Correspondance européenne | 342

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Congrès: l’Encyclique Humanae Vitae 50 ans après : sa signification hier et aujourd’hui

Le congrès international qui s’est déroulé le 28 octobre dernier à l’Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin (Angelicum), sur l’initiative de Voice of the Family sur le thème : Humanae Vitae 50 ans après : sa signification hier et aujourd’hui, a inauguré les célébrations prochaines de la promulgation de l’encyclique de Paul VI. Le 25 juillet 2018 marquera en effet son cinquantième anniversaire.

Le cardinal Walter Brandmüller a ouvert les travaux de ce congrès en soulignant combien Humanae Vitae – qui s’insère parfaitement dans le sillage des enseignements pontificaux du XXème siècle, – est un extraordinaire exemple pour illustrer le processus de la transmission de la doctrine de l’Eglise qui, au fil du temps, demeure identique à elle-même, tout comme la personne devenue adulte continue d’être semblable à l’enfant qu’elle a été par le passé.

Au cours de la première session, dont le modérateur était John Smeaton, directeur de la Society for the Protection of Unborn Children (SPUC), l’historien Roberto de Mattei a pris la parole dans le cadre d’une intervention intitulée L’encyclique Humanae Vitae dans le contexte historique de son époque. D’après lui, l’Exhortation Amoris laetitia semble marquer une revanche de la part des contestataires de l’Humanae Vitae de 1968. Mattei fait observer que l’on pourrait objecter que les théologiens et les pasteurs qui critiquent actuellement l’Exhortation Amoris laetitia du pape François, se trouvent dans une situation semblable à celle des théologiens et des évêques de l’opposition qui dans le passé se sont opposés à Humanae Vitae. En réalité la réponse à cette objection n’est pas difficile. L’erreur des catholiques de l’opposition de 1968 n’a pas été de résister à Paul VI, mais de refuser l’enseignement pérenne de l’Eglise, dont le Pape était à l’époque le porte-parole. Ceux qui aujourd’hui s’opposent à Amoris laetitia, comme les cardinaux des Dubia et les auteurs de la Correctio filialis, n’ont pas l’intention de s’opposer au Pape, dont ils reconnaissent l’autorité suprême ; mais de s’opposer à un document qui contredit la Tradition de l’Eglise.

A fait suite l’intervention du philosophe autrichien Josef Seifert, fondateur de l’Académie de Philosophie du Liechtenstein. Il s’est penché sur la question dramatique du mal moral. Tout mal moral, pour infime qu’il soit, dépasse en importance, et sans comparaison, le mal physique, quel qu’il soit. A quoi sert à l’homme de conquérir le monde entier, s’il y perd son âme. C’est bien ce caractère absolu spécifique de la sphère morale qui fait qu’aucun motif ne peut justifier un acte intrinsèquement mauvais. De fait, si nous pouvions sauver le monde entier par un seul acte immoral, nous n’aurions de toutes façons pas le droit de l’accomplir. L’éthique de la situation, l’utilitarisme et le conséquentialisme, tout comme également le principe selon lequel la fin justifie les moyens, mettent sous le boisseau cette vérité fondamentale que Socrate déjà connaissait, à savoir : « Mieux vaut pour un homme subir une injustice que la commettre ».

Le père Serafino Lanzetta, de la Faculté de Théologie de Lugano, a souligné que la vision doctrinale de Humanae Vitae repose sur deux principes galvaudés dans le but de favoriser les méthodes artificielles de contrôle des naissances, mais expliqués par Paul VI dans l’optique de l’entière Révélation, à savoir : a) l’amour humain, et b) la paternité responsable.

L’amour vraiment humain unit les parents et les rend ainsi capables de transmettre le don de la vie ; ce don de la vie, à son tour, est l’expression de l’amour humain. Ce lien est important afin qu’il n’y ait pas de fracture entre union et procréation. Paul VI, dans Humanae Vitae, explique, avec un progrès magistériel  notoire  par rapport au Concile Vatican II et en se rattachant à Casti Connubi de Pie XI, que « …tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie ». Ici se rejoignent la vérité de l’amour, donc de l’union, et la fin toujours première de la procréation. L’union matrimoniale est donc pour la procréation, et la procréation perfectionne l’union. L’union trouve son accomplissement dans l’amour générateur de nouvelles vies ; et la fécondité de l’amour, à son tour, se greffe sur l’unité indissoluble du couple.

La session de l’après-midi du Congrès, modérée par l’abbé  Shenan Boquet, président de Human Life International, était inaugurée par Jean-Marie Le Méné, Président de la Fondation Lejeune. Son intervention portait sur la vision du Professeur Jérôme Lejeune, premier président de l’Académie Pontificale pour la Vie. Le Méné a explicité pourquoi le fait de dissocier l’enfant de l’amour conjugal est, pour notre espèce, une erreur avant tout de méthode. Et voici la séquence des erreurs :

  1. la contraception refuse le fruit de l’union homme-femme, c’est-à-dire l’enfant ;
  2. la fécondation extra-corporelle, c’est-à-dire vouloir un enfant sans l’union homme-femme ;
  3. l’avortement, qui consiste à se débarrasser de l’enfant ;
  4. la pornographie, qui est la destruction de l’amour homme-femme.

Le docteur Thomas Ward, fondateur et président de National Association of Catholic Families, à quant à lui traité essentiellement du droit des parents à éduquer leurs enfants, en soulignant que la privation des droits des parents en tant que premiers éducateurs a commencé avec la contraception et l’éducation sexuelle dans les écoles. Ce qui a provoqué une métastase qui comprend l’avortement chez les adolescentes, les services médicaux généraux, l’école homosexuelle, l’endoctrinement dans la théorie du genre ; et, comme cela a été le cas en Allemagne, la prison pour les parents qui exercent leur droit d’éducateurs. Or, selon l’enseignement de l’Eglise, les parents doivent être reconnus comme les premiers éducateurs de leurs enfants. Face à l’inquiétante possibilité d’une révision de Humanae Vitae, nous devons nous demander : mais l’actuel Pontificat n’a-t-il révoqué cet enseignement de l’Eglise ?  

Le docteur Philip Schepens, Secrétaire Général de la Fédération Mondiale des Médecins qui Respectent la Vie Humaine, a centré son intervention sur les aspects démographiques et le taux très bas de natalité des nations européennes, qui entraîne le risque de remplacement ethnique par des populations afro-asiatiques. La contraception, qui sépare l’acte sexuel de la procréation, le transforme uniquement en un acte de plaisir sans responsabilité, et prive le genre humain de son avenir.

John Henry Westen, co-fondateur et directeur de Lifesitenews est intervenu sur le thème : La subversion du Magistère : “autoriser” le mal intrinsèque au sein même de l’Eglise. Au cours de ces dernières années, sous l’actuel Pontificat, on a enregistré un changement dramatique de paradigme de la morale sexuelle catholique, qui a poussé les laïcistes à se dire enthousiastes du nouveau cours des choses. Les exemples ne manquent pas de Prélats qui, sur des questions cruciales comme la Communion aux divorcés remariés, ont changé leur opinion : se basant sur Amoris laetitia, elle est passée de négative à positive.

On assiste actuellement à une tentative de relire Humanae Vitae à la lumière d’Amoris laetitia, avec un risque croissant de confusion, par exemple en ce qui concerne la contraception, qui dans certains cas pourrait être « dédouanée » comme un mal mineur. C’est ce qui se passera si l’on abandonne la doctrine de l’“intrinsece malum” en faveur du primat de la conscience.

De l’avis de Westen, ce sont les paroles mêmes du Pontife, prononcées à plusieurs occasions, qui autorisent ces nouvelles interprétations.

Les travaux se sont achevés avec S. E. Mgr Luigi Negri, archevêque émérite de Ferrara. Son intervention s’est centrée sur le concept de mission qui, appliqué au mariage, considéré comme un modèle que l’Eglise ne pourra jamais renoncer à proposer, implique une résistance aux idéologies antichrétiennes et le témoignage de la rencontre personnelle avec Jésus Christ. La famille est communion pour la mission et la mission spécifique de la famille est de propager la vie de génération en génération.

Parmi d’autres personnalités ayant participé aux travaux, mentionnons : l’archevêque Carlo Maria Viganò, anciennement nonce apostolique aux Etats-Unis et le Recteur de l’Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin.

Les interventions ont été suivies de questions et réponses devant un public très nombreux composé de trois cent chercheurs, prêtres, jeunes et représentants de groupes pro-life venus du monde entier. (Tommaso Monfeli)