Correspondance européenne | 316, Livre

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Livres : à Jésus, par Marie

RosaireCette année 2016, tricentenaire de la mort de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, est marquée, en France, par un retour de plus en plus visible à la dévotion mariale. Nombre de publications en atteste.

Le Père Louis-Marie Ariño-Durand, dominicain, est promoteur général du Rosaire pour son ordre. Il lui revient, à ce titre, de remettre à l’honneur, conformément aux usages les plus antiques des fils de saint Dominique, une dévotion qu’ils avaient, comme tant d’autres, plus ou moins abandonnée depuis un demi-siècle.

Le Père Ariño-Durand est jeune et, à l’instar de beaucoup de jeunes prêtres et religieux français, il appartient à une génération de catholiques « décomplexés » qui ont fait, dès leur adolescence, l’expérience d’appartenir à une minorité et de fréquenter des églises que le « printemps » conciliaire avait vidées. Ce constat fait, ils y ont cherché des remèdes. Pour Louis-Marie Ariño-Durand, la restauration du culte marial et le retour à la récitation du chapelet, mieux encore, du rosaire, sont, et il a raison, parmi les plus urgents et les plus efficaces.

Pourtant, ainsi qu’il le souligne avec humour dans un petit livre intelligent (Rosaire un jour, rosaire toujours, Le Cerf, Paris 2015, 202 pages, 12 €), cela n’est pas gagné car beaucoup, surtout parmi les plus âgés, ont rompu avec une pratique qu’on leur avait peinte grotesque, vaine et dépassée ; quant à ceux qui s’y sont plus ou moins tenus, ils ont souvent, sous l’influence des modes et cédant à un besoin de changements, opté pour des adaptations hasardeuses, telle la métamorphose de l’Ave Maria en un ridicule « Réjouis-toi, Marie » due à une mauvaise traduction du « bonjour » grec … Comment, dans ces conditions, faire prier ensemble des gens qui ne savent plus les mêmes textes ?

S’appuyant sur son expérience, Louis-Marie Ariño-Durand répond à la plupart des objections faites au rosaire : « prière de vieux », « prière de femme », « trop longue », « répétitive », « caricaturale », « pas assez centrée sur le Christ », « prière de pauvre » et même « prière politiquement incorrecte », affirmation qui conduit le prédicateur à une savoureuse mise au point.

Sans peur de déplaire, il rappelle que le rosaire, arme toute puissante contre le démon, irrite le monde et son prince, et abat les fausses idoles. C’est pourquoi il faut y revenir, très vite. L’on applaudit. Tout en regrettant que l’excellent et courageux promoteur du rosaire ait adopté la formulation fautive passée dans le langage post-conciliaire : « prier le chapelet ». On prie Dieu et Notre-Dame, mais l’on dit le chapelet …

L’on adressera le même reproche à l’opuscule intitulé Prier le chapelet pour tous les prêtres (Téqui, Paris 2016, 15 pages, 2,80 €), sans pour autant lui retirer ses mérites.

Mgr Aillet, évêque de Bayonne et préfacier de l’opuscule, le rappelle : dire le chapelet à l’intention des vocations, du pape, des cardinaux, de l’épiscopat, du clergé et des séminaristes est œuvre pie par excellence. L’Église en éprouve un grand besoin. S’appuyant sur quelques brèves citations de l’évangile, voici une méthode simple pour méditer les mystères du rosaire et offrir chaque dizaine pour toutes les nécessités du sacerdoce catholique.

Ramener Notre-Dame au cœur de la vie chrétienne, au cœur de l’Église, lui confier la nouvelle évangélisation dont notre monde et notre société ont tant besoin, tel est aussi le programme prôné par le Père Michel Viot, vicaire épiscopal de Blois, auteur de Marie, étoile de lévangélisation (Via Romana, Paris 2014, 31 pages, 6,50 €). Il le faut d’autant plus que notre époque semble parvenue au stade ultime de la révolte contre Dieu née de la Réforme, des Lumières et de la Révolution. Or, qui, plus que Marie, l’Immaculée Conception, est susceptible d’anéantir le mensonge diabolique qui prétend l’humanité affranchie du péché originel ? « Marie, réponse à l’esprit des Lumières » ? Bien sûr, et cela fait du bien d’entendre de nouveau, de la part d’un prêtre, cet enseignement  trop longtemps abandonné !

Vivre Une année avec la Vierge Marie (Presses de la Renaissance, Paris 2016, 378 pages, 7,50 €), voilà ce que propose Olivier Bonassies. Le sous-titre de l’ouvrage, « un jour une pensée », en résume les buts et les limites. En suivant le calendrier et le propre du temps selon l’ordo de Paul VI, voici, au quotidien, proposés à la méditation une brève citation des évangiles, des pères de l’Église, des docteurs, un passage du récit d’une apparition, un extrait d’un grand texte littéraire ou d’une encyclique, une strophe d’une hymne parlant de Sainte Vierge.

L’idée est sympathique, le choix en général judicieux, sauf exceptions parfois déconcertantes, effets parmi d’autres de la confusion ambiante qui n’épargne pas l’édition religieuse … (Anne Bernet)