Correspondance européenne | 291, Livre

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Livres: Demeurer dans la Vérité du Christ

Demeurer dans la Vérité du ChristSaint Jean-Baptiste fut décapité parce que les principaux acteurs de l’erreur n’acceptaient pas la dénonciation de leur péché : Hérode Antipas après avoir divorcé de Pharsaelis, fille du roi nabatéen Aretas, avait épousé Hérodiade, ex-femme de son frère Philippe ; il s’agissait donc d’une union illégitime aux yeux de Dieu. Hérodiade, par l’intermédiaire de sa fille Salomé, demanda la tête du Baptiste et l’obtint.

Aujourd’hui un courant de l’Eglise veut que les divorcés concubins puissent recevoir la Communion bien qu’ils ne soient pas en état de grâce ; pour ainsi dire, en langage figuré : la tête de saint Jean-Baptiste est toujours demandée.

Dans le discours présenté au Consistoire extraordinaire sur la Famille (février 2014), le cardinal Walter Kasper a lancé un appel afin que l’Eglise concilie « fidélité et miséricorde de Dieu dans son action pastorale à l’égard des divorcés remariés sous un rite civil ». Cette inquiétante requête fait partie du Synode sur la famille qui vient de s’ouvrir sous le thème : Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l’évangélisation.

Le souhait émis par le cardinal Kasper est que l’Eglise trouve comment concilier « fidélité et miséricorde dans sa pratique pastorale », un genre de pastorale qui, en se confrontant à la doctrine catholique, minerait, dans une large majorité des cas, la doctrine elle-même : la praxis (l’expérience) païenne deviendrait le guide de l’administration des sacrements.

Pour répondre à ces positions qui renversent de façon inéluctable le principe du mariage exposé explicitement par le Sauveur et contenu dans le magistère de l’Eglise, est sorti en librairie le 1er octobre un volume d’une portée considérable, Demeurer dans la Vérité du ChristMariage et communion dans l’Eglise catholique (Editions Artège, 311 pages – 19,90 €), textes rassemblés par Robert Dodaro O.S.A., Président de l’Institut patristique Augustinien de Rome.

Le texte, remis à l’impression ces derniers jours en France et quasiment en même temps aux Etats-Unis, en Italie et en Espagne, recueille les interventions de cinq cardinaux et quatre spécialistes, chacun d’entre eux examinant les points essentiels de la question du mariage, à savoir :  L’enseignement de Jésus sur le divorce et le remariage : dossier biblique du père Paul Mankowski S.J.; Divorce et remariage dans l’Eglise primitive : quelques réflexions historiques et culturelles de John M. Rist; Séparation, divorce, dissolution du lien matrimonial et remariage. Approche théologique et pratique des Eglises orthodoxes de Mgr Cyrill Vasil’ S.J.; Unité et indissolubilité du mariage : du haut Moyen-Age au Concile de Trente du cardinal Walter Brandmüller; Indissolubilité du mariage et débat sur les divorcés remariés et les sacrements du cardinal Gerhard Ludwig Müller; Ontologie sacramentelle et indissolubilité du mariage du cardinal Carlo Caffarra; Les divorcés remariés et les sacrements de l’Eucharistie et de la pénitence du cardinal Velasio De Paolis C.S.; Le procès canonique en nullité de mariage : une recherche de la vérité du cardinal Raymond Leo Burke.

Dans leurs interventions, les auteurs démontrent comment, par l’examen des textes bibliques et la patristique, il n’est absolument pas possible de soutenir sic et simpliciter une “miséricorde” erronée et telle qu’on offrirait le Corps Saint du Christ à des pécheurs endurcis. L’Eglise soutient le pécheur, mais dénonce le péché et cherche à sauver les âmes en invitant le pécheur à ne plus pécher, comme Jésus l’enseigne avec une infinie miséricorde à la femme adultère : « Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il condamnée ? ».

