Correspondance européenne | 333, Livre

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Livres : O Crux, Spes unica

À l’approche du triduum pascal, le meilleur moyen d’entrer enfin pleinement dans le drame du Salut en s’unissant aux souffrances du Sauveur est bien sûr l’exercice du Chemin de Croix. Reste, et ce n’est pas facile tant les questions sociétales et politiques ont pris le pas, ces dernières années, sur le spirituel, à trouver celui qui touchera l’âme en y éveillant les sentiments de compassion et de contrition nécessaires.

Celui du Père Jean-François Thomas, de la Compagnie de Jésus, (Chemin de Croix, Via Romana, 2017, 76 pages, 7€), devrait répondre aux attentes les plus exigeantes. Très traditionnel dans sa forme et ses dévotions, il n’a rien toutefois de vieux jeu et sait prendre en compte les besoins spécifiques et les souffrances d’un « monde qui a perdu la tête ».

Aux fautes et péchés de tous les temps, cette via crucis ajoute avec délicatesse ceux de notre époque, les nôtres et ceux de nos contemporains, que nous n’avons pas su écarter du Mal. Le Père Thomas trouve les mots justes qui éclairent à la lumière de la Passion nos drames intimes et collectifs.

Avec des formules simples mais efficaces, il rappelle à chaque ligne qui est Celui qui monte ainsi au Golgotha sous les crachats, les coups, les ricanements d’une foule à laquelle nous nous mêlons trop souvent. Il faut un cœur de pierre pour rester insensible à ses puissantes méditations sur les chutes successives du Seigneur, le rôle de Simon de Cyrène, le dépouillement du Christ dont la nudité sainte répond à la nudité honteuse d’Adam, les clous enfoncés dans Ses mains sacrées et, surtout, la beauté mariale de ces quatorze stations qu’accompagne, forte et debout, la Mère des Douleurs. Voici un texte à lire, méditer, et reprendre, chaque vendredi et pas seulement pendant la Semaine Sainte, afin de garder présent à l’esprit de quel prix incroyable nous avons été rachetés.

Pour aberrant que cela soit, la sensibilité actuelle, jusque dans des milieux qui se croient catholiques, s’accommode mal du Golgotha –que l’on se souvienne des rédactions indignées à la sortie du film de Mel Gibson … – et juge dérangeant que l’on puisse en montrer l’étendue à des enfants ou même des adolescents. C’est ainsi que, régulièrement, certains catéchistes ou responsables de l’enseignement catholique se heurtent à l’incompréhension scandalisée de parents d’élèves les accusant d’avoir « traumatisé » leurs enfants par l’évocation du Calvaire. Comme il est impossible, si l’on veut élever des chrétiens dignes de ce nom, d’occulter la Passion et la folie de l’amour divin poussé à l’extrême, reste à trouver les mots et les moyens adéquats.

C’est l’intérêt du dépliant Avec Jésus vers Pâques (Téqui, 5,90 €). Destiné aux tout-petits, il propose, d’un côté, un Chemin de Croix, naïvement illustré par Maguelonne du Fou, foisonnant de personnages et de détails à commenter et colorier, accompagné de suggestions d’efforts « pour aider Jésus à porter Sa croix », allant des privations alimentaires à l’attention à la prière, du souci d’autrui à la démarche évangélisatrice. C’est très intelligemment fait.

Sur l’autre face, à travers la parabole de la petite chenille « noire et velue » dont se moquaient les fleurs du jardin, Martine Bazin invite les enfants à pénétrer le mystère de la Résurrection. L’on regrettera peut-être que la moralité chrétienne de ce conte ne soit pas assez explicite mais rien n’interdit aux parents de compléter ce qui peut manquer à la leçon. (Anne Bernet)