Correspondance européenne | 294, Livre

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Livres : interview à Mgr Athanasius Schneider sur Corpus Christi

Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’ÉgliseNous publions quelques extraits d’une intéressante interview à Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Astana, au Kazakhstan, sur son livre Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Église (Ed. Contretemps, Chiré 2014, 116 pages, 13 €) publiée par Renaissance Catholique (http://www.renaissancecatholique.org/Entretien-avec-Mgr-Schneider.html). Mgr Schneider a participé le 8 décembre dernier à la Fête du Livre de Renaissance Catholique à Villepreux.

RC: Le sujet de votre livre est la Communion dans la main. N’existe-t-il pas des questions plus urgentes à traiter aujourd’hui dans l’Église que celle de la communion dans la main ?

A. S.: Effectivement il semblerait qu’existent dans l’Église des questions plus urgentes à traiter que la communion dans la main, cependant il ne s’agit que d’une apparence. En effet l’Église vit aujourd’hui une véritable tragédie car a été éclipsée, mise au second plan et donc banalisée la réalité centrale dans l’Église et sur la terre : le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie. Le Concile Vatican II nous a rappelé cette vérité : « L’Eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (Lumen gentium, 11) et « La sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église » (saint Thomas d’Aquin, Somme théologique III, q. 65, a. 3 à 1), « à savoir le Christ lui-même » (Presbyterorum ordinis, 5).

L’Eucharistie et la sainte Communion ne sont pas une chose, même la plus sainte, mais une personne : Jésus-Christ lui-même. Tant que l’adorable personne du Christ, cachée sous les humbles espèces sacramentelles, sera traitée d’une manière aussi banale, indélicate et superficielle qu’aujourd’hui il ne pourra se produire un vrai progrès spirituel dans l’Église. Si le cœur de la vie de l’Église est l’Eucharistie, quand la manière de la traiter devient manifestement défectueuse le cœur même de la vie de l’Église s’affaiblit. Et quand le cœur est faible, toutes les activités du corps deviennent moins efficaces.

Si nous ne prenons pas au sérieux l’exigence de la foi eucharistique, c’est-à-dire la disposition de l’âme dans l’état de grâce et la manière hautement sacrale de traiter Notre Sauveur et Dieu au moment de la Sainte Communion, nous continuerons à vivre dans une situation à laquelle s’appliquent ces paroles de Dieu : «Si Dieu ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain» (Ps 127, 1).

Bien sûr il existe des questions très importantes dans la vie de l’Église contemporaine : la transmission, dans toute sa pureté, de la foi catholique dans les vérités centrales du dogme et de la morale par le moyen de la catéchèse et du témoignage public, l’urgence de défendre la vie humaine (contre la plaie de l’avortement), la famille (contre le divorce, le concubinage, la polygamie), la nécessité de redécouvrir le sens naturel de la sexualité humaine (contre l’idéologie néo-marxiste du genre). Tous ces engagements, nécessaires et urgents, seraient certainement plus efficaces et mieux bénis de Dieu, si l’Église accordait d’une manière très concrète la plus grande attention au Seigneur eucharistique notamment dans la Sainte Communion.

RC: Quelles sont les principales difficultés soulevées par la Communion dans la main ?

A. S. : Parmi les principaux problèmes soulevés par la Communion dans la main il faut d’abord signaler les deux faits les plus graves. Tout d’abord une perte importante de parcelles de la Sainte Hostie qui tombent sur le sol où elles sont piétinées, ensuite le nombre grandissant de vols d’hosties consacrées. De plus l’absence quasi-totale de gestes manifestes d’adoration et de sacralité au moment de la distribution et de la réception de la sainte Communion entraîne, avec le temps, une diminution et même une perte de la croyance en la présence réelle et en la transsubstantiation.

Le geste moderne de la Communion dans la main – substantiellement différent du geste analogue dans la primitive Église – contribue à la banalisation et même à la profanation non seulement de la réalité la plus sainte, mais de la Personne la plus sainte qui est Notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ. La foi en la centralité du mystère eucharistique et par conséquent du mystère de l’Incarnation est très nettement éclipsée par cette pratique liturgique. Quelques illustrations de l’éclipse de la foi eucharistique peuvent nous aider à saisir cette réalité.

Martin Luther, par exemple, soupira et pleura quand quelques gouttes du sang du Seigneur tombèrent sur un banc de communion. Combien de prêtres et de fidèles se mettraient à soupirer et à pleurer en nettoyant les lieux, où sont répandues des parcelles de la Sainte Hostie ? Quand, par exemple, dans une synagogue le livre de la Torah tombe par accident sur le sol, la communauté juive concernée observe une journée de jeûne et de pénitence. Combien de paroisses catholiques jeûnent et font pénitence, quand des parcelles eucharistiques tombent sur le sol ou sont volées ? Rappelons-le : de la foi et de la pratique eucharistiques dépend aujourd’hui le sort de l’Église.