Et elle répond : « Personne, Seigneur ». Et Jésus lui dit :  « Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus » (Jean 8, 10-11). Les exigences des pécheurs, devenues aujourd’hui norme sociale, n’ont et n’auront jamais la force de changer les principes divins et ceux de l’Eglise, Épouse du Christ. L’âme de la femme adultère est précieuse aux yeux de Jésus et de l’Eglise, tout comme les âmes des adultères contemporains et futurs. Et c’est précisément pour cela que ce recueil d’essais est un  préambule indispensable pour ce Synode qui s’est ouvert le 5 et terminera le 19 octobre.

Les auteurs de cet important volume abordent ensuite la question de l’oikomonia, pratique répandue dans l’Orient orthodoxe à partir du second millénaire et apparue sous les pressions politiques des empereurs byzantins, qui permet l’admission au remariage après un temps de pénitence : dans ces pages très claires et complètes, est retracée l’histoire séculaire de la résistance catholique à une telle convention à caractère politique et non divin.

La Tradition, encore une fois, est maîtresse d’enseignements : il existe des bases théologiques et canoniques entre la doctrine catholique et la discipline des sacrements. Müller afferme : « tout l’ordre sacramentel est une œuvre de la divine miséricorde et ne peut être révoqué en faisant appel à cette même miséricorde.  A travers ce qui est objectivement un faux appel à la miséricorde, on court de plus le risque d’une banalisation de l’image de Dieu, selon laquelle Dieu ne pourrait rien faire d’autre que pardonner. Au mystère de Dieu appartiennent, outre la miséricorde, également sa sainteté et sa justice. Si l’on occulte ces attributs de Dieu et que l’on ne prend pas au sérieux la réalité du péché, on ne peut finalement pas non plus communiquer sa miséricorde aux hommes » (p. 160).

La miséricorde de Dieu n’est pas un prétexte à tous les péchés, parce que les commandements de Dieu demeurent et que l’Eglise est tenue de les rappeler. Les difficultés inhérentes à l’acceptation de l’enseignement du Fils de Dieu en ce qui concerne l’impossibilité de commettre l’adultère, puisque « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mt 19, 6), furent reconnues pour la première fois par les Apôtres eux-mêmes, lesquels réagirent de façon négative par rapport à la vocation du mariage : « si c’est là la condition de l’homme par rapport à la femme, il vaut mieux ne pas se marier » (Mt 19,10) et à ce moment Jésus parla de ceux à qui il est donné de comprendre qu’il existe un choix de vie virginale et consacrée pour le royaume de Dieu.

Dans les Evangiles, la doctrine est présentée comme absolue, et saint Paul lui-même insiste sur le fait qu’il est le messager d’un tel enseignement, et que par conséquent il ne doit pas être tenu pour responsable de la rigueur d’une telle disposition divine : « A ceux qui sont mariés, j’ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare point de son mari…  si elle est séparée, qu’elle demeure sans se marier ou qu’elle se réconcilie avec son mari, et que le mari ne répudie point sa femme…» (1 Cor 7, 10).

Cependant il serait erroné ou « du moins sérieusement insuffisant, de voir en Jésus le champion d’un parti rigoriste dans une controverse légale et morale,  et donc quelqu’un qui ne s’adresserait qu’aux plus forts. Jésus promit aussi un nouveau et surabondant souffle de grâce, un secours divin tel que personne, aussi fragile soit-il, ne puisse accomplir la volonté de Dieu (…) Jésus dit à Jean : «Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (Mt 11,11). S

ous l’ancienne alliance il fallait sans doute un courage héroïque, à la fois physique et moral, de même qu’un amour de la sainteté, pour demeurer fidèles, en pratique et par conviction, à la volonté du Dieu Créateur en matière de fidélité nuptiale. Mais sous la nouvelle alliance, même ho mikroteros, le plus petit dans le Royaume, recevra la force de demeurer fidèle, et de faire des choses plus grandes encore » (p. 60).

Les auteurs de ce texte essentiel soutiennent à l’unisson et de façon ferme que dans le Nouveau Testament l’Oint de Dieu interdit sans ambigüité le divorce et le remariage sur la base du plan voulu par le Créateur quant au mariage (Gen 1,27; 2,24). (Cristina Siccardi)