événement est passé, on ne se pose plus de questions.

Pourtant les Britanniques pourraient bien se demander pourquoi ils ont été si près de perdre l’Ecosse, comme ils ont déjà perdu l’Irlande. La réponse à cette question éclaire bien des problèmes politiques contemporains. Au cours des siècles, les Etats européens se sont formés à partir de provinces, de groupes ethniques, nationaux, linguistiques ou religieux qui étaient loin d’être homogènes. Ces régions et ces peuples avaient tous leur culture, leur langue, leurs institutions avant d’être annexés par un voisin plus puissant ou plus chanceux. Ce dernier devait, en général, respecter ou tolérer à l’intérieur de l’Etat une diversité telle qu’elle ne serait plus concevable aujourd’hui.

Quand Jacques Ier Stuart qui était écossais, monta sur le trône d’Angleterre il parlait anglais avec un accent écossais prononcé. Son peuple écossais se distinguait très nettement des Anglais par les mœurs, la langue, les institutions et la religion. Il ne venait pas à l’idée de Jacques Ier de fusionner Anglais et Ecossais en un seul Etat – opération qui eût paru absurde, dangereuse et inutile aux yeux de ses contemporains.

D’ailleurs, ce qui lui assurait la fidélité et l’allégeance des Ecossais, c’était justement que leur singularité était respectée. Ainsi se poursuivit l’histoire des rois Stuarts qui firent la grandeur de la monarchie anglaise. Ils étaient destinés à porter avec succès les trois couronnes d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande car ils étaient écossais par leurs origines, anglais par leur résidence à Londres, et proches des Irlandais par la religion. Les îles britanniques auraient pu connaître, sous le statut d’union personnelle, une unité solide et durable, dans le respect de leurs différences légitimes.

Lorsque les Stuarts furent renversés, c’est le Parlement de Londres qui imposa sa règle aux Irlandais et aux Ecossais, souvent avec brutalité et injustice. Le résultat est qu’après la perte de l’Irlande, le gouvernement britannique dut consentir à des promesses d’autonomie régionale sous peine de voir l’ensemble éclater en morceaux. Après des siècles d’anglicisation et de centralisation forcées, il est obligé d’inverser la vapeur. Ce qu’il faut remarquer, c’est que le centralisme est venu avec le régime parlementaire.

Plus un Etat se démocratise, plus il centralise. C’est la démocratie parlementaire qui est l’ennemie de l’autonomie régionale. C’est elle qui uniformise, impose sa langue, supprime les libertés régionales, soumet à un impôt et une loi uniques l’ensemble de la population quels que soient son passé et ses droits. Là où les rois ont toléré un certain de degré d’autonomie et de diversité, la démocratie parlementaire a tout uniformisé.

Les Ecossais ont malgré tout bénéficié d’une autonomie qui ferait pâlir d’envie les Bretons et les Alsaciens. Mais cela leur paraît bien peu considérant leur statut d’ancienne nation, fière de son histoire, de sa liberté et de ses caractères propres. Aujourd’hui, la plupart des Etats européens connaissent des problèmes régionalistes sur leur territoire.

Ces problèmes ne datent pas de l’Ancien régime, mais ils sont apparus avec le régime de démocratie parlementaire, la centralisation et le nationalisme modernes. Si les Etats européens veulent conserver leur unité face aux mouvements séparatistes, ils n’ont d’autre choix que d’accorder une juste autonomie aux régions concernées. Mais il n’est pas sûr qu’une démocratie soit capable d’une telle diversité sans risquer l’éclatement. Une monarchie, par contre, le ferait tout naturellement et en sortirait fortifiée. (Christophe Buffin de Chosal)