Correspondance européenne | 330, Eglise catholique

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Fatima : en scrutant le Ciel

Les apparitions de Fatima de 1917 nous livrent, cent ans plus tard, de nombreux enseignements, et notamment l’invitation à savoir lire les signes du ciel. A Fatima, chaque apparition de la Vierge Marie aux trois bergers s’accompagna de phénomènes atmosphériques. Le plus extraordinaire fut celui du 13 octobre 1917.

Notre-Dame elle-même annonça à la petite Lucie, la seule des trois voyants à qui elle parlait, que ses apparitions s’achèveraient par un miracle, pour que tous soient convaincus de l’authenticité du message : «Le dernier mois, je ferai un miracle afin que tous croient».

Des dizaines de milliers de personnes, aussi bien des pèlerins que des sceptiques qui voulaient démontrer la fausseté des apparitions, accoururent en foule le 13 octobre à la Cova da Iria. Les journaux de l’époque parlent de 40 à 50 000 personnes, mais le nombre était probablement bien plus important.

A la fin de la dernière conversation de Lucie avec Notre-Dame, au moment où la très sainte Vierge s’éleva vers le ciel, on entendit le cri de la bergère : « Regardez le soleil ! »

Les nuages s’ouvrirent, révélant le soleil brillant d’une intensité inédite, mais qui n’aveugle pas. « Le plus étonnant était de pouvoir contempler le disque solaire pendant un long moment, brillant de lumière et de chaleur, sans se blesser les yeux ou endommager la rétine», a déclaré José Maria de Almeida Garrett, professeur de sciences naturelles à l’Université de Coimbra.

Le journaliste Avelino de Almeida, rédacteur en chef de O Seculo, quotidien socialiste de Lisbonne qui avait jusqu’alors ridiculisé les événements, écrivit le 15 octobre dans son journal: «La foule immense se tourne vers le soleil, qui se montre dégagé de nuages, à son zénith. L’astre rappelle une plaque d’argent pâle et il est possible de le regarder en face sans la moindre gêne. Il ne brûle pas, il n’aveugle pas. On dirait une éclipse. Mais voici que jaillit une clameur colossale et nous entendons les spectateurs les plus rapprochés qui crient : – Miracle, miracle ! Merveille, merveille !». Antonio Borelli Machado décrit le phénomène en ces termes : « Le globe solaire commença à tourner à une vitesse vertigineuse, ses bords devinrent écarlates et il s’éloigna dans le ciel, comme un tourbillon, répandant des flammes rouges de feu. Cette lumière se réflétait sur le sol, sur les plantes, les arbustes, et même sur les visages des personnes et leurs vêtements, prenant des tonalités scintillantes et des couleurs diverses. Animé par trois fois d’un mouvement fou, le globe de feu sembla trembler, se secouer et se précipiter en zigzag sur la foule terrorisée. Le tout dura environ dix minutes».L’avocat Dominhos Pinto Coelho écrivit dans le quotidien catholique O Ordem : «Le soleil apparaissait tantôt entouré de flammes cramoisies tantôt auréolé de jaune et de rouge. Par moments, il tournait sur lui-même rapidement et ensuite semblait se détacher du ciel, pour s’approcher de la terre…»Manuel Nunes Formigao, prêtre du séminaire de Santarem, raconte pour sa part : «Le soleil se mit à tourner sur son axe de façon vertigineuse, comme le plus magnifique feu d’artifice que l’on puisse imaginer, prenant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et lançant des lueurs de lumière multicolore. Ce miracle sublime et incomparable, qui s’est répété trois fois, a duré environ dix minutes. L’immense foule, dominée à l’évidence par cet incroyable prodige, tomba à genoux».Pour finir, le soleil revint en zigzag au point d’où il s’était précipité, de nouveau tranquille et resplendissant de la luminosité habituelle de tous les jours.

La “danse du soleil” du 13 octobre est un fait historique, attesté par des milliers de personnes, qui l’on décrit dans les moindres détails. En 1967, le chanoine Martins dos Reis a consacré un ouvrage complet à l’étude de ce prodige (O Milagre do Sol e o Segredo de Fátima, Ed. Salesianas, Porto 1966).

Mais Notre-Dame annonça également aux trois pastoureaux un autre phénomène céleste. Le 13 juillet, elle leur dit : «Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c’est le grand signe que Dieu vous donne qu’Il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l’Eglise et le Saint-Père».

Le 25 janvier 1938, le ciel de l’Europe entière fut illuminé d’une grandiose aurore boréale. Les journaux parlèrent d’un évènement “exceptionnel”, “extrêmement rare” et “visible dans toute l’Europe”.  Sœur Lucie était convaincue qu’il s’agissait du signe prémonitoire indiqué par la Vierge Marie. Les historiens s’accordent aujourd’hui sur le fait que la guerre en Europe commença de fait en 1938, l’année de l’annexion de l’Autriche et de l’occupation des Sudètes (en octobre) par l’Allemagne hitlérienne.

Une deuxième aurore boréale illumina le ciel le 23 septembre 1939. « Cette nuit-là –raconte dans ses Mémoires le chef nazi Albert Speer – nous restâmes avec Hitler sur la terrasse du Berghof admirer un rare phénomène céleste : pendant une heure environ, une intense aurore boréale illumina d’une lumière rouge le légendaire Untersberg qui se trouvait en face de nous, tandis que la voûte du ciel était une palette de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Le dernier acte du‘Crépuscule des dieux’ n’aurait pu être mieux mis en scène. Même nos visages et nos mains étaient colorés d’un rouge qui n’était pas naturel. Ce spectacle fit naître dans nos esprits une profonde inquiétude. D’un coup, s’adressant à l’un de ses conseillers militaires, Hitler déclara : ‘Cela fait penser à beaucoup de sang. Cette fois-ci, nous ne pourrons ne pas employer la force’».

C’est précisément cette nuit-là que fut signé le pacte von Ribbentrop-Molotov, qui sanctionna la malheureuse alliance entre Hitler et Staline, point culminant de la guerre qui éclatait.

Les terribles souffrances de la deuxième guerre mondiale ne suffirent pourtant pas à ce que l’humanité se repentisse et, dans les soixante-dix dernières années, elle est descendue de plus en plus dans un abîme de péchés publics en tous genres. Le scénario que le Seigneur révéla à sœur Lucie le 3 janvier 1944 appartient malheureusement à notre avenir : «Je sentis que mon esprit était inondé par une Lumière qui est Dieu, et en Lui, j’ai vu et entendu : “La pointe de la lance comme une flamme qui se détache, touche l’axe de la terre, et celle-ci tremble. Les montagnes, les villes et les villages avec leurs habitants sont enterrés. La mer, les rivières et les nuages sortent de leurs limites, inondant et entraînant avec eux dans un tourbillon, les maisons et les personnes dans une quantité indénombrable, purifiant le monde du péché dans lequel il est plongé ».

Les guerres et persécutions prédites par Notre-Dame à Fatima seront accompagnées de terribles bouleversements atmosphériques, mais tout cela sera vraisemblablement précédé d’un grand signe du Ciel, dont les aurores boréales de 1938-1939 ne furent qu’une préfiguration. Le 3 janvier 1944, dans le palpitement accéléré de son cœur et de son esprit, sœur Lucie entendit une voix légère qui disait : « Dans le temps, une seule Foi, un seul baptême, une seule Eglise, Sainte, Catholique et Apostolique. Dans l’Eternité, le Ciel”. Ce mot “Ciel” remplit mon âme de paix et de bonheur, de telle sorte que je répétais pendant longtemps :”Le Ciel, le Ciel”..! ».

Notre regard doit toujours être tourné vers le Ciel, parce que les Cieux racontent la gloire de Dieu (Psaume 18, 2) et dans le Ciel, annonce l’Apocalypse (12, 1), paraîtra un grand signe : une Femme revêtue du soleil. En scrutant le Ciel, qui est un lieu spirituel avant d’être physique, nous parviendrons à prévoir l’heure tragique du châtiment et l’heure étincelante du triomphe du Cœur Immaculé de Marie. (Roberto de Mattei)