Correspondance européenne | 314, Livre

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Livres: Carême pour les petits et pour les grands

Catéchisme-illustré-de-première-année-de-la-Miche-de-PainS’ils n’ont pas atteint l’âge du jeûne et de la pénitence, les enfants peuvent néanmoins se préparer à Pâques à travers des livres conçus pour eux qui les initieront à la vie chrétienne et aux mystères de la foi.

Raconter aux plus petits la vie de Jésus à travers les mystères du Rosaire et leur proposer de colorier les illustrations est une idée heureuse. S’appuyant sur les évangiles, Martine Bazin propose un bref commentaire, toujours intelligent, de l’épisode, sans rien diminuer ni occulter. Les dessins, élégants et très colorés, aux teintes chaudes et brillantes, de Catherine Carré tranchent sur les illustrations trop souvent banales, voire laides, qui accompagnent tant d’initiations à la foi. C’est une jolie réussite (Martine Bazin et Catherine Carré, Vie de Jésus en vingt tableaux à colorier ; Téqui ; 40 p ; 4,90 €).

Il convient de compléter cette approche par la réédition du remarquable Catéchisme illustré de première année de la Miche de Pain (Elor, 530 p, 38 €). Rédigé dans les années 30 par une mère de famille, Marie Tribou, qui cherchait une initiation à la foi convenant à de très jeunes enfants, plus simple, ludique et attrayante que les catéchismes diocésains, cet ouvrage demeure une bénédiction pour nombre de parents, à l’heure où la catéchèse reste, spécialement en France, sinistrée et insuffisante.

S’adressant à des enfants de trois ou quatre ans, Marie Tribou se montrait très simple, très pédagogue, en même temps que très attachée à une transmission forte et sincère des vérités de la foi et des comportements chrétiens. Il est difficile de faire mieux. Joëlle d’Abbadie, dessinatrice d’immense talent, bien connue des milieux catholiques, a entièrement refait l’illustration, travail colossal mais d’une exceptionnelle qualité qui vaudrait, à lui seul, de se procurer ce volume de la Miche de Pain.

Les éditions Téqui ont l’excellente idée de procéder à des tirés à part de certains des contes et nouvelles publiés dans le magazine pour enfants Patapon et toujours parfaitement adaptés aux capacités des petits. En voici deux, délicieusement illustrés par Joëlle d’Abbadie, qui feront également les délices des parents tant ils ont de charme. Un saint à l’abbaye dit les affres d’un abbé dont le monastère, après des siècles de piété, voit décliner la foi avec les vocations. Un ermite thaumaturge, consulté, lui apportera, par une réponse cryptée, l’imparable moyen de tout sauver. C’est d’une profondeur qui n’échappera pas aux adultes, lesquels seraient bien inspirés de suivre le conseil. Leur vie s’en trouverait pareillement transformée.

Le secret de Félix, inspiré d’une anecdote rapportée par une religieuse missionnaire en Afrique, raconte comment un enfant récemment baptisé découvre seul l’art de l’Imitation de Jésus Christ. On attend impatiemment la publication de prochains volumes. (Martine Bazin, dessins de Joëlle d’Abbadie, Le moine et le petit berger, Téqui, 16 p., 5,80 €).

L’abbé Olivier Manaud et l’illustrateur Gaétan Évrard s’essaient habilement à la bande dessinée chrétienne avec Le secret du pèlerin (Téqui, Saint-Cénéré 2016, 31 pages, 10 €). Clémence et Valentin, son frère adoptif, flanqués de Jean-Gabriel, l’ange gardien de la fillette, grandissent dans une famille « moderne », c’est-à-dire où la religion tient peu de place. Et voilà que dans leur église de Quimperlé, les enfants découvrent sur le bénitier une étrange inscription qui, début d’un passionnant jeu de piste, les conduira jusqu’à Compostelle sur les traces d’un mystérieux pèlerin.

L’intrigue est facile, eu égard à l’âge des lecteurs, mais permet une initiation très fine, très bien faite aux sacrements, à la liturgie, à l’art sacré. Les belles illustrations, très précises, de Gaëtan Évrard permettent une véritable découverte des trésors romans sur la route de Saint-Jacques. Il faut préciser que messe et liturgie sont celles du rit ordinaire. Cela rend d’autant plus étonnante la capacité des jeunes héros à suivre cérémonies et homélies qui, une fois passée la frontière, sont, évidemment, en espagnol …

C’est aux adolescents et aux adultes que s’adresse l’abbé Patrick Troadec. En quatre petits volumes De l’Avent à l’Épiphanie, De l’Épiphanie au Carême, Carême, Temps pascal (Via Romana, Paris 2015, 145 pages, 9 € pièce). S’appuyant sur de brefs extraits de l’évangile dominical et les textes du missel, il en fait un commentaire appliqué à notre quotidien, et propose les moyens de ne plus rester spectateurs passifs de notre foi mais de la mettre en pratique grâce à des prières, des pistes de réflexion et des résolutions à suivre. Sans concession ni rigueur excessive, ces petits manuels sont de précieux vade-mecum du catholique. Un choix d’hymnes grégoriens, cantiques traditionnels et prières viennent utilement compléter l’ensemble. On en usera sans modération. C’est l’art de vivre, en pleine conscience, de toute son âme, les temps forts de l’année liturgique, en pénétrer les mystères, les faire siens, en utiliser les grâces propres, seul ou en famille.

Le Carême n’est-il pas le moment par excellence pour méditer les fins dernières ? Il est vrai que, depuis Vatican II, le sujet n’est plus d’actualité. Il semble entendu une fois pour toutes que la bonté divine ne saurait tolérer la perte éternelle de ses créatures et que, par conséquent, bons ou méchants, nous irons tous au Paradis. Erreur trop répandue, contre laquelle Notre-Dame en personne à Fatima a mis en gare : innombrables sont les âmes qui se perdent et vont en enfer. Il ne faut pas l’oublier, même en cette année de la Miséricorde.

Jean-Pierre Fontaine, catéchiste, s’insurge contre l’image qu’une société mortifère véhicule de l’Au-delà pour tromper les pécheurs et leur fermer la voie du repentir. Comment va-t-on en enfer ? Par quels renoncements insidieux, quelles fautes de plus en plus graves en arrive-t-on à se perdre ? Comment la liberté de l’homme, mal exercée, l’amène-t-elle à rejeter Dieu ? Comment déjouer les pièges du prince de ce monde ? Voilà ce qu’il explicite dans un petit, mais puissant volume, La damnation, mode d’emploi (Via Romana, Paris 2014, 355 pages, 14 €).

S’il est excellent, comme le dit l’abbé de Tanoüarn, préfacier du livre, de rappeler ces vérités et d’enseigner les moyens du salut, on regrettera l’austérité du propos qui en réserve la lecture à une élite déjà assez en possession des vérités de la foi, et de leur vocabulaire, pour n’avoir, au fond, pas vraiment besoin de ce puissant rappel. (Anne Bernet)