Correspondance européenne | 325, Pays-Bas

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Pays-Bas : l’euthanasie de masse se répand

euthanasieEdit Schippers et Ard van de Steur, respectivement ministres hollandais de la Santé et de la Justice, ont envoyé une missive au Parlement faisant savoir qu’ils souhaitent rédiger un nouveau projet de loi sur l’euthanasie qui pourrait voir le jour avant la fin de l’année 2017.

Cette pratique est déjà légale aux Pays-Bas depuis 2002 et permet de tuer non seulement les malades en phase terminale, mais aussi ceux qui ont des pathologies provoquant des « douleurs insupportables », les personnes handicapées, les malades avec des pathologies neurodégénératives et les enfants, comme l’illustre le protocole Groningen sur l’euthanasie des nouveau-nés. Cette augmentation des cas dans lesquels l’euthanasie est permise a amené les Pays-Bas aux sommets mondiaux des meurtres en blouse blanche. En 2015, on peut compter 5.516 cas d’euthanasie dans le pays – pas toujours sur des sujets consentants – c’est-à-dire 3,9 % de tous les décès à niveau national. Schippers et van de Steur ont pensé inclure dans les catégories souhaitant la mort même les personnes qui sont arrivées à la conclusion que leur vie est désormais finie, que leur existence n’a plus rien à dire.

En particulier les personnes âgées, mais pas seulement. Dans la lettre envoyée au Parlement on lit que « les personnes qui croient, après une sérieuse réflexion, avoir complété leur vie devraient pouvoir y mettre fin, à des conditions strictes, dans la manière digne qu’ils considèrent comme la meilleure ». On ajoute que la perception d’« avoir complété leur vie concerne surtout les personnes âgées », mais on n’indique – à l’état actuel – aucune limite d’âge. D’ailleurs, il semblerait scandaleusement discriminatoire de permettre à un octogénaire de se tuer et ne pas le permettre à une personne âgée de 79 ans. Tout individu, en effet, indépendamment de son âge, pourrait considérer sa propre vie comme conclue. Les personnes âgées, catégorie privilégiée pour accéder à l’euthanasie, « ne voient plus de possibilités de donner un sens à leur vie – continue la missive – ils souffrent profondément de la perte d’indépendance et ils restent isolés et seuls, peut-être parce qu’ils ont perdu la personne aimée ».

Des « morts vivants », d’après les deux ministres, auxquels on devrait donner l’opportunité de réaliser aussi sur le plan physique ce sens de mort dont ils font déjà l’expérience au niveau physique. Une sorte de procès perfectif de désir de mort des personnes malheureuses. Le cupio dissolvi est élevé à une catégorie juridique, à un institut légal. En Hollande la proposition des deux ministres a soulevé un tollé médiatique, surtout parce que, récemment, on avait constitué un comité éthique pour étudier le cas d’un fils qui avait tué sa mère de 99 ans, fatiguée de vivre.

Le comité s’était exprimé négativement sur la licéité de ce geste, mais le tollé, si on a un peu d’honnêteté intellectuelle, est injustifié. Si l’on accepte la prémisse fondamentale de l’euthanasie – tuer une personne est permis – pour être cohérent il est nécessaire d’accepter aussi les relatives conclusions. Par exemple, le critère légal de la souffrance insupportable du malade qui permet déjà de recourir à l’euthanasie est présent aussi dans la proposition des deux ministres. Si une personne âgée considère sa propre existence comme conclue, sans aucun sens, au point qu’elle veut mourir, cela nous dit donc qu’elle considère la vie insupportable. Autrement elle voudrait continuer à vivre.

Même si on n’accepte pas cette interprétation extensive de l’actuelle discipline législative, de toute façon on devrait accepter tant le principe d’autodétermination que le principe fonctionnaliste, tous les deux à la base de l’actuelle loi hollandaise sur l’euthanasie. Le principe d’autonomie, en fait, est celui qui permet au malade en phase terminale et à celui ayant des douleurs insupportables (qui entre autres choses aujourd’hui on peut éradiquer avec la médecine palliative) de demander d’être tués.

Or, on ne voit pas pourquoi limiter la liberté du futur de cuius seulement à ces deux cas. Cela serait une compression insupportable de la sphère d’autonomie du sujet. Si quelqu’un décide quand sa vie n’est plus digne d’être vécue, c’est à lui de choisir les critères qui correspondent à son évaluation, non pas à la loi avec ses contraintes.

Portes ouvertes à toute raison pour mettre fin à la vie : une crise financière, une histoire d’amour mal terminée, un souci familial, un insuccès professionnel ou scolastique, etc. Les cas sont presque infinis et tous déjà contenus dans la proposition des ministres Schippers et van de Steur qui voit dans l’insatisfaction existentielle la raison pour fermer les yeux à jamais. Leur proposition, donc, ne fait qu’expliciter le ratio de la discipline normative hollandaise déjà en vigueur sur l’euthanasie et élimine les interdictions qu’elle contient et qui semblent injustifiées car contradictoires avec la même nature de la loi.

Quant au principe fonctionnaliste, déjà aujourd’hui la personne handicapée, le malade d’Alzheimer, etc. peuvent être légalement tués, n’ayant pas les habilités propres des personnes saines. De la même manière, pourquoi interdire à une personne âgée, elle aussi invalide sous plusieurs points de vue, d’accéder à l’euthanasie ?

Il faut remarquer, enfin, que tant pour la loi actuellement en vigueur aux Pays-Bas sur l’euthanasie que pour le futur projet de loi, ce qui fait passer le meurtre d’une personne de la catégorie pénale de l’homicide à celle légale d’euthanasie, n’est pas vraiment le consentement de la victime, mais le respect de la forme légale par laquelle le meurtre est réalisé. Ce sont les « fameuses » limites, les critères stricts qui garantissent l’immunité de la barbarie. La mort procurée doit donc arriver après le consentement d’une équipe d’experts, utilisant certaines préparations, dans des lieux précisément indiqués, évitant la clandestinité, etc.

C’est comme pour l’avortement : ce qui est un délit devient un droit pour l’observance d’une procédure formelle qui fait apparaître tout comme propre, techniquement sûr et ordonné, voire légal. Et donc, si un homicide est perpétré avec le consentement de l’Etat – et possiblement sans le consentement de la victime – il ne s’agit plus d’un délit, mais d’un « droit à mourir avec dignité ». (Tommaso Scandroglio)