Correspondance européenne | 314, Europe

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Europe : immigration et justice sociale

Europe_F_mappaBeaucoup de personnes de bonne volonté sont encore incapables d’être résolument contre l’immigration parce qu’elles pensent que cela serait contraire à la charité et à la justice sociale quand bien même leur instinct ou leur bon sens leur inspire une grande méfiance voire un dégoût de ce phénomène. Ce défaut de jugement provient d’une erreur sur l’Etat et son rôle. On croit que l’Etat doit être charitable tout comme les personnes.

On oublie que la charité est une vertu personnelle et que l’Etat n’est pas une personne, mais un appareil. L’Etat ne peut pas être charitable car il n’agit que par mandat. L’argent qu’il dépense n’est pas le sien. De ce fait, si l’Etat veut être bon envers certaines catégories de personnes, il doit disposer d’un mandat spécifique émanant de ceux qu’il considère comme les souverains (la population du pays) et qui, de surcroît, vont financer sa bonté.

La première mission de l’Etat est de faire régner la paix et la justice. Si l’Etat veut être charitable, il ne peut l’être que si la justice est sauve. La mission de l’Etat est de veiller au bien commun de la population nationale, principalement dans les limites de son territoire. L’Etat n’est pas mandaté pour s’occuper des étrangers, qu’ils soient hors des frontières nationales ou même à l’intérieur de celles-ci du moment qu’ils sont entrés illégalement. Pour que l’Etat accueille ces étrangers et s’en occupe paternellement comme il le fait aujourd’hui, au lieu de les refouler, il ne peut le faire en toute justice que si certaines conditions sont remplies :

1) il faut d’abord que la population immigrée ne cause aucun dommage (financier, sécuritaire) à la population nationale ;

2) ensuite, il faut qu’il n’existe pas une portion de la population nationale qui serait dans le besoin sans recevoir l’assistance que l’Etat s’apprête à offrir à la population immigrée ;

3) il faut enfin que l’Etat dispose d’un mandat clair (par exemple, par le biais d’une consultation populaire) pour sortir de sa mission ordinaire et accueillir cette population immigrée. Si ces trois conditions ne sont pas remplies, l’Etat se rend coupable d’une grande injustice sociale. Dans le cas présent d’immigration illégale de masse, il est bien évident qu’aucune des trois conditions n’est remplie. Bien au contraire, les dommages causés à la population locale sont nombreux (coûts élevés, dégâts matériels, insécurité, etc.) et l’injustice vis-à-vis de la population nationale est flagrante (l’aide financière accordée aux immigrés est supérieure aux pensions modestes). De plus, l’Etat ne jouit d’aucun mandat spécifique. Par conséquent, il est tout à fait licite de dénoncer l’immigration comme une grave injustice sociale. En aucune façon, on ne peut parler de charité de la part de l’Etat car il n’y a pas de charité là où la justice n’est pas d’abord garantie.

Faute de pouvoir lui-même accueillir les immigrés, l’Etat pourrait s’en remettre à la population nationale et n’accepter sur le territoire que les personnes qui seraient prises en charge par des particuliers ou des entreprises. Ces derniers s’en porteraient garants et assureraient toute la charge de leur insertion sociale. Seule cette immigration « invitée » sauvegarderait la justice sociale et laisserait l’Etat indemne de toute faute. On verrait alors quels sont les vrais besoins en main d’œuvre immigrée (si toutefois ils existent) et quelle est la volonté d’accueil de la population.

L’immigration « invitée » permet à ceux qui le veulent d’être charitables et d’en supporter les conséquences, sans se décharger sur l’Etat dont ce n’est pas le rôle. Vu qu’on est très loin de ce type de traitement de la crise migratoire, il est urgent de dénoncer l’immigration comme une grave injustice sociale dont l’Etat porte la responsabilité, avec les conséquences dramatiques que l’on peut imaginer et dont nous voyons les prémisses aujourd’hui. (Christophe Buffin de Chosal)