Correspondance européenne | 344, Eglise catholique

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Église catholique: qui saura s’opposer à la réhabilitation de Teilhard de Chardin?

L’initiative est officielle. Le 18 novembre dernier, l’Assemblée plénière du Conseil Pontifical de la Culture a approuvé la pétition adressée au Pape François de lever le Monitum de la Sacrée Congrégation du Saint Office sur les oeuvres du père Pierre Teilhard de Chardin, S.J.

Quelques jours plus tard, une proposition a été adressée au Pape d’« envisager la possibilité de révoquer le Monitum qui depuis 1962 a été imposé par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (anciennement le Saint Office) sur les écrits du Père Pierre Teilhard de Chardin S.J.».

Le communiqué du Conseil Pontifical de la Culture, à la tête duquel se trouve le cardinal Gianfranco Ravasi stipule entre autre : « Nous considérons qu’un tel acte non seulement réhabiliterait l’effort sincère du pieux jésuite dans sa tentative de réconcilier la vision scientifique de l’univers avec l’eschatologie chrétienne, mais représenterait également une formidable stimulation pour tous les théologiens et les scientifiques de bonne volonté à collaborer dans la construction d’un modèle anthropologique chrétien qui, en suivant les indications de l’encyclique Laudato Sì, s’inscrit naturellement dans la merveilleuse trame du Cosmos».

Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) était un prêtre jésuite qui s’est distingué par l’hétérodoxie de sa conception philosophique et théologique et par l’inconsistence de sa préparation scientifique. Le coeur de sa pensée est l’adoration de la Matière, sur laquelle il fonde une cosmogonie évolutionniste et panthéiste. Jacques Maritain (en son temps) a define sacosmogonie comme « unegrande fable » ; pour Etienne Gilson, Teilhard oppose « au Christ historique de l’Evangile, un Christ cosmique auquelaucun scientifique ne croit » ; pour le cardinal Journet, Teilharddissout les notions chrétiennes de « création, esprit, mal, Dieu, péché originel, croix, résurrection, parousie, charité ».

Dans son Monitum du 30 juin 1962, le Saint Office (devenu Congrégation pour la Doctrine de la Foi), affirmait : « Certainesœuvres du P. Pierre Teilhard de Chardin, même des œuvres posthumes, sontpubliées et rencontrentune faveur qui n’est pas négligeable. Indépendamment du jugementporté sur ce qui relève des sciences positives, enmatière de philosophie et de théologie, ilapparaîtassezclairement que les œuvres ci-dessusrappeléespullulentd’ambiguïtés et mêmed’erreurs, si graves, enmatièrephilosophique et théologique, qu’ellesoffensent la doctrine catholique». Raison pour laquelle le Saint-Office exhortaittoutes les autoritésecclésiastiques à « défendreefficacement les âmes, particulièrementcelles des jeunes, contre les dangers contenusdans les ouvrages du PèreTeilhard de Chardin et de ses disciples ».

Lorsque le 10 juin 1981, l’Osservatore Romano publia une lettre qui avait été envoyée le 12 mai, au nom de Jean Paul II, par le Secrétaire d’Etat -le cardinal Agostino Casaroli-, à Mgr Paul Poupard -Recteur de l’Institut Catholique de Paris-, à l’occasion du centenaire de la naissance de Teilhard, neuf cardinaux ( Francesco Carpino, Pietro Parente, Giusepe Paupini, Mario Nasalli Rocca di Corneliano, Paul Pierre Philippe, Pietro Palazzini, Ferdinando Giuseppe Antonelli, Mario Luigi Ciappi, Giuseppe Caprio ) réagirent avec une lettre adressée au cardinal Franjio Seper, -à l’époque Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi-, en y rappelant que le Monitum avait une valeur pérenne puisqu’il parlait d’ambiguïtés et de graves erreurs philosophiques et théologiques contenues dans les écrits de Teilhard et demandèrent fermement au Saint-Siège d’intervenir afin de nier que la lettre du cardinal Casaroli « puisse être interprétée comme une rétractation du Monitum, lequel reste en l’état valable, en tant qu’acte juste et valide du Magistère de l’Eglise ».

Le 12 juillet, un communiqué émanant de la Salle de Presse du Saint Siège, publié en première page sur l’Osservatore Romano, confirmait que le Monitum du Saint Office était encore en vigueur et qu’aucune révision n’était autorisée par la lettre du cardinal Casaroli.

Lever le Monitum signifie réhabiliter officiellement le jésuite hérétique, dont l’influence sur l’encyclique LaudatoSì du Pape François a été soulignée. Aujourd’hui, un cardinal se lèvera-t-il pour faire entendre sa voix, comme d’autres l’ont fait en 1981? (Emmanuele Barbieri)