Correspondance européenne | 300, France

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France : drôles de Pâques à la RATP

affiche-620x361En principe censée assurer, tant bien que mal et plutôt mal que bien, les déplacements quotidiens des habitants de la capitale et sa banlieue, la Régie autonome des transports parisiens (RATP) s’est offerte, au début de la Semaine Sainte, une crise de laïcité aiguë. Elle a décidé, au nom du « principe de neutralité du service public », l’un des chevaux de bataille de la gauche française, de faire retirer des couloirs du métro et des stations les affiches apposées depuis peu qui annonçaient le prochain récital du groupe Les Prêtres.

Populaire, le groupe, constitué voici quelques années par l’évêque de Gap et d’Embrun, Mgr di Falco, chante aussi bien de la musique sacrée que des chants populaires ; ses recettes sont systématiquement reversées à des œuvres d’Église. Jusque-là, ce sympathique trio ne s’était jamais attiré les foudres de la censure laïque, que ne dérangeaient apparemment ni les cols romains ni le caractère sacerdotal ni le nom du groupe …

Que s’est-il donc passé pour que, soudain, la RATP, d’ordinaire plus souple en matière de laïcité, comme le prouvent ses affichages réguliers célébrant le début du ramadan ou d’autres fêtes religieuses, étrangères, il est vrai, au calendrier chrétien, voit soudain rouge ? Une simple mention en bas des affiches annonçant que les concerts seraient donnés au « bénéfice des chrétiens d’Orient » …

Pris à partie sur les réseaux sociaux catholiques, mais aussi dans les médias où Mgr di Falco possède de nombreuses relations, sommé de s’expliquer pour le retrait des affiches, le directeur de la RATP a piteusement allégué son refus « de prendre position dans un conflit ». Comme il lui était objecté qu’il n’y avait pas de « conflit » mais, d’un côté, des groupes terroristes surarmés assassinant sans pitié des innocents, de l’autre des victimes civiles sans défense massacrées dans une indifférence quasi-générale, la RATP a, dans un premier temps, proposé de faire procéder à ses frais à un second affichage, sans la mention litigieuse. Et s’est heurtée au refus indigné de Mgr di Falco. Après trois jours de palabres et de tergiversations, et sous la pression, à vrai dire inattendue, du Premier ministre Manuel Valls, les affiches ont été remises en place, avec la mention « pour les chrétiens d’Orient ».

Au-delà de l’odieux de l’incident, plusieurs questions se posent. Et d’abord les raisons précises qui ont suscité le retrait des affiches.

S’agit-il d’un accès de haine laïcarde, comme il en prend régulièrement à certaines administrations ou associations viscéralement hostiles au catholicisme et à peu près persuadées de pouvoir s’en prendre à lui sans risque ? Sans doute, en partie.

L’on peut aussi se demander si ce retrait ne s’explique pas par une peur viscérale de réactions hostiles, voire violentes, de certains voyageurs musulmans, sympathisants de l’État islamique. Si tel était le cas, il faudrait admettre que certains services publics, par crainte ou par choix idéologique, font preuve d’une prudence poussée très loin, annonciatrice de renoncements pis encore.

Quant à l’intervention du Premier ministre, elle souligne d’abord l’incapacité dans laquelle se trouve désormais le gouvernement, encore plus affaibli qu’il ne l’était déjà par sa cuisante défaite aux élections départementales, de provoquer un nouvel affrontement avec une opposition catholique surgie du néant lors des « manifs pour tous » mais qui se révèle quasi-impossible à éradiquer. C’est l’une des rares bonnes nouvelles du moment. (Anne Bernet)