Correspondance européenne | 341, Grande Bretagne

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Grande-Bretagne : Brexit et immigration

On a beaucoup entendu dire que la Grande-Bretagne était sous le choc du Brexit comme si la population avait subitement regretté son vote. On pourrait tout autant dire que rien n’a vraiment changé. Le thème central cher aux partisans du vote « Leave » était l’immigration. Il fallait que le Royaume-Uni retrouve le contrôle de ses frontières dans le but exprès de les fermer à l’immigration incontrôlée, à l’immigration de masse et – pour certains voire même une majorité d’entre eux – à l’immigration tout court. Mais pour cela, il faut une volonté politique.

Le discours de Nigel Faragea montré sa faiblesse dans les suites données au Brexit : sortir de l’Union européenne n’était pas une panacée, ce n’était certainement pas la solution à tous les problèmes comme il le suggérait. Et, de fait, si le gouvernement de Sa Majesté n’a pas l’intention de changer de politique par rapport à celle de la Commission européenne, à quoi bon quitter l’Union européenne ? Or, il se trouve que Theresa May qui n’a pas voté « Leave », est en train de faire une très curieuse réinterprétation des motivations de la population. Restée longtemps dans l’expectative, elle a donné le temps au monde des affaires d’exprimer son inquiétude face à des rumeurs d’une réduction significative de l’immigration.

La question des trois millions de citoyens de pays de l’Union européenne travaillant et résidant au Royaume-Uni et dont le statut ne serait pas maintenu a alimenté les débats et fourni aux opposants un argument facile pour dénoncer une politique de fermeture des frontières. Les conséquences seraient catastrophiques pour l’économie si le Royaume-Uni n’avait plus son arrivage annuel de près de 100 000 nouveaux travailleurs en provenance de l’Union européenne. La question de savoir si ces arrivants sont des Européens ou des migrants ayant seulement traversé l’Union européenne pour rejoindre la Grande-Bretagne est laissée à dessein dans une zone de flou. Le fait est que des secteurs comme l’hôtellerie, les cafés et restaurants sont particulièrement intéressés à conserver une main d’œuvre immigrée. Il se trouve que 75% des serveurs et 25% des cuisiniers sont des travailleurs issus de l’immigration.

D’autres secteurs comme la construction, l’industrie manufacturière et l’industrie alimentaire souffriraient également d’un manque de main d’œuvre si les frontières étaient fermées. Ce sont les grands patrons du domaine de la construction qui ont le plus insisté sur leur dépendance par rapport à l’immigration : quelque 200 000 travailleurs manuels sont attendus à Londres pour faire face à la demande croissante de logement. Selon Steve Turner, de la Home Builders Federation, 70% des travailleurs (électriciens, maçons, plombiers, etc.) sont des étrangers. Bref, le monde de l’entreprise a exercé une forte pression sur Theresa May pour que les frontières restent ouvertes à ce type de travailleurs.

L’assurance a donc été donnée que ces besoins en main d’œuvre qualifiée ou non qualifiée resteraient satisfaits. Comme l’a dit Michael Fallon, Secrétaire à la Défense : « Nous voulons attirer vers ce pays, pas fermer les portes. La population a été très claire : elle ne veut pas que l’immigration soit arrêtée, mais convenablement contrôlée ». Et voilà la principale motivation du Brexit relue et corrigée par les politiciens qui cèdent aux pressions de quelques minorités économiques et financières. Mais même du seul point de vue de l’économie, les questions de fond restent non traitées. Que penser d’une économie qui vit de l’immigration alors qu’il reste malgré tout 1,46 million de chômeurs ? Que penser d’un gouvernement si prompt à satisfaire les intérêts particuliers, surtout quand ces derniers dévoilent leur jeu en admettant implicitement qu’ils prospèrent grâce à une main d’œuvre faiblement rémunérée ?

L’immigration, c’est évidemment bien plus que ça. Les arguments économiques, quelle que soit leur pertinence, ne doivent pas masquer l’immense malaise identitaire que provoque l’immigration. Ce point-là ne semble pas entrer dans les préoccupations du gouvernement. « Le problème, comme l’écrit Douglas Murray, c’est le problème ! C’est le simple fait qu’il est inconséquent de faire entrer sans conditions des millions de personnes de cultures différentes sur notre territoire ». Dans son livre L’étrange mort de l’Europe, Murray s’attache à décrire le drame de l’immigration telle qu’elle est vécue au quotidien par les Britanniques, celle que les arguments économiques visent à occulter. Il décrit la violence, l’insécurité, les viols, les meurtres et le terrorisme ambiant qui accompagnent immanquablement l’immigration.  Mais il va aussi plus loin quand il fournit une explication étayée du culpabilisme post-colonial qui ravage la mentalité britannique et européenne et qui rend les Européens incapables de faire face à l’invasion migratoire. Il explique pourquoi les Européens se réfugient derrière le prétexte de l’inéluctabilité de l’immigration, ce qui les conduit à nier l’évidence de la catastrophe qui se déroule sous leurs yeux.

Douglas Murray voit le fait douloureux de l’immigration telle que les Britanniques en font l’expérience chaque jour : un pays qui change de visage à grande vitesse, une population qui n’a aucune intention de s’intégrer mais prend possession du pays. Cette transformation que la majorité des Britanniques réprouvent n’est cependant rendue possible que par la faiblesse du gouvernement qui cède devant les pressions des puissances d’argent. Murray, athée et homosexuel, pourrait aussi voir que la dénatalité et la dépravation des mœurs occidentales créent un contexte particulièrement favorable à l’invasion des migrants et la soumission des populations envahies. (Christophe Buffin de Chosal)