Correspondance européenne | 329, Eglise catholique

Imprimer cette page

Église catholique : appel urgent à la prière pour le Pape

peta-schnaider-lengaUn appel à la prière a été publié et diffusé en 7 langues le 18 janvier, fête de la Chaire de saint Pierre, afin que le pape François «révoque d’une manière claire et non ambiguë les directives pastorales qui permettent aux divorcés dits « remariés » de recevoir les sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie sans être obligés de vivre dans la continence».

Mus par «l’obligation d’élever nos voix lorsque sont en question les choses les plus sacrées de l’Eglise relatives au salut des âmes», les auteurs sont: Tomash Peta, archevêque métropolitain de l’archidiocèse d’Astana, Jan Pawel Lenga, archevêque-évêque émérite de Karaganda et Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l’archidiocèse d’Astana. Les trois évêques recommandent de prier tous les jours le chapelet pour que le pape François réaffirme la vérité et la pratique immuable de l’Eglise sur le mariage.

Le philosophe français Thibaud Colin a écrit dans l’Homme Nouveau du 9 janvier qu’aujourd’hui deux lignes d’interprétations s’opposent dans l’Eglise. La première est représentée par les évêques argentins de la région de Buenos Aires, selon lesquels Amoris laetitia ouvre la possibilité de l’accès aux sacrements de la réconciliation et de l’eucharistie aux personnes divorcées et remariées civilement.

La seconde ligne est celle de l’archevêque de Philadelphie Mgr Chaput, et du cardinal Müller lui-même, selon lesquels l’exhortation du pape François n’introduit pas de nouveautés, mais doit être lue dans la continuité de l’enseignement de l’Eglise. Pour sortir de cette confusion, quatre cardinaux ont demandé au pape Bergoglio de lever les graves doutes qui s’installent aujourd’hui chez les catholiques. «Seul un aveugle peut nier qu’il y a dans l’Eglise une grande confusion», a déclaré l’un d’entre eux, le cardinal Carlo Caffarra (Il Foglio, 14 janvier 2017).

Le pape Bergoglio préfère ne pas répondre directement, mais ne cache pas son soutien pour les évêques novateurs. Nous en avons une preuve dans le fait que les lignes d’orientation des deux évêques maltais Charles Scicluna et Mario Grech, favorables à l’admission aux sacrements de ceux qui vivent more uxorio, ont été publiées par l’Osservatore Romano le 14 janvier. Dans cette même ligne s’est exprimé également, sans être démenti, le cardinal Agostino Vallini, vicaire du pape pour le diocèse de Rome, qui attribue à la conscience du fidèle le jugement ultime sur la moralité de ses actes.

La conception traditionnelle selon laquelle la conscience du fidèle n’est pas subjective, mais doit être fondée sur la loi naturelle et divine, se trouve ainsi réduite à néant. «Le cardinal Newman – rappelle le cardinal Caffarra – affirma que si le pape parlait contre la conscience prise dans le vrai sens du mot, il commettrait un véritable suicide. Ce sont des choses d’une gravité consternante. Le jugement privé serait élevé au rang de critère ultime de la vérité morale. Ne dis jamais à quelqu’un : ‘Suis toujours ta conscience’, sans ajouter toujours immédiatement : ‘Aime et cherche la vérité sur le bien’. Tu lui mettrais entre les mains l’arme la plus destructrice de son humanité». C’est la route sur laquelle s’est acheminé le pape François. (Roberto de Mattei, dans Il Tempo, 22 janvier 2017)

Voici la dernière partie de cet appel qui peut être lu intégralement sur le Blog de Jeanne Smits:

«… Malgré les déclarations répétées concernant l’immuabilité de l’enseignement de l’Eglise à propos du divorce, certaines Eglises particulières l’acceptent aujourd’hui dans leur pratique sacramentelle, et le phénomène s’étend. Seule la voix du pasteur suprême de l’Eglise peut de manière définitive empêcher une situation où, à l’avenir, l’Eglise de notre temps serait décrite à l’aide de l’expression suivante : « Tout le monde gémissait et voyait avec étonnement qu’elle a dans la pratique accepté le divorce » (ingenuit totus orbis et divortium in praxi se accepisse miratus est), en évoquant une phrase analogue par laquelle saint Jérôme décrivit la crise arienne.

Vu ce danger très réel et le fléau si étendu du divorce à l’intérieur de la vie de l’Eglise, divorce qui est implicitement légitimé par les normes et applications mentionnées ci-dessus de l’Exhortation apostolique Amoris lætitia ; vu que lesdites normes et directives de certaines Eglises particulières sont aujourd’hui dans le domaine public du fait de la culture globale actuelle; vu, en outre, l’inefficacité de nombreux appels faits de manière privée et discrète au Pape François par divers fidèles et Pasteurs de l’Église, nous sommes contraints de lancer cet appel à la prière. En tant que successeurs des apôtres, nous sommes également mus par l’obligation d’élever nos voix lorsque les choses les plus sacrées de l’Eglise relatives au salut des âmes est en question.

Que ces paroles avec lesquelles saint Jean-Paul II a décrit les attaques injustes contre la fidélité du magistère de l’Eglise soit une lumière pour tous les pasteurs de l’Eglise en ces temps difficiles, et les encourage à agir d’une manière toujours plus unie : « On reproche souvent au Magistère de l’Eglise d’être maintenant dépassé et fermé aux requêtes de l’esprit des temps modernes, de mener une action nocive pour l’humanité et, plus encore, pour l’Eglise elle-même. En s’obstinant à rester sur ses positions – dit-on –, l’Eglise finira par perdre de sa popularité et les croyants s’éloigneront d’elle » (Lettre aux familles, Gratissimam sane, 12).

Considérant que l’admission des divorcés qu’on dit « remariés » aux sacrements de la pénitence et de l’eucharistie sans exiger d’eux l’obligation de vivre dans la continence, constitue un danger pour la foi et pour le salut des âmes, et constitue en outre une offense à la sainte volonté de Dieu ; en outre, prenant en considération le fait que cette pratique pastorale ne peut jamais être l’expression de la miséricorde, de la « via caritatis » ou du sens maternel de l’église à l’égard des âmes pécheresses, nous lançons avec une sollicitude pastorale profonde cet appel urgent à la prière afin que Pape François révoque, clairement et sans équivoque, les directives pastorales mentionnées, déjà adoptées par certaines Eglises particulières. Un tel acte de la part du Chef visible de l’Eglise serait un réconfort pour les pasteurs et pour les fidèles de l’Eglise, selon le mandat que le Christ, le pasteur suprême des âmes, à donner à l’apôtre Pierre, et à travers lui à tous ses successeurs : « Affermis tes frères ! » (Luc 22, 32).

Que ces paroles d’un saint pape et de sainte Catherine de Sienne, docteur de l’Eglise, soient pour tous dans l’Eglise d’aujourd’hui une lumière et un raffermissement: « C’est approuver l’erreur que de ne pas y résister; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre » (saint Felix III, pape, + 492). « Saint Père, Dieu vous a choisi dans l’Eglise, afin que vous soyez un instrument pour l’éradication de l’hérésie, confusion du mensonge, l’exaltation de la Vérité, la dissipation des ténèbres et la manifestation de la lumière » (sainte Catherine de Sienne, + 1380).

Quand le pape Honoré I (625 – 638) adopta une attitude ambiguë face à la diffusion de la nouvelle hérésie du monothélisme, Saint Sophrone, Patriarche de Jérusalem, a envoyé un évêque de la Palestine à Rome en prononçant ces paroles : «Rends-toi au Siège Apostolique, lá où se trouvent les fondements de la sainte doctrine, et ne cesse pas de prier jusqu´à ce que le Siège Apostolique condamne la nouvelle hérésie». La condamnation a alors eu lieu en 649 par le saint pape et martyr Martin I.

Nous avons fait cet appel urgent à la prière, conscients que notre manque à le faire aurait constitué une grave omission. Le Christ, qui est la Vérité et le Pasteur suprême, nous jugera lorsqu’Il apparaîtra. Nous lui demandons, avec humilité et confiance, de récompenser tous les pasteurs et toutes les brebis avec la couronne de gloire impérissable (cf. 1 Pi 5, 4)…».