Correspondance européenne | 304, UE

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UE : la “super-taxe” européenne et le culte de l’euro

taxe européenne et le culte de l’euroLa proposition d’une super-taxe européenne a été accueillie favorablement par le gouvernement italien, comme c’était du reste prévisible. L’idée vient du ministre des Finances allemand Wolfgang Schaeuble, en accord avec le président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel du 25 juillet, un groupe de projet dirigé par l’ex-premier ministre italien Mario Monti serait déjà en cours pour introduire cette eurotaxe au plus tôt.

Le but de la super–imposition européenne n’est pas seulement de récolter un “petit trésor” pour affronter les situations d’urgences comme celle de la Grèce, mais surtout de faire un pas en avant vers la politique fiscale commune européenne, qui constitue l’objectif des puissances financières et politiques internationales, à savoir l’abandon définitif de l’indépendance des nations européennes, déjà expropriées de leur souveraineté monétaire.

«Si l’eurotaxe est liée à un projet d’intégration politique et surtout à un projet effectif en matière de politique fiscale, alors c’est une proposition à prendre en considération», a affirmé le 27 juillet à Affaritaliani.it le vice-ministre de l’Economie italien Enrico Morando. «Depuis très longtemps nous souhaitons une politique fiscale à dimension européenne, de telle façon qu’à l’union monétaire corresponde une union effective en matière de politique économique et fiscale. Et ce sont donc là des hypothèses cohérentes par rapport à ces exigences. L’eurotaxe – explique Morando – doit s’entendre comme une politique de prélèvement fiscal à dimension européenne, en fonction d’un projet général d’intégration plus forte dont nous avons certainement besoin».

La réalisation de ce plan a été confié – et ce n’est pas un hasard – au sénateur Mario Monti, qui malgré l’échec de son expérience de chef du gouvernement italien, du 6 novembre 2011 au 28 avril 2013, reste l’exécuteur le plus fiable des projets européens.

Déjà en 1998, alors qu’il était commissaire européen, il affirmait que la “phase 2” de l’Union Européenne, serait, après celle de l’union monétaire, celle de l’union fiscale (La Repubblica, 5 mai 1998). Le 2 janvier 1999 ce même Monti annonçait la naissance de l’euro par un article à la une du Corriere della Sera, dont le titre était Comme une guerre de libération. Monti écrivait que le 1er janvier 1999, «pour la première fois depuis les guerres d’indépendance», l’Italie, en renonçant à sa monnaie, avait «renforcé l’unité nationale».

L’appel de Monti ne doit pas surprendre. Il faut toujours se rappeler que la fin ultime du processus initié par le Traité de Maastricht en 1992 n’est pas économique, mais politique: la liquidation des Etats nationaux européens, non pour construire un “super-Etat”, mais pour créer un non-Etat, une Europe-entreprise gérée par des pouvoirs invisibles. Ce projet remonte au comte Claude-Henry de Saint-Simon (1760-1825), le principal représentant du socialisme technocratique, qui dès 1803, dans les Lettres d’un incroyant de Genève à ses contemporains, proposait la création d’un “Grand Conseil de Newton”, collège suprême formé de vingt-et-un scientifiques élus par le genre humain tout entier avec pour mission de régénérer le monde par l’imposition d’un nouveau credo scientifique.

Saint-Simon théorisa donc dans la Réorganisation de la société européenne (1814), la réforme de la société européenne selon le modèle d’une grande entreprise : le pouvoir politique sur les hommes serait remplacé par l’administration des biens et la politique serait transformée en science de la production. Cette transformation sociale devrait être favorisée par la religion humanitaire du “Nouveau christianisme”. Les partisans de Saint-Simon fondèrent ainsi la “religion saint-simonienne”, dont le “pontife” fut Prosper Enfantin (1796-1864).

Si derrière tout projet économique, il y a un but politique, derrière chaque projet politique il y a aussi une idée religieuse. L’européisme est en ce sens un projet fonctionnel à une vision politique et religieuse de structure anti-chrétienne, une sorte de “République universelle” dans laquelle s’intégreraient tous les pays de la terre, réalisant le rêve syncrétiste et égalitaire de fusion de toutes les races, tous les peuples et toutes les religions.

La voie choisie pour réaliser ce plan est la voie “fonctionnaliste”, des “petits pays”, de Jean Monnet. Une série de passages obligés mèneraient du marché unique à la monnaie unique, de la monnaie unique à la fiscalité unique et de la fiscalité unique à l’entreprise unique européenne, contrôlée par des pouvoirs forts que sont la Banque Centrale, la Commission, la Cour de Justice et le Parlement Européen.

Une fois mise en place la monnaie commune, l’unique moyen qui reste pour contrôler les déséquilibres et les crises économiques est celui du prélèvement et de la redistribution fiscale. Mais, si le fait de renoncer au droit d’émettre de l’argent de cours légal et de mener une politique économique autonome à travers les échanges signifie la cession d’un élément essentiel de la souveraineté nationale, l’unification fiscale touche de façon encore plus profonde l’essence de la souveraineté politique.

Le principe qui guida le processus d’indépendance des colonies américaines du gouvernement britannique fut, au XVIIème siècle, la formule « no taxation without representation »: “aucune taxation sans représentation”. Le slogan de l’Union Européenne semble en revanche être le contraire : les taxes, sans élection des représentants.

Le dernier mot est aux technocrates, qui ne répondent pas aux institutions représentatives, Parlement et gouvernement, mais aux clubs, loges, groupes de pouvoir dont les intérêts sont opposés aux intérêts nationaux. Ce processus n’implique pas seulement la fin de la représentation démocratique et des Etats nationaux, mais tend à détruire la famille et la propriété privée, bases de l’ordre naturel et chrétien, selon le vieux rêve de Marx et Engels, qui prétendirent donner un fondement “scientifique” aux idées des socialistes utopistes comme Saint-Simon. Le marxisme, comme le saint-simonisme, est une vision anti-chrétienne du monde, qui se plie au culte de l’euro professé de nos jours par les technocrates de Bruxelles et de Francfort.

La première condition pour faire tomber cette utopie panthéiste et égalitaire est d’en révéler les origines et le but. (Roberto de Mattei)