Correspondance européenne | 301, Livre

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Livres : conversions de l’islam

et-les-oiseaux-se-mirent-a-chanter-9782850203282_0Le croyant qui quitte l’Islam pour embrasser une autre foi est passible de mort. C’est un devoir et une œuvre pie de la lui infliger. L’on pourrait croire qu’être installé en Europe facilite la démarche. Ce n’est pas le cas. Au nom d’un dialogue interreligieux stérile, faute d’aborder les sujets litigieux, et trop souvent à sens unique, l’Église, depuis Vatican II, a choisi de ne plus porter la Bonne Parole à ceux qu’Elle ne nomme plus des « infidèles ».

Les musulmans qui obtiennent le baptême ont souvent effectué un véritable parcours du combattant, se heurtant à l’incompréhension, voire l’indignation, d’un clergé adepte du relativisme qui cherchait à les décourager d’abjurer … Quant à témoigner de leur expérience, le sujet reste tabou. Le prouvent le silence, le refus de distribuer, les interdictions de projeter le film, – cela s’est produit à Nantes, à la demande de la DGSI qui redoutait des incidents, certains musulmans « radicalisés » pouvant l’interpréter comme une provocation …– de Cheyenne Caron, L’Apôtre, évoquant, non sans retenue pourtant, la conversion du jeune Hakim au catholicisme …

Dans ce contexte, la parution des témoignages de deux femmes qui ont choisi le Christ s’avère bouleversant parfois, et dramatiquement instructif.

Née en France dans les années 1970 de parents immigrés maghrébins, Nassera connaît une enfance de cauchemar entre un père qui, par sa violence, transforme en enfer la vie des siens, et une mère d’un courage et d’une dignité farouches qui, trop occupée à leur permettre de survivre, n’a pas le loisir d’aimer ses enfants. À dix-huit ans, elle s’enfuit pour vivre avec un Français, exemple achevé de la déchéance du pays. Un enfant naît, que Nassera élève seule. Les soucis s’accumulent. Elle fait face, soutenue par une foi immense en un Dieu dont elle sait qu’il n’est pas Allah. Un jour, enfin, elle croise la route d’un franciscain.

Et les oiseaux se mirent à chanter (Editions franciscaines, 201 p., 19 €) raconte le parcours religieux qui changea l’existence de cette femme et des siens. C’est aussi une plongée dans ces banlieues françaises que les prêtres ont désertées, cédant la place aux imams, mais aussi aux marabouts, chamans, sorciers de tous acabits. Personne ou presque n’y est plus baptisé. L’on y vit d’aides sociales, le Mauvais y règne en maître, Nassera Frugier en fit l’expérience.

Comme Nadia Piccard. Algérienne, arrivée en France en 1962 âgée de quelques jours, la fillette se prend de passion pour le pays, et, sans en parler à ses parents qui lui interdisent d’approcher les chrétiens, découvre le catholicisme, se détachant en silence de l’Islam. Majeure, elle s’enfuit pour épouser le Français qu’elle aime plutôt que le cousin qui l’attend au bled. Commence une descente en enfer, harcelée par sa famille qui veut l’obliger à quitter son mari, ou à le convertir à l’Islam, la menaçant de mort, recourant à des envoûtements.

Un matin, à bout de forces, Nadia entre dans une église à l’heure de la messe et, grâce exceptionnelle, a la révélation du mystère eucharistique. Baptisée sous le prénom de Thérèse, elle ne cesse depuis d’appeler la France à renouer avec sa mission évangélisatrice, persuadée que l’immigration, si les catholiques le voulaient, pourraient être l’occasion pour les Maghrébins de revenir à la foi de Cyprien et Augustin.

Et elle s’est emparée du Royaume (Téqui, 160 p., 14,50 €) est un magnifique témoignage qui éclaire de l’intérieur le quotidien des populations allogènes installées chez nous, prises entre la peur haineuse d’une civilisation qu’elles ne connaissent pas, et le désir muet de rencontrer le Christ. À la différence de tant de catholiques affadis, Nadia Piccard espère, en Dieu et en l’avenir. Et nous donne ainsi une grande leçon. (Anne Bernet)