Correspondance européenne | 299, Eglise catholique

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Livres: en France, des livres catholiques pour la jeunesse

livresEn France, l’édition « catholique », reflet de l’état de l’Église dans le pays, est en crise. Il ne faut pas s’en étonner puisqu’elle a abandonné ce qui faisait sa spécificité et renié tout ce qui pouvait l’être : triste constat extrapolable au rayon jeunesse où l’on ne saurait laisser enfants et adolescents puiser à leur guise tant il est gangrené par l’esprit du monde. Pourtant, quelques petites maisons d’édition se donnent encore beaucoup de mal pour offrir un catalogue de qualité et véritablement catholique. En voilà un échantillon.

En Europe, le rouge-gorge est aimé car, selon la légende, il doit son plumage à une goutte du sang du Christ qui l’éclaboussa tandis que l’oiseau plein de compassion envers le Sauveur crucifié tentait de lui enlever la couronne d’épines. S’inspirant de cette légende, Martine Bazin offre aux plus petits La belle histoire du rouge-gorge ; conte de Pâques, ravissant album délicieusement illustré par la talentueuse Joëlle d’Abbadie (Téqui, 20 pages, 6,80 €).

Au même public s’adresse La messe en images à colorier, initiation intelligente au Saint Sacrifice de l’autel. Afin de ne heurter personne, impossible de savoir s’il s’agit du rit ordinaire ou extraordinaire mais, l’esprit général étant bon, il n’y a rien à dire ; parents et grands-parents sont là pour assurer les commentaires. Les planches de Violaine Morlain sont des merveilles (Téqui, 23 pages, 5,90 €).

La Miche de Pain de Marie Tribou constitua, des années 30 au Concile, une référence en fait d’éducation chrétienne. Face à la catéchèse sinistrée de notre temps, sa réédition est bienvenue afin d’aider des familles désemparées et souvent privées de prêtres. Son Histoire sainte, destinée aux enfants de six à dix ans, est un chef d’œuvre de pédagogie. Édulcoré, – c’est nécessaire -, le récit est clair, conduit par la volonté de mettre en évidence le processus du Salut. Pourtant, après de longs développements consacrés à l’Ancien Testament, le Nouveau, c’est dommage, est résumé en quelques pages. Si l’attrayante couverture est de Mme d’Abbadie, les illustrations intérieures sont celles de l’édition originale, sanguines, encres et fusains de style 1930. Les adultes apprécieront ; les enfants moins … (Élor, 640 pages, 38 €).

Le héros de Véronique Duchâteau se nomme Martial ; il a onze ans, vit à la fin du IXe siècle, est oblat bénédictin. Dans la France de Charles le Chauve, la vie est pleine de périls. Martial, en trois tomes parus, n’a pas eu le temps de s’ennuyer. Après avoir, dans Le mystère Philibert, affronté les Vikings, puis, dans La mission de frère Liphard, s’être initié à l’enluminure, le garçon, dans Le secret d’Éloi, est confondu par de faux moines avec un prince venu se cacher à Sainte-Croix après l’assassinat des siens. Il s’agit d’initier les jeunes lecteurs à la spiritualité bénédictine mais ces intrigues bien menées les passionneront (Téqui, 135 pages, 11 €).

La collection Les Sentinelles propose aux adolescents des biographies de saints ou de héros de la chrétienté. Ce sont en général des réussites. Le dernier titre paru, signé Catherine Bertrand-Gannerie, est une vie de Kateri Tekakwhita, Le lys des Iroquois, Indienne du Canada, dont elle l’une des patronnes, convertie malgré l’opposition de sa tribu païenne et morte à vingt-quatre ans à bout de mortifications. Canonisée en 2012, Kateri rappelle que l’œuvre missionnaire de la France, et des autres nations catholiques, ne fut pas la tentative d’acculturation honteuse qu’il est de bon ton d’évoquer aujourd’hui (Téqui, 100 pages, 9,50 €).

Enfin, aux plus âgés, offrez les aventures du sergent Flamme des sapeurs-pompiers de Paris, racontées par un officier de ce corps prestigieux caché sous le pseudonyme de Capitaine Caval. Flamme, Efflam de son vrai nom, a vingt ans, du courage et du dévouement à revendre, et l’art de se fourrer dans les pires dangers. Après avoir démantelé un trafic de drogue, puis échappé à une émeute dans une banlieue « sensible » cachant la préparation d’attentats terroristes, le jeune homme est muté à l’état-major des armées, endroit réputé tranquille. Sauf pour lui … En faisant sa ronde, il tombe sur le cadavre d’un ancien des Services secrets. Il ignore encore qu’il est plus impliqué dans l’Affaire Vladimir (Via Romana, 255 pages, 12 €) qu’il ne l’imagine …

Solidement appuyés sur des intrigues passionnantes collant à l’actualité, ces romans racontent en parallèle la conversion et la formation intellectuelle d’un garçon abandonné à sa naissance, -il va enfin savoir pourquoi …- que sa fiancée et sa très catholique famille ont décidé de prendre en main. Par les temps qui courent, c’est étonnamment propre. (Anne Bernet)