Correspondance européenne | 332, Anniversaires

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Anniversaires : pourquoi aller à Fatima en 2017

Qui se rend en pèlerinage à Lourdes le fait pour s’immerger dans l’atmosphère surnaturelle du lieu. La grotte où la Vierge Marie est apparue à sainte Bernadette en 1858 et les piscines où l’on plonge toujours les malades dans l’eau miraculeuse, forment une terre bénie au milieu d’une société désormais désacralisée. Qui va à Fatima le fait en revanche pour être ressourcé non tant par le lieu que par le message céleste : ce que l’on appelle le “secret” que la Vierge Marie confia aux trois pastoureaux il y a cent ans, entre mai et octobre 1917. Lourdes guérit surtout les corps, Fatima offre une direction spirituelle aux âmes désorientées.

Le 13 mai 1917, à la Cova de Iria, – un lieu perdu, terre de pierres et d’oliviers, près du village de Fatima au Portugal – à trois enfants qui gardaient leurs brebis, François et Jacinthe Marto et leur cousine Lucia dos Santos, apparut, selon leur témoignage: «une dame toute vêtue de blanc, plus resplendissante que le soleil, irradiant une lumière plus claire et plus intense qu’un verre de cristal rempli d’eau cristalline, traversé par les rayons du soleil le plus ardent». Cette femme se révéla comme la Mère de Dieu, chargée de porter un message aux hommes et donna rendez-vous aux trois pastoureaux le 13 du mois suivant et ainsi de suite, jusqu’au 13 octobre. La dernière apparition se termina par un spectaculaire miracle atmosphérique, la “danse du soleil”, que des dizaines de milliers de témoins virent jusqu’à 40 km de distance.

Le secret révélé par la Vierge Marie à Fatima est constitué de trois parties qui forment un ensemble organique et cohérent. La première est la vision terrifiante de l’enfer, où se précipitent les âmes des pécheurs; à ce châtiment s’oppose la miséricorde du Coeur immaculé de Marie, remède suprême offert par Dieu à l’humanité pour le salut des âmes. La seconde partie concerne une dramatique alternative historique : la paix, fruit de la conversion du monde et de l’accomplissement des demandes de la Vierge Marie, ou une terrible punition qui attendrait l’humanité si elle s’obstinait dans les voies du péché. La Russie serait l’instrument de ce châtiment.

La dernière partie, rendue public par le Saint-Siège en juin 2000, nous révèle le scénario d’une terrible persécution de l’Eglise, offrant la vision d’un pape et d’évêques, religieux, religieuses et laïcs frappés à mort par les persécuteurs. Les discussions qui se sont ouvertes ces dernières années sur ce “troisième secret” risquent cependant d’éclipser la force prophétique de la partie centrale du message, résumée en deux phrases décisives : «La Russie répandra ses erreurs dans le monde» et «A la fin, mon Coeur Immaculé triomphera».

Le 13 juillet 1917, quand la Vierge adresses ces paroles aux jeunes pastoureaux de Fatima, la minorité bolchévique n’a pas encore pris le pouvoir en Russie, ce qui adviendra quelques mois plus tard avec la “Révolution d’octobre”, qui marque le début de la diffusion dans le monde d’une philosophie politique qui se propose de saper les fondements de l’ordre naturel et chrétien. «Pour la première fois dans l’histoire – affirma Pie XI dans son encyclique Divini Redemptoris du 19 mars 1937– nous assistons en ce moment à une lutte froidement voulue et soigneusement préparée par l’homme contre tout ce qui est divin (2 Thess.1, 4)».  Il n’y a pas eu au XXème siècle de crime comparable à celui du communisme, quant à sa durée, aux territoires qu’il a embrassés, à la force de haine qu’il a su sécréter. Après la chute de l’Union Soviétique, ces erreurs se sont comme libérées de l’enceinte où elle était contenues pour se propager comme des miasmes idéologiques dans tout l’Occident, sous la forme du relativisme culturel et moral.

Les erreurs du communisme semblent avoir pénétré au sein de l’Eglise cabtholique elle-même. Le pape Bergoglio a récemment reçu au Vatican les représentants des “mouvements populaires”, de la nouvelle gauche marx-écologiste, et a exprimé sa sympathie envers les régimes philo-marxistes des frères Castroà Cuba, de Chávez et Maduro au Venezuela, de Morales en Bolivie, de Rafael Correa en Equateur, de José Mujica en Uruguay, oubliant les paroles de Pie XI qui, dans l’encyclique Divini Redemptorisdu 19 mars 1937, qualifiait le social-communisme d’“intrinsèquement pervers”.

Le message de Fatima constitue un antidote à la pénétration de ces erreurs. Six pontifes ont reconnu et honoré les apparitions de la Cova da Iria. Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont visité le sanctuaire en tant que papes, tandis que Jean XXIII et Jean-Paul I s’y rendirent quand ils étaient encore les cardinaux Roncalli et Luciani. Pie XII y envoya son délégué, le cardinal Aloisi Masella.

Ceux qui ne sont jamais allés à Fatima ne doivent pas perdre l’occasion de s’y rendre, pour le centenaire de cet évènement. Ceux qui y sont déjà allé une ou plusieurs fois doivent faire comme j’ai fait récemment : y retourner. Qu’ils ignorent le nouveau sanctuaire, qui dans sa laideur rappelle celui de saint Pio de Pietrelcina à San Giovanni Rotondo, et limitent leur visite à la petite chapelle des apparitions, dans l’ancien sanctuaire qui abrite les dépouilles des bienheureux Jacinthe et François, et au mont de Cabeço où, en 1916, l’Ange du Portugal apparut aux trois pastoureaux. Fatima dévoile à ses dévôts la portée de la tragédie de notre époque, mais ouvre également les coeurs à une invincible espérance dans l’avenir de l’Eglise et de la société toute entière. (Roberto de Mattei, dans Il Tempo, 7 mars 2017)