Correspondance européenne | 302, France

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France: Vincent Lambert, la mort au bout du chemin

Vincent LambertHélas, sauf miracle, il fallait s’y attendre … Ce 5 juin 2015, à 11h du matin, la Cour européenne des droits de l’homme a rendu son verdict dans « l’affaire Vincent Lambert », du nom de ce jeune accidenté de la route atteint de lésions cérébrales jugées irréversibles que l’équipe médicale du CHU de Reims avait, contre la volonté de ses parents, décidé de « mettre en fin de vie », autrement dit, en termes plus crus, de laisser mourir de faim et de soif.

Confirmant le jugement du Conseil d’État français qui donnait raison aux médecins et à l’épouse de Vincent, considérant qu’alimenter le patient relevait d’un acharnement thérapeutique déraisonnable, les juges de Strasbourg ont signé la sentence de mort. Quoique les attendus exacts du jugement n’aient pas encore été publiés, l’on sait que les juges n’ont pas considéré le choix des médecins de laisser mourir leur patient comme contraire à son droit fondamental à la vie !

L’on sait aussi qu’ils ont refusé de statuer sur les traitements indignes et inhumains infligés au jeune homme, sous le prétexte ahurissant que la plainte devait émaner de la victime, non d’un de ses proches. Or Vincent, cloué sur son lit d’hôpital, dans l’impossibilité de s’exprimer, ne saurait, évidemment, ester en justice.

Même si ce verdict, intervenant alors que le gouvernement français s’acharne à imposer la législation Claeys Leonetti, laquelle, quoiqu’en disent ses auteurs et ceux qui l’ont votée, constitue bel et bien une avancée vers la légalisation de l’euthanasie, semblait écrit d’avance, l’on éprouve un profond sentiment de détresse et d’horreur à son énoncée.

En effet, quoiqu’ils s’en défendent, les juges européens ont estimé que la vie de Vincent, en raison de son handicap irréversible, ne méritait plus d’être vécue et qu’il était « humain » d’y mettre un terme, fût-ce dans des conditions atroces. Demain, quelles autres catégories de la population seront-elles classées à leur tour parmi « les vies indignes d’être vécues » ? Il se murmure déjà que trisomiques et autistes pourraient être rapidement concernés …

Les grands médias français, entièrement ou presque gagnés à la culture de mort, étalaient une satisfaction indécente. Ce sont les mêmes qui, ces dernières semaines, ont usé de tout leur pouvoir afin d’empêcher l’exécution d’un ressortissant français condamné à mort sous l’inculpation de trafic de drogue en Asie. Les mêmes aussi qui, par malhonnêteté ou ignorance, ont désinformé l’opinion française, lui assurant que Vincent était inconscient, qu’il avait manifesté avant son accident sa volonté de mourir plutôt que vivre diminué, donné systématiquement la parole aux partisans de la mort, jamais à ses adversaires, exposé la vie privée des Lambert, attaqué leurs convictions religieuses et leur traditionalisme.

Ceux qui veulent savoir la vérité, connaître les tenants et aboutissants de cette navrante et dramatique histoire, liront avec profit l’émouvant témoignage de Viviane Lambert, Pour la vie de mon fils (Plon, 170 p, 12,90 €), malheureusement sorti alors que « les ponts » du mois de mai se succédaient et détournaient l’attention des questions sérieuses, dans lequel la mère de Vincent expose enfin sa version des faits, dévoile les manipulations et les pressions subies par sa famille, révèle des faits occultés et rappelle, surtout, que son fils est conscient, en bonne santé, et qu’il s’accroche à la vie avec un acharnement qui devrait inciter à réfléchir sur ses véritables volontés. Mme Lambert a trouvé, pour défendre son enfant, un courage qui force l’admiration. Reste qu’elle n’a pas été entendue.

Ni par le tribunal strasbourgeois, ni par les journalistes qui, lorsqu’ils lui ont donné la parole, ont voulu la décrédibiliser, voire la ridiculiser, ni par le Président de la République.

Car, anticipant la décision mortifère de l’instance européenne, Mme Lambert, souvenir du temps où la peine de mort s’appliquait, aux criminels et aux coupables, mais où le droit de grâce restait l’ultime espoir, a demandé, début mai, audience à François Hollande. Jadis, le bureau présidentiel était toujours ouvert, ne fût-ce que pour la forme, aux avocats des condamnés à mort. Celui de M. Hollande est resté fermé à une mère qui voulait plaider pour un innocent.

En l’état actuel de la situation, nul ne sait quel recours pourrait sauver Vincent.

Sauf, peut-être, une mobilisation massive de l’opinion. Il n’est pas trop tard pour signer en ligne la pétition en sa faveur. Il est encore temps de dire non au déferlement de la barbarie. Il est encore temps de résister à la culture de mort et à ses promoteurs.

Il est encore temps de prier. (Anne Bernet)