Correspondance européenne | 301, Livre

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Livres : conversions de la franc-maçonnerie

J’étais franc-maçonLe retour des socialistes au pouvoir en France a parallèlement marqué celui des francs-maçons au gouvernement. Sans doute ne s’en étaient-ils jamais beaucoup éloignés mais la cuvée 2012 se révéla spécialement agressive, pleine d’une détestation féroce envers la civilisation chrétienne et la foi catholique. Il convenait d’en finir au plus vite avec ce qui subsistait en France de presque deux mille ans de christianisme et les propos de Vincent Peillon, alors ministre de l’éducation nationale, rappelant que la laïcité était la religion de la république, sonnèrent comme une déclaration de guerre.

Trois ans après, force est de constater que l’affrontement n’a pas tourné, dans les urnes ou dans la rue, en faveur des loges. Cela ne les a pas empêchées, profitant à la Chambre d’une majorité fragilisée mais certaine, et assurées qu’un retour de la « droite », adepte des mêmes convictions, n’y changerait rien, de faire voter en hâte les lois « sociétales » longuement préparées pour achever de déconstruire la famille et la chrétienté. Dans ce contexte, deux récits de conversion, signés par deux anciens hauts dignitaires de la franc-maçonnerie, apportent un éclairage intéressant sur ses réseaux et ses implications au sommet de l’État.

Le docteur Maurice Caillet, né et élevé dans un milieu libre-penseur, en souffrit. Il cherchait Dieu, et ne le savait pas. Cette quête le conduisit paradoxalement à fréquenter des milieux occultistes, à la limite du satanisme, puis à devenir franc-maçon, ce qui, de son propre aveu, relevait d’une même logique. Ce médecin « progressiste » éprouva cependant vite un profond dégoût, qu’il s’expliquait mal, face à l’avortement. Jusqu’à se trouver en porte-à-faux avec ses « frères », lesquels, dès lors, ne reculèrent devant rien pour le briser. C’est à Lourdes où, désarmé devant l’inexplicable maladie de sa femme, il s’était rendu en désespoir de cause, que Maurice Caillet trouva la foi. La suite du parcours, jusqu’au baptême et au mariage religieux, fut difficile : on ne renonce pas impunément à Satan, ses pompes et ses œuvres.

J’étais franc-maçon (Salvator, 190 p., 9,50 €) est l’histoire de la renaissance d’un homme revenu de loin. Elle peut parfois agacer, parce que Caillet se tourna vers les milieux charismatiques mais l’exposé, très clair, pour ceux qui l’ignoreraient, de ce qu’est la franc-maçonnerie et les buts qu’elle poursuit, mérite de lire ce livre.

« Tu vas entrer dans une secte satanique », avait déclaré, horrifiée, une amie à Serge Abad-Gallardo lorsque, en 1989, ce jeune architecte lui avait annoncé son initiation à la franc-maçonnerie. Il en rit mais ces mots restèrent gravés en lui, tel un avertissement et l’obsédèrent assez pour lui éviter de céder sans réflexion aux enseignements dispensés, lesquels, au fil du temps, s’avéraient tragiquement vides face à ses interrogations spirituelles. Loin de le rendre libre, la « vérité » maçonnique, inaccessible, l’emprisonnait. Un soir, accablé de tracas dont l’origine lui semblait extrêmement trouble, Abad-Gallardo, dans un sursaut de bon sens, alla réclamer l’aide d’un prêtre et revint au catholicisme de ses origines espagnoles.

J’ai frappé à la porte du Temple … (Téqui, 200 p., 16 €) ne fait pas double emploi avec l’ouvrage précédent. Il met remarquablement en évidence les contradictions internes d’une « philosophie » muée sans l’admettre en religion, où l’intolérance et le mépris de l’autre, s’il ne partage pas vos opinions, sont la règle. Et rappelle qu’une poignée « d’initiés » (moins de 50 000 en France) prétend imposer au reste du monde, le misérable « profane », sa vision du bonheur de l’humanité … (Anne Bernet)