Correspondance européenne | 298, Pays-Bas

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Pays-Bas : euthanasies croissantes dans la Clinique de fin de vie

euthanasies croissantes dans la Clinique de fin de vieLa Clinique de fin de vie ouverte en mars 2012 aux Pays-Bas affiche un nombre sans cesse croissant de demandes et d’exécutions d’euthanasie. Les statistiques pour 2014 viennent d’être publiées : elles font état d’une augmentation des demandes de près de 40 % : elle est passée de 749 dossiers en 2013 à 1035 l’année dernière. Quant aux euthanasies effectivement pratiquées, elles sont passées de 134 en 2013 à 232 en 2014.

En soi les chiffres ne sont pas considérables si on les compare avec la totalité des demandes et des euthanasies pratiquées aux Pays-Bas ces années-là, mais la tendance à la hausse est significative, et rend compte du fait que les Néerlandais sont de plus en plus disposés à considérer la mise à mort médicale comme un droit, et non comme une décision prise en dernière analyse par le médecin qui soigne et connaît le patient qui en fait la demande.

De fait, la loi néerlandaise n’organise pas l’accès automatique à l’euthanasie. Ce n’est pas pour cela que ce n’est pas une loi de mort, contraire au droit naturel, mais du moins comporte-t-elle des limites. Ce sont ces limites que la Clinique de fin de vie contribue à faire reculer. Lors de sa fondation, dans un contexte de lobbying de l’Association néerlandaise pour une fin de vie volontaire pour faire admettre l’accès à l’euthanasie à ceux qui sont simplement « fatigués de vivre », la Clinique affichait clairement son objectif : mettre fin aux « inégalités » nées des différences d’interprétation des conditions de l’accès à l’euthanasie. Et contourner le refus des médecins, liés notamment à des problèmes de conscience.

La notoriété croissante de la Clinique de vie explique selon elle l’augmentation du nombre des demandes. A cela il faut ajouter un matraquage médiatique constant en faveur du choix du moment de la mort, présenté comme désirable.

Sur la petite vingtaine de demandes par mois reçue en moyenne par la Clinique militante, un bon quart se voit opposer un refus, au nom des critères de la loi. La moitié, environ, n’aboutit pas à une mise en œuvre, soit que le décès du patient intervienne avant l’examen complet de son dossier, soit qu’il renonce à son projet. Reste un quart d’euthanasies effectivement pratiquées, avec une demande croissante de la part de patients souffrant du cancer, un peu moins du quart, alors qu’elle représente la plus grosse part des euthanasies « classiques ».

Mais l’une des caractéristiques de la Clinique de fin de vie est d’attirer les demandes de patients qui ne souffrent pas d’une maladie en phase terminale ni de souffrances physiques « insupportables ». Un tiers environ des demandes émanaient de malades psychiatriques ; en fin de compte, 17 patients de ce groupe ont été euthanasiés en 2014 dans le cadre des services offerts par la Clinique. Ce sont en effet de plus en plus les « cas limites » qui aboutissent à la Clinique de fin de vie : des personnes souffrant de pathologies multiples, mais non mortelles, liées à la vieillesse, des malades pénibles mais non en phase terminale, ou la démence. L’âge des patients en 2014 allait de 30 à 103 ans.

Chose remarquable : par trois fois en 2014, la Clinique de fin de vie a été blâmée par les commissions régionales de contrôle des euthanasies – chargées d’étudier a posteriori chaque euthanasie déclarée aux Pays-Bas et de déterminer si elle a été pratiquée conformément à la loi – pour insuffisance d’instruction des dossiers de demande. Elle a notamment procédé à l’euthanasie d’une femme souffrant d’acouphènes – un tinnitus grave – sans vérifier si elle avait des problèmes psychiatriques. Pour autant la Clinique de fin de vie continue de fonctionner sans être inquiétée par les autorités, à l’aide d’une trentaine d’équipes mobiles composées d’un médecin et d’un infirmier. (Jeanne Smits)