Correspondance européenne | 342, Livre

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Livres : La philosophie pour la vie de Stéphane Mercier

Le dernier livre du philosophe belge Stéphane Mercier mérite le détour. Paru récemment aux éditions Quentin Moreau, La philosophie pour la vie (100 pages, 10 euros) fait suite au licenciement de son auteur par l’Université catholique de Louvain pour avoir développé au cours de philosophie un argumentaire contre l’avortement.

Le livre reprend, avec de légères modifications, le texte remis aux étudiants. Dans sa préface, Stéphane Mercier fait un récit des péripéties qui ont abouti à son licenciement et que nous avons relatées dans CE 339/03 (31 août 2017). L’essentiel de ce petit livre est donc la démonstration philosophique qu’il est « toujours moralement mauvais de tuer délibérément un innocent ». Dire que cette démonstration est brillante, c’est en donner une idée inférieure à la réalité. A vrai dire, la démonstration n’est pas seulement brillante dans son style et impeccable dans son développement, mais elle est aussi implacable, à tel point qu’on se demande comment il est encore possible de trouver le moindre argument en faveur de l’avortement quand on arrive au bout de sa lecture. L’auteur mène sa démonstration en grand professionnel de l’argumentation. Il vérifie les termes de la prémisse, s’assure de leur non-ambiguïté, puis procède de façon systématique à la destruction de tous les arguments en faveur de l’avortement.

La question centrale qui est abordée est celle de savoir si l’embryon ou le fœtus humain est une personne humaine. Ici, encore Stéphane Mercier recourt non seulement à des arguments de type scientifique portant sur le développement humain avant et après la naissance, ou encore sur la question de la viabilité de l’être humain, celle du fœtus comme celle de l’être humain adulte dans un environnement hostile. Mais il recourt aussi à la simple logique. Il constate en effet l’incohérence des partisans de la non-humanité du fœtus quand l’avortement est légal jusqu’à 12 semaines en Belgique, 22 semaines aux Pays-Bas et 24 semaines en Grande-Bretagne. Le simple fait qu’il ne soit pas possible de s’accorder sur un nombre de semaines unique pour déterminer quand un fœtus quitte l’état de « tas de cellules » pour celui d’être humain, suffit à démontrer que ce passage n’a en réalité pas lieu. Un « être humain potentiel » est forcément déjà un être humain. Comme le disait le généticien Jérôme Lejeune, cité par Stéphane Mercier, « si l’être qui se développe dans le sein de la mère n’était pas un humain au sens propre, on ne s’embarrasserait pas davantage de prévoir des lois en vue de son élimination qu’on n’en édicte pour encadrer l’arrachage d’une dent ou l’extraction de l’appendice ».

La seule faiblesse de l’ouvrage de Stéphane Mercier, c’est sa force. Parce que sa démonstration est tellement imparable, elle ne sera sans doute pas lue précisément par ceux qui l’ont le plus attaqué. L’université qui s’est débarrassé d’un tel professeur a constamment refusé de porter le débat sur la question des idées. De même, ses détracteurs dans la presse n’ont visiblement par voulu entrer dans la rigueur logique de son raisonnement de crainte de devoir changer d’avis à la sortie. Ils en sont restés à une approche purement indignée qui, de nos jours, suffit pour se dispenser de toute discussion. En d’autres mots, Stéphane Mercier propose des armes pour un combat loyal à des adversaires qui n’attendent que l’occasion de le poignarder dans le dos. Pour les défenseurs de la vie, par contre, et pour toutes les personnes honnêtes confrontées à l’avortement, il offre en très peu de pages une argumentation puissante et riche qui permettra peut-être d’en sauver quelques-uns. (Christophe Buffin de Chosal